Rone x Michel Gondry – Mirapolis


Le réalisateur et graphiste français Vladimir Mavounia-Kouka pour les visuels de Spanish Breakfast et de Tohu Bohu, l’illustratrice Liliwood pour mettre au monde les petites Creatures, dissociables et uniformes, du troisième album de Rone, et Michel Gondry désormais (assisté de son fils, Paul Gondry), qui signe, avec la pochette de Mirapolis, l’illustration magistrale de la cité majestueuse évoquée par le producteur français dans ce quatrième album, une cité représentée ici de manière labyrinthique et multicolore. En live, car le visuel s’y prête, cette cité, derrière l’homme aux machines, apparaît et disparaît, sombre et lumineuse, comme lors de cette dernière édition du Pitchfork Music Festival, Grande Halle de La Villette, à Paris.

« around the world, around the world, around the world etc. »

Gondry et la musique, bien entendu, c’est une histoire qui dure, même si on a plus souvent vu ces dernières années le Français s’attelé à sa seconde grande passion, le cinéma, lui que l’on a notamment vu réaliser des longs-métrages plus ou moins indé au cours de la dernière décennie (Be kind rewind en 2007, The Green Hornet en 2011, L’Écume des Jours en 2013, Microbe et Gasoil en 2015). Gondry, c’est bien évidemment le clip d’« Around the World » des Daft Punk en 1997, puis ceux, nombreux, de Björk (dont celui de « Bachelorrette »), de Kylie Minogue (« Come Into my World »), des Chemical Brothers (« Go »), de Metronomy (« Love Letters »), de Kanye West (« Heard’Em Say »), et de beaucoup d’autres (Radiohead, Beck, Massive Attack, Wyclef Jean…)

« On pourrait dire que la structure et le graphisme des bâtiments reflètent le rythme de sa musique, et que les couleurs reflètent ses mélodies, mais ça serait prétentieux. Zut, je l’ai dit ! » Dans Libération, Gondry l’assure : la musique de Rone lui a toujours évoqué une certaine forme d’architecture, lui qui a voulu donner une vision, via ce visuel superbe, de la cité utopique que Rone a fabriqué de toutes pièces, une Mirapolis qui se trouverait, dans ce sens, l’opposé exacte de Métropolis, la ville pensée par Fritz Lang au début du XXe siècle qui se faisait, pour sa part, l’incarnation même du dystopisme néo-industriel.

Et cette cité formulée par Gondry, c’est sans doute grâce à son coloris aux lumières vives qu’elle peut se permettre de prendre le qualificatif « utopiste », puisque ce n’est a priori pas sa structure urbaine, complexe, qui l’évoque (les villes surchargées n’évoquent plus vraiment, en 2017, le bonheur idéal, bien au contraire). Une ville géante, où les éléments semblent, plutôt que se confronter, cohabiter, et Rone, qui apparaît pour la deuxième fois sur le visuel de l’un de ses albums (son visage apparaissait déjà sur Creatures), qui regarde le tout d’un air ébahi, déboussolé devant l’immensité urbaine de la création dont il est pourtant le grand architecte, comme s’il n’avait pas été conscient, auparavant, de ses propres actions décisives. En tant qu’auditeurs, on a toujours la sensation de se retrouver, chez Rone, au sein d’un rêve éveillé, complexe et évident. Peut-être est-ce, finalement, la même chose chez lui…

Le son

Plus encore que sur Creatures, qui en comptaient déjà beaucoup, Rone s’entoure d’une flopée de collaborateurs (Baxter Duty, Saul Williams, Bryce Dessner, John Stanier, Vacarm…) sur Mirapolis, son quatrième album, afin de peupler cette cité pleines de boulevards électroniques et de ruelles electronica, et qui oblige, parce que c’est décidément la marque de fabrique du producteur français, à éloigner le regard du béton, pour se concentrer sur ce qui se trame, bien plus haut, au niveau des étoiles.

Rone (Site officiel / Facebook / Twitter / SoundCloud)

Rone, Mirapolis, 2017, InFiné, 48 min., artwork par Michel Gondry

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