Dusty Mush x Romain Duplessier – Cheap Entertainment


On ne se lasse décidément pas des sorties, toujours d’une fraîcheur pas croyable, d’Howlin Banana, ce label au nom vachement cool et mené par un type qui paraît faire seul le travail d’une dizaine – Tom – et dont chacune des sorties magnifie chaque jour davantage l’idée d’un rock garage, punk, psyché, brailleur et branleur, au moins aussi performant de ce côté-ci de la Manche que de l’autre, où l’on sait que le terrain est le plus propice à ce genre de révolte pas trop méchante, mais pas trop gentille non plus.

Surtout, on est à chaque fois un peu plus fasciné par la qualité récurrente des artworks accompagnant chacune de ces petites pépites braves et nonchalantes, travaux graphiques, photographiques ou dessinés donnant la sensation d’être reliées entre elles par un fil invisible – celui, sans doute, qui relie les esprits partageant le même attrait pour les choses qu’eux seuls savent correctement identifier.

Alors, après avoir été bluffé par un nombre conséquent de travaux au cours des cinq années d’existence du label – la Révolution façon Los Dos Hermanos par Victor Marco, la réutilisation de Martin Parr par The Madcaps, le Summer of Love façon Gloria, les créatures visqueuses conçues par Elzo Durt pour Kaviar Special, le château enfantin de Maria Midttu pour Anna – voilà Dusty Mush, et son artwork, un peu plus rugueux cette fois, façonné par Romain Duplessier (bassiste du projet), sur les idées de Cédric, le chanteur et guitariste de ce premier album, dont on nous décrit ici, méticuleusement, les enjeux photographiques :

Cédric

« Habituellement je m’occupe des visuels (pochettes, logos, flyers…) du groupe, mais sur cet album je me sentais pas à faire quelque chose de dessiné, fallait que ce soit une photo, mais abstraite, où on ne distingue pas forcément les éléments.

Comme je ne suis pas doué avec les photos, j’ai préféré confier la tâche à Romain qui gère bien la chose. Je lui ai juste donné quelques lignes directrices comme la couleur (dans ma tête la couleur qui colle au son de l’album c’était le rouge, vas savoir pourquoi…) mais aussi le crâne et des plantes. Je lui ai aussi demandé d’utiliser son kaléidoscope, j’adore les effets en ‘temps réel’, ça laisse plus de place au hasard, surtout avec ce genre de filtre.

Une fois sa première série de prises, j’ai tout de suite flashé sur celle en question. Un coup de foudre ça ne s’explique pas.

Après pour l’aspect plus technique, Romain en parle mieux que moi ».

Romain

« À la base j’ai récupéré un squelette pour filmer un clip de Druggy Pizza :

Le clip fini, j’ai passé une nuit à faire des photos du buste et du crâne dans mon appart, en utilisant un réflexe argentique (Canon AE1) et un filtre kaléidoscope. J’avais peint le buste avec des traits noirs mais ça ne ressort pas sur la photo.

J’étais dans le noir complet dans mon salon, le buste du squelette posé sur ma table basse. J’avais tantôt quelques cactus placés entre la caméra et l’objectif pour créer des ombres et des silhouettes, tantôt à côté du crâne pour l’inclure dans le cadre. J’ai commencé par éclairer la scène à l’aide de mon vidéo projecteur, projetant toutes sortes de textures et de lumières sur le buste, mais ça ne rendait pas très bien. Finalement j’ai utilisé un space projector pour l’éclairer. Ça projette un motif de lampe à lave, vous savez les lampes clichés 70’s ringardes. Ici c’est un projecteur : la lumière d’une ampoule passe au travers d’un disque qui tourne, contenant de l’huile avec des bulles de différentes couleurs.

Là j’avais choisi du rouge et bleu, mais bizarrement seul le rouge ressort sur cette photo.

J’ai shooté une pellicule de 36 photos, toutes avec un cadrage et une lumière différentes, mais toujours avec le kaléidoscope. C’était simplement les premiers tests pour des visuels pour le groupe, et potentiellement pour la cover de l’album. On a regardé les photos avec les gars et on trouvait que celle-ci ressortait plus que les autres, et que re-cadré en carré, ça pouvait rendre bien chanmé sur un vinyle.

Comme je suis jamais satisfait, j’ai refait des photos. J’aime les accidents et les trucs spontanés, j’ai donc shooté toutes sortes de choses pendant plusieurs mois, des trucs à la con de la vie de tous les jours, des trucs abstraits, comme je le fais toujours. Parfois je montrais au groupe ce que j’avais, mais rien ne ressortait.

J’ai même refait une séance photo avec le crâne. Toujours dans le salon, cette fois j’avais utilisé une combinaison de miroir comme arrière-plan, j’avais posé le crâne sur une structure fait avec des verres, toujours en utilisant mon filtre kaléidoscope. C’était beaucoup trop psyché et fouilli, je n’ai pas aimé le résultat.

Finalement on a eu des soucis pour enregistrer l’album, ça a pris plus de temps que prévu, j’ai rangé les pellicules dans un tiroir pendant un an pour les ressortir quand l’album fut dans la boîte. En regardant à nouveau les photos, y avait pas photo (lol) c’était la première qu’on avait choisi qui serait sur la pochette. J’ai refait scanné le négatif en haute définition puis avec un mon ami François Miens on a étalonné la tof pour bien faire ressortir le grain original dans les noirs, et on s’est pris un peu la tête sur le rouge, avec Cédric on avait une idée bien précise de ce qu’on voulait comme rendu, on a fait ça à mon taf, j’ai accès à du matos d’étalonnage pro pour de la vidéo.

On a utilisé une photo de la première séance avec le crâne pour mettre sur le macaron du vinyle. Pour la photo de l’insert du disque on a utilisé une photo prise par mon poto Maxime Verret qui était venu nous aider pour sur le tournage d’un des clips vidéos. On a essayé de s’habiller 70’s à tendance punk pour le clip et on a gardé les « costumes » pour faire quelques photos de groupe.

Finalement c’est une combinaison de plusieurs inspirations :

– Le côté kaléidoscope vient du fait que je suis un gros fan de la cover du premier Pink Floyd. J’aime beaucoup cet effet mais il faut l’utiliser avec parcimonie, genre sur une cover de premier album ça passe haha.

– Pour les couleurs, je voulais me rapprocher de la cover de Band of Gypsys, le live de Hendrix. Un grain dans les noirs très prononcé, et un ton rouge bien baveux.

Bonus, si tu regardes la pochette en plissant un peu les yeux, on dirait une photo d’un bouquet de roses, bébé. »

Le son

30 minutes de fuzz, de psyché, de garage, de shoegaze…ou de n’importe quel qualificatif évoquant le foutoir que l’on peut provoquer lorsque l’on s’excite sur des pédales d’effets, sur des guitares, sur des batteries, et sur des cordes vocales mises à l’épreuve, le tout afin d’accoucher d’un album qui servira d’exutoire à ceux qui se l’enfileront, de préférence au casque ou très fort dans les enceintes d’un appartement plus ou moins grand.

Dusty Mush (Bandcamp / Facebook / TumblR)

Dusty Mush, Cheap Entertainment, 2017, Howlin Banana / Stolen Body Records, artwork par Romain Duplessier, 30 min.

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