À travers le prisme de : Blow


Il y a quelques mois, et alors que l’on répondait à l’invitation des camarades de La Nuit Nous Attendra, qui investissaient alors le plateau média de La Gaîté Lyrique pour une émission live, on avait rencontré Blow, le groupe mené par Quentin Guglielmi et pensé, visuellement parlant, par Raphaël Fabre, qui venait alors de sortir I, son premier EP. Sur la pochette de ce disque-là, on y trouvait alors deux visages découpés en quatre morceaux pour autant de lettres. Le visage d’un garçon, celui d’une fille, et leurs mains, particulièrement mises en évidence, qui gravitaient dans un ciel bleu, légèrement nuageux.

Le ciel bleu, les nuages blancs, les éléments découpés puis recollés : parce qu’il semble dans tout cela y avoir une véritable volonté de filiation visuelle, on retrouve processus de composition similaire sur les visuels de Fall In Deep (le nouvel EP de Blow) et de You Killed Me On The Moon (le single qui en est issu). Seul changement, massif : les visages humains laissent leur place à des éléments urbains, et plus spécifiquement, à des tourelles de châteaux que l’on jurerait issu, dans les deux cas, de la partie médiévale du Château de Vincennes, ou d’un autre château envisagé à la même époque, dans cette même région du monde. Alors, on le disait, il y a un nouvel EP. C’était l’occasion de discuter, une nouvelle fois, avec Quentin et Raphaël. De pochettes de disques cette fois.

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D’abord, qui es-tu ?

Quentin : Je suis Quentin Guglielmi. Je suis chanteur/compositeur et ai monté le projet BLOW avec Jean-Etienne Maillard, Thomas Clairice et Pierre-Elie Abergel.

Raphaël : Je suis Raphaël Fabre, l’esclave de Quentin Guglielmi. J’écris actuellement dans sa cave à Châtellerault, car si je ne le fais pas il passera « True Colors » de Cindy Lauper en boucle pendant toute la nuit. Avant qu’il m’enferme et qu’il m’appelle Chantal j’étais artiste et graphiste.

LA pochette d’album mythique, pour toi, c’est laquelle ?

Quentin : Je sais que je triche mais je vais mettre Animals, Wish You Were Here et Dark Side Of The Moon de Pink Floyd à égalité.

Raphaël : Je trouve le boulot de Peter Saville incroyable, le graphiste à l’origine des pochettes de Factory Records. Sa pochette la plus mythique pour moi c’est celle d’Unknown Pleasures. Et aussi celle de Blue Monday.

New Order x Peter Saville - Blue Monday (1983)

New Order x Peter Saville – Blue Monday (1983)

La pochette d’album que tu trouves la plus belle ?

Quentin : Happy Birthday d’Eddy Mitchell.

Eddy Mitchell - Happy Birthday

Eddy Mitchell – Happy Birthday

Raphaël : Unknown Pleasures.

Joy Division x Peter Saville - Unknown Pleasures (1979)

Joy Division x Peter Saville – Unknown Pleasures (1979)

Et la plus laide ?

Quentin : Junk de M83, j’ai trouvé ça très moche. L’album m’a déçu aussi. Pourtant je les aime bien.

M83 x Anthony Gonzalez x Tom Kent – Junk

Raphaël : Les pochettes de Blow sont horribles. Je peux pas supporter la gueule du chanteur et quelqu’un m’a raconté qu’il était fan d’R Kelly.

Récemment, y en a t-il une qui t’a marqué ?

Raphaël : Celle d’FKA twigs, elle est à la fois sublime et dérangeante parce que c’est un modèle 3D un peu explosé. Je suis toujours fasciné quand je la vois, pour moi c’est l’exemple d’une pochette parfaite. J’ai aussi envie de mettre The Life Of Pablo parce que j’ai lu ta critique haha. R plus Seven d’Oneohtrix Point Never aussi. Bon elles ont deux ou trois ans. Celle de Grand Blanc est très belle, ou la simplicité d’Untitled Unmastered de Kendrick Lamar.

L’artiste / le groupe le plus cohérent d’un point de vue visuel ?

Quentin : Moderat, Amon Tobin; Wolfmother; Pink Floyd; Led Zeppelin; et beaucoup d’autres…

Raphaël : FKA Twigs en ce moment, avec tout le travail de Jesse Kanda. Ou Anohni, j’aime pas trop la pochette même si elle est très pertinente au niveau du fond, mais les visuels du live et son propos en général sont hyper cohérents.

Le dernier concert qui t’a marqué ?

Quentin : Moderat, à l’Olympia en 2016.

Raphaël : Je ne vois pratiquement jamais de concerts, mais le plus marquant (à part Daft Punk) c’était Amon Tobin avec sa structure et ses projections, ça devient une expérience fantastique quand c’est poussé à ce point.

La dernière expo qui t’a marqué ?

Quentin : Yang Fudong pour l’exposition New Women II à la Fondation Louis Vuitton au printemps 2016.

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Raphaël : Il y en a pas mal que j’aime mais une plus ancienne qui m’a beaucoup marqué était Uraniborg de Laurent Grasso, au jeu de Paume. Anywhere Anywhere Out of the World de Philippe Parreno au Palais de Tokyo était une des expositions les plus réussies que j’aie jamais vues.

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Si tu devais associer un créateur de sons et un créateur d’images au service d’une pochette d’album, sur quelle association fantasmerais-tu ?

Quentin : Philippe Glass et Alejandro Jodorowsky.

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Raphaël : J’imagine bien Colin Stetson faire une B.O. d’un film super épique. Pour un film de Nolan ou Fincher par exemple. Ou un mug Colin Stetson. N’importe quoi avec Colin Stetson en fait.

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La pochette d’un disque peut-elle influencer ta manière de l’écouter ?

Quentin : Dur à dire aujourd’hui, car les gens ne font plus très attention aux visuels des musiciens. Mais je pense que oui. Elle donne en général le ton de l’album ou de l’ep.

Raphaël : Je peux adorer des groupes dont je déteste la pochette, mais quand le visuel est du même niveau ça crée un univers plus tangible, plus immersif, donc je préfère. Cela dit il y a plein de groupes géniaux qui ont des visuels pourris, et ça ne change pas la qualité de la musique.

Pourquoi va-t-on entendre parler de toi très prochainement ?

Quentin : C’est toi qui le dit !

Raphaël : Si quelqu’un me libère de ma cave, peut-être dans « Charente Libre ». Sinon je participe à une exposition collective organisée par Nicolas Bourriaud à la Galleria Continua qui débute le 16 octobre.

Blow (Facebook / Twitter / Soundcloud / Instagram)

Raphaël Fabre (Site officiel)

Blow, Fall In Deep, 2016, DDM Recordings, pochette par Raphaël Fabre, 14 min.

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