Top 20 des pochettes les plus marquantes de l’année 2017


Après vous avoir demandé d’élire, la semaine passée, vos propres pochettes de l’année (c’est celle de Flip de Lomepal qui est arrivée en tête !), c’est à notre tour de vous dévoiler (en ordre décroissant) notre top 20 des pochettes d’albums les plus marquantes de l’année 2017. Kendrick Lamar en 2015, Club Cheval en 2016…et cette année ?

20. Liars x Angus Andrew – TFCF – Mute

La rupture artistique d’Angus Andrew et d’Aaron Hemphill, qui formaient ensembleLiars depuis 15 ans, fut vécu, par le premier, comme une véritable rupture amoureuse, terminaison de l’une de ces histoires qui laissent le goût de l’amer, de l’inachevé, du vide impossible à combler. Avec la dose d’humour et d’autodérision qu’on lui connaît, et parce que cette séparation est l’élément déclencheur de ce disque torturé, tortueux et comme toujours un peu taré, Angus la symbolise ainsi, cette blessure du coeur, en se mettant en scène, sur la pochette de TFCF (acronyme de « Theme From Crying Fountain »), travesti en mariée « post-rupture » et vêtue de la robe qui lui aurait permis, jadis, de se lier à l’autre. « Pour le meilleur et pour le pire, voilà ouais ».

19. Liam Gallagher x Hedi Slimane – As You Were – Warner Bros

Comment représenter Liam Gallagher, la moitié la plus tumultueuse (quoique…) d’Oasis, au moment où le Mancunien sort le premier album solo de sa carrière ? Avec la gueule cassée, sans rire ni sourire forcé, qui le caractérise si bien. Parfois, franchement, aucun besoin d’aller plus loin…Et d’autant plus lorsque le portrait est signé par, excusez du peu, Hedi Slimane.

18. Lewis Evans x Boris Michel de Perry – Man in a Bubble – ZRP

Costume moutarde, chemise et chaussettes roses, un café dans une main et une pomme dans l’autre, et le corps reposé dans un siège, manifestement confortable, en bord d’une mer qui paraît relativement calme. Lewis Evans, dandy serein à la barbe épaisse, prend le temps de songer aux choses, au sein de ce tableau baroque qui pourrait tout aussi bien être la planche d’ouverture (ou de fermeture) d’une bande dessinée décalée. Robinson sur son île a acquis une certaine forme de confort bourgeois, et gravite, à l’instant où il se trouve capté par le pinceau graphique de Boris Michel de Perry (qui a signé cette pochette de disque), dans sa bulle. Man in a Bubble, dit en effet l’album de Lewis Evans, un titre, ainsi, remarquablement illustré.

17. Carl Craig x Matthieu Bourel x David Normant – Versus – InFiné

Sur cet artwork signé par l’artiste Matthieu Borrel, fou de collages dada, un corps humain (de femme sans doute, si l’on se base sur l’épaisseur des hanches) coupé juste en-dessous de la poitrine, scindé en deux, sans que cela implique pour autant une véritable idée de césure (l’idée de continué existe tout de même), comme pour symboliser l’opposition harmonieuse qui concerne, dans ce cas-ci, Carl Craig et Francesco Tristano, le deuxième revisitant l’oeuvre du premier sans en retirer pour autant son ADN première. Soit une manière, habile, d’impliquer l’idée d’unité derrière un titre, Versus, dont les racines pouvaient pourtant plutôt laisser planer l’idée de l’opposition. C’est bizarre, c’est beau.

16. Flotation Toy Warning x Michael Byzewski – The Machine That Made Us – Talitres

La voilà, la machine, déjà vue mais nouvelle (le symbole de cette pop orchestrale classique mais que l’on est parvenu à singulariser) que les Flotation Toy Warning semblent désigner à travers le titre de The Machine That Made Us, leur second album. Conçu par Michael Byzewski, c’est un mammouth gigantesque, la mine peu réjouie, animal poilu aux défenses tordues dont on peut voir l’intérieur du corps, spécimen passionnant pour quiconque s’intéresse aux phénomènes archéologiques préhistoriques puisque celui-ci laisse apparaître, non pas un squelette immense comme on aura pu le penser, mais une sorte de tuyauterie parfaitement organisée. On avait eu le droit aux mouettes pour l’artwork du premier album. Vivement qu’apparaisse le troisième, que l’on augmente encore en taille, en volume, et en épaisseur.

