Sopico x Koria – YË


Pour son premier véritable album, , le rappeur parisien Sopico, qui s’est vu surnommé ainsi parce que Sofiane (So) est le plus petit (piccolo en Italien) de sa bande, a décidé de se mettre en scène dans un garage, devant une grosse cylindrée. Une manière de rouler des mécaniques, d’illustrer sa puissance comme l’ont fait tant d’autres rappeurs avant lui (de la couronne de Booba à l’attirail de commando de Niska, en passant par l’armée conquérante d’IAM, autrefois représentée via L’École du micro d’argent) ? Peut-être pas.

Le travail, c’est la santé ?

Pour expliquer ce choix, Sopico évoque, plutôt, la volonté de représenter le travail en studio, de concrétiser le processus de création, de donner vie à la« mécanique du flow ». Comme certains fabriquent des motos, Sopico, lui, a construit son album. Croisé récemment, il nous l’affirme justement : « Je voulais faire un truc dans un garage et mettre un objet mécanique derrière moi qui représenterait le travail en studio ».

Sur , Sopico ajoute et mêle les influences (le garçon s’inspire aussi bien des musiques électroniques que du hip-hop, du grunge ou du hard rock) et les idées, comme on construit, pièce après pièce, une mécanique. Une mécanique qui ne tourne rond que lorsque chaque rouage, chaque arrangement, y trouve sa place. Et parce que c’est lui, l’unique mécanicien du son, auteur et compositeur de cet album, Sopico, fier de ce projet si joliment mené (la tête est droite, le torse est bombé) apparaît bien sûr dans cette mise en scène, avec cette moto (Suzuki) en arrière-plan. Et si celle-ci se trouve derrière le jeune rappeur du XVIIIe (et non pas devant, par exemple), c’est peut-être aussi pour indiquer une idée : ce projet-là désormais abouti, s’agirait-il, déjà, de passer à la suite ?  

Et dans le rôle du mécanicien de l’image, c’est Koria qui met les mains dans le cambouis. Connu entre autres pour les pochettes de Niska (le Commando évoqué plus tôt) ou de SCH, c’est lui qui a dû donner vie à ce désir mécanique. Et si la moto n’est pas aussi futuriste que celle imaginée à l’origine par Sopico, on ne peut s’empêcher d’y voir un objet mécanique parfait pour aller loin, et surtout, très vite.

Le son

Artiste curieux et ouvert d’esprit (ses influences sont autant à trouver dans les rimes de Lunatic que dans la guitare de Led Zeppelin), Sopico, rappeur du XVIIIe, a fréquenté Versus, Georgio et autres Hugo TSR avant de véritablement décoller, et d’aboutir à l’étrangeté Yë, un disque de vrai rap qui ose se poser, lorsque l’occasion le permet, sur de vrais accords de guitares, une démarche qui devrait même encore s’accentuer, à l’entendre parler, dans les prochaines semaines. Sopico, ou la cohabitation de genres qui, fut un temps, s’opposaient parfois largement, au service d’un disque qui devrait placer le jeune rappeur dans la digne lignée de ses prédécesseurs de flow et d’intention, de Nekfeu à Georgio, de Lomepal à Deen Burbigo.

Sopico (Facebook / Twitter / Instagram / Youtube)

Koria (Site officiel)

Sopico, , 2018, 75e Session Records, artwork par Koria

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