Ventre de Biche x Luca Retraite – 333, Mi Homme, Mi Bête


Sur Ventre de Biche, Luca Retraite, à l’instar de ce que proposent ses camarades de La Grande Tripla Alliance Internationale de l’Est (Noir Boy George, Scorpion Violente, Usé, Delacave, Heimat…) chante la France qui se lève tôt, qui se couche tard (bref, qui ne dort pas), qui oublie d’arroser ses plantes vertes (« Vous ai Compris »), qui achète du shit qui n’en est même pas (« Les Choses Qui Arrivent »), qui consomme de l’alcool acheté en épicerie de nuit (« Je suis Liquide »), cette France qui porte sur ses épaules la sensation que la vie, loin du tranquille, se trouve plutôt être « un long fleuve de merde ».

Chiottes condamnées

Sur Ventre de Biche, Luca Retraite, très actif malgré l’intitulé de son nom (le projet Maison de Retraite, des disques à plusieurs, des dessins disséminés ça et là), fait pratiquement tout. Sur 333, Mi Homme, Mi Bête, s’il s’est fait aider au mastering par Seb Normal (Delacave, Crash Normal, The Feeling of Love…), il s’est par contre chargé de la musique, des lyrics, et aussi de l’artwork de ce deuxième album sous cette appellation-là (pour le premier, Viens Mourir, c’était un tire-bouchon présenté comme une arme dangereuse), un album illustré par la vision de chiottes défoncées par une fureur ayant démoli sur son passage surfaces carrelées et toilettes lactées. La fureur d’un homme, subitement devenu animal, comme le suggère un peu le titre, revenu à l’état primitif après la validation d’une nouvelle murge consécutive à la manifestation d’une nouvelle déprime ? Dans tous les cas, celui qui a fait ça y est pas allé de main-morte. Et le prochain qui se présentera, l’envie pressante et la main sur la braguette, devra sans doute tracer sa route, et trouver un autre endroit pour alléger la pression du bas-ventre. Quoiqu’au point où en est…

« Dans un urinoir écrit au marqueur : ‘vive mort’ », chante-t-il, le ton renoncé, sur « Vivre Mort »…

Ventre de Biche x Luca Retraite - Viens Mourir

Ventre de Biche x Luca Retraite – Viens Mourir

Le son

Sur 333, Mi Homme, Mi Bête, Luca Retraite, aka Ventre de Biche, chante la déprime (ou la dépression ?) ordinaire, et décide de regarder la vie à travers son côté le plus obscur. Ce deuxième album sent le goudron, les aisselles sans déo et les comptoirs de bar aux murs décrépis, et trouve avec le synthé glacial, la voix vocodée, et la boîte à rythmes pesante de Ventre de Biche un écrin idéal. « Le monde se divise en deux : les flics, et les futurs flics », dit-il. Ça résume bien l’histoire.

 

Ventre de Biche, 333, Mi Homme, Mi Bête, 2017, Teenage Menopause Records, 39 min., artwork par Luca Retraite

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