15. Orelsan x Greg & Lio x Jean Counet x Jérôme Juv Bauer – La fête est finie – Wagram Music / 3e Bureau

Le métro, ses rames bondées, ses corps suintant la promiscuité étouffante, est a priori l’espace idéal pour permettre à celui, au bord de la rupture, d’exploser de manière définitive. Et pourtant, sur ce coup-là, Orelsan ne craque pas. Le Orelsan de « Suicide Social », sans doute le morceau le plus charismatique et le plus énervé du rappeur à ce jour, aurait sans doute, lui, saisi le katana positionné dans son dos, afin de faire un peu plus de place dans cette rame qui aurait tout de suite été beaucoup moins remplie…Le Orelsan de La fête est finie, dernier épisode d’une trilogie débutée huit ans plus tôt avec Perdu d’avance, garde au contraire le sabre dans le dos. Orelsan s’est souvenu des travaux du photographe munichois Michael Wolf, dont le travail dit le caractère extrêmement anxiogène de l’urbanisme des plus grandes mégalopoles de l’Asie du sud-est. Et sort ce qui s’avère sans doute être la pochette la plus réussie de sa très efficace discographie.

14. Baxter Dury x Tom Beard x Alex Cowper – Prince of Tears  – [PIAS] Le Label

Prince d’un royaume que peu devraient lui envier (celui des « larmes », tears en anglais), Baxter, qui fort heureusement, ne manque pas de second degré, apparaît ici vêtu d’un costume blanc, le corps courbé et les bras placés de sorte qu’ils puissent aider les jambes, en train de franchir l’une des nombreuses dunes de sable que le panorama nous permet de contempler, métaphore évidente du chemin, et des galères, que l’Anglais a connu lors de cette année qui fut, il l’admet lui-même, « l’une des plus douloureuses de sa vie ». Après la pluie, le beau temps, comme le dit la maxime de comptoir. Et après le désert, y a quoi ?

13. Austra x Renata Raksha x Nick Steinhardt – Future Politics – Domino

« Le personnage qui figure sur le visuel s’appelle ‘’Revolution Rhonda’’. C’est une femme que j’ai inventé, et qui a été envoyée depuis le futur pour nous sauver du destin dystopique qui nous attend. ». Une femme du futur venue sauver le monde de ses dérives ordinaires ? Lorsque l’on sait les combats politiques de Katie Stelmanis, la leadeuse passionnée d’Austra, qui affirme faire de la « queer music » et qui se revendique depuis ses débuts « lesbienne dans une bande gay », le symbole n’a rien d’étonnant. D’autant que cet album, Future Politics, s’affirme éminemment engagé.

12. Cheveu & Group Doueh x Elzo Durt – Dakhla Sahara Session -Born Bad Records

« JD m’a envoyé des photos de tissus de tentes sahariennes et m’a dit de réfléchir à une image. J’ai alors commencé à chercher des motifs, des trames qui correspondaient plus ou moins à ceux de Dakhla (ville dans le Sahara, d’où viennent les membres de Group Doueh), j’ai compilé ça avec des éléments plus Français.  J’ai travaillé de la même manière que d’habitude : en collage. C’est donc des éléments existants que j’ai bidouillé, assemblé et colorié. Je me suis inspiré, ou j’ai employé, ce que j’ai pu trouver… » Elzo Durt, le plus talentueux graphiste belge de sa génération, pioche alors dans les images, mentales et réelles, ramenées par JD (le patron de Born Bad), se renseigne aussi de son côté, et livre une nouvelle fois, pour la collaboration improbable entre Cheveu et Group Doueh, l’un des plus lumineux artworks de l’année.

11. Lorde x Sam McKinniss – Melodrama -Universal Music

Pour les besoins de Melodrama, son second album, l’auteure de Pure Heroine demande à Sam McKinniss, peintre pop, de se charger de son visuel, et de le faire en gardant en tête l’idée d’adolescente innocente. « I wanted to be a teen-ager in my bedroom after a long night, at daybreak », dit-elle. On croirait la Belle au bois dormant, tout juste éveillée.

10. LENPARROT x A Deux Doigts – And Then He –  Jour après jour après jour

Le garçon LENPARROT, ce chant assuré et fragile, ces textes bouleversés, ces espoirs sans certitudes. Le duo À Deux Doigts, ce noir et blanc dur, plein d’une poésie noire, de rêveries enfantines, de réalités obscures. La collaboration entre les deux entités tient de l’évidence absolue. Parfois, ça doit être comme ça, et surtout pas autrement. Ici, avec le visuel de And Then He, chacun doit décider quoi voir, larve mutante ou évocation d’une sexualité excitante. « Anne et Grégoire, lorsque je leur parle de telle ou telle référence, ils arrivent avec l’artwork à un point de concordance parfait entre leur interprétation et la mienne. LENPARROT, c’est rattaché à l’inconscient tout le temps, à des souvenirs d’enfances entremêlés avec des rêveries. Cet artwork en est l’illustration parfaite ».

9. Vitalic x Mariano Peccinetti x H5 – Voyager – Clivage Music

« Pour Voyager, je voulais cette fois que la pochette raconte vraiment le disque. Que l’on sache immédiatement ce sur quoi l’on va tomber en la regardant. Assumer les étoiles, les filles, l’arc-en-ciel, pousser le délire jusqu’au bout. Et au final c’est vraiment l’une des pochettes dont je suis le plus satisfait ». Où lorsque le kitsch, et l’esthétique SF rétro, se trouve magnifiée par un artiste argentin passionné de collages surréalistes (Mariano Peccinetti). Futur is now.

8. Étienne Daho x Pari Dukovic – Blitz – Mercury

« C’est une représentation puissante, même si ce n’est évidemment pas moi. J’ai toujours aimé jouer avec l’image et aussi avec mon image. Illustrer une pochette avec un simple portrait où je suis à mon avantage, n’a pas beaucoup d’intérêt pour moi. Les gens savent bien à quoi je ressemble, alors autant m’amuser à distordre cette image, à jouer avec. » Aux Inrocks, Étienne Daho assumait, via cette photo signée par l’artiste turc Pari Dukovic, vouloir tordre cette image que le lambda pouvait avoir de lui. Avec ce visuel rappelant largement deux icônes de la pop culture (le Marlon Brando de L’équipée sauvage, et le Bruce Byron de Scorpio Rising), on se trouve ainsi confronté à un Daho à rebours de ce qui nous avait été proposé jusqu’ici. Daho rebelle, Daho désirable, Daho fantasmagorique.

7. Vald x Wild Sketch x Libitum – Agartha – Capitol Music France

Comme un saint mis en lumière sur les murs en pierre d’une cathédrale (« Saint Sullyvan » peut-être…), avec les symboles régaliens traditionnels qui l’entourent (la fleur de lys, la couronne…), Vald se tient de plain-pied, les yeux mis clos et le regard assuré, à l’intérieur de ce vitrail dont il semble quasiment en train de s’extraire, si l’on considère la position, en bas du visuel, de son pied droit. « Un jour dans une église y’aura ma gueule en aquarelle », disait-il  au sein de son « Journal perso », ouvert en pleine page de l’imprononçable NQNTMQMB. Voilà qui est fait, et grâce à un second-degré absolu et au talent du duo Wild Sketch-Libitum, c’est parfaitement réussi.

6. Idles x Joe Talbot & Nigel Talbot – Brutalism – Balley Records

« La structure de ce visuel est censée représenter l’album lui-même : une structure rapidement formée, un bloc sonore qui n’a pas été entièrement compris. Cet endroit est censé être un sanctuaire pour ma mère (ndlr, la femme sur la photo), un sanctuaire froid et austère, à l’image de l’album. Mon art est supposé être une représentation très superficielle de notre musique, et rien de plus. » Joe Talbot à propos de ce visuel d’Idles, qui prouve, si cela était encore nécessaire, que la musique punk, elle aussi, est désormais pourvue de visuels, non seulement splendides, mais également parfaitement pensés.

5. Orchestra Baobab – Tribute To Ndiouga Dieng – World Circuit

De la nécessité de valoriser le hasard. Celui de la route, en l’occurrence, qui a mené Nick Gold (le boss du label World Circuit et producteur de ce disque-là), lors d’un séjour à Dakar, devant ce salon de coiffure qui portait sur sa devanture ce visuel parfait, qui devait, une fois le coup de coeur consommé, venir illustrer Tribute To Ndiouga Dieng, le nouvel album de l’Orchestra Baobab, légende vivante au Sénégal. Hasard heureux, et très belle réussite.

4. Sparks x Elaine Stocki x Galen Johnson – Hippopotamus – BMG Rights Management

Un groupe étiqueté « pop music » (multiple et variante, mais pop quand même), formé au début des années 70 du côté de Los Angeles et de la Californie, et qui illustre son nouvel album avec la photo d’une piscine, réchauffée par un soleil que l’on devine bien présent ? Impossible de ne pas voir ici, chez les Sparks et sur la pochette d’Hippopotamus une référence au Britannique David Hockney, figure majeure du pop art pictural, lui qui, avec la confection de ses piscines bleues et géométriques, oisives et paisibles, a offert une Image d’Épinal pérenne à cette Californie chaude et ensoleillée, carte postale qui devait survivre aux années 60, et s’imposer durablement, à tel point que, visuellement parlant, lorsque l’on pense « Californie » dans la culture populaire, on pense piscine à la Hockney. D’autant que le travail du duo Elaine Stocki – Galen Johnson pourrait bien être une référence direct à la fois à Portrait of an artist et à A Bigger Splash, deux des oeuvres les plus célèbres du peintre britannique…

3. Rone x Michel Gondry – Mirapolis – InFiné

Rone, habitué des pochettes de disques superbes (la dernière en date, celle de Creatures, était alors signée par Liliwood, sa compagne), et Michel Gondry, qui traine dans le secteur depuis un moment, et dont le talent visuel n’est plus à prouver : la collaboration ne pouvait aboutir qu’à un rendu remarquable, et c’est absolument le cas de cette pochette, celle de Mirapolis, étincelante et digne d’une esthétique SF revendiquée. Cité utopiste, cité complexe, cité lumineuse. « « On pourrait dire que la structure et le graphisme des bâtiments reflètent le rythme de sa musique, et que les couleurs reflètent ses mélodies », disait alors Michel Gondry.

2. Pharmakon x Jane Chardiet – Contact – Sacred Bones Records

Est-il possible de faire plus lubrique, plus dérangeant, plus salement charnel, que ce travail de Jane Chardiet pour sa soeur Margaret, qui prend le nom de Pharmakon dès qu’il faut entrer en scène, et proposer cette musique électronique bruitiste, nihiliste, lugubre, toujours illustrée par des visuels plus flingués les uns que les autres ? Ce visuel-là sent le cul exécuté avec violence, avec plusieurs, et sans carcans moraux pour en réduire l’intensité animale. Et si l’on considère que la beauté peut aussi résider dans le laid, c’est absolument magnifique.

1. Lomepal x Rægular – Flip – Grand Musique Management

En 2017, l’un des rappeurs français ayant vendu le plus de disque dans l’année (Flip, le premier album de Lomepal, est désormais certifié disque d’or) est illustré par une photo de lui-même, travesti en femme. Une manière pour le rappeur du XIIIe arrondissement, via ce travail signé Rægular, de signifier l’idée de Flip (ce n’est plus la figure de skate ici, mais bien le flip sexuel, identitaire), et de se positionner, surtout, comme l’une des figures les plus libres de la scène rap française actuelle. Le symbole, dans une France encore marquée par les débats nauséabonds qui avaient accompagné les débats autour du mariage pour tous, est particulièrement signifiant. Symboliquement et esthétiquement, une réussite totale.

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