Justin Timberlake x Ryan McGinley – Man of the Woods


On peut s’appeler Justin Timberlake et avoir le besoin, très contemporain, de revenir aux sources. La nécessité de prendre du recul, de se recentrer sur soi-même, de s’extraire du monde tellement moderne, celui qui étouffe et fait suffoquer, et qui confronte l’humain lambda comme l’humain sans anonymat à l’omnipotence des écrans, des black mirrors des smartphones, des notifications de tous les instants, de l’actu, qu’elle soit politique, intime ou people, qu’il faut maitriser à chaque instant, sous peine d’être largué très rapidement. Revenir aux fondamentaux, et se ressourcer « pour de vrai », on doit même, en fait, en avoir encore plus besoin que les autres, lorsque l’on s’appelle Justin Timberlake.

Depuis l’âge de douze ans (il rejoint le Mickey Mouse Club avec sa future petite-amie Britney Spears), Justin est confronté au sympathique milieu du show-business, aux paillettes, aux devants de la scène, au trop-plein de tout. À quinze ans, il fait déjà partie, avec son complice de chez Mickey JC Chasez, du boys band ’N Sync, phénomène mondial aux quelques 55 millions d’albums vendus. Sa carrière solo, via laquelle il publiera quatre albums (les deux premiers, Justified et FutureSex/LoveSounds, sont cultes), sera accompagnée de pas mal d’apparitions cinématographiques (Edison, The Social Network, Friends with Benefits, Players…), d’un investissement conséquent au sein de sa marque de vêtements William Rast, ou au sein de son label, Tennmann Records. Vint-cinq années, pour tout dire, à ne pas souffler.

Into the Wild

C’est donc le moment d’une pause, d’un changement, d’un come-back vers l’opposé exact de tout ce qui a été vécu jusqu’alors. Justin Randall Timberlake a grandi à Millington, une petite ville au nord de Memphis, loin des lumières et des éclats de la ville. Et c’est ce passé vers lequel il semble décidé de se re-tourner, si l’on en croit le titre de son nouvel album et le discours qui a environné son annonce, accompagnée d’une vidéo à l’esthétique inattendue, où on le voit, aux côtés de femme (Jessica Biel), enfant, et nature :

Man of the Woods, l’homme des bois. Sans se faire non plus le nouveau Jon Krakauer (l’auteur d’Into the Wild, adapté au cinéma par Sean Penn) ou le nouveau Henry David Thoreau (dont le traité Walden ou la Vie dans les bois, retraite d’un homme dans une cabane construite au bord d‘un lac, a marqué une génération entière de marginaux désireux d’une autre existence), Justin Timberlake réutilise donc l’image de la ruralité, associée ici à l’habit de bûcheron (on reconnaît en tout cas la chemise), afin de signifier la retraite et le retour à l’authenticité emplie de sobriété. Et si le double-face proposé par cette image signée Ryan McGinley qui, en hachurant le visuel, montre la transformation du Justin métropolitain et cool en « homme des bois », donne au propos un cachet largement kitsch, il a au moins le mérite de rendre clair la démarche d’un garçon manifestement soucieux de signifier le très grand changement.

Cry me a river

Autre perspective : celle d’un cirque marketing de grande ampleur afin de vendre un artiste qui n’a plus forcément la même place qu’avant au sein du R&B anglophone (le patron, c’est évidemment Drake), en ré-axant l’image de Justin, façon Lady Gaga (sur la pochette de son disque, elle apparaissait avec un look particulièrement sobre) non plus vers le uber cool, mais plutôt vers le uber true, ciblant ainsi un public parfois lassé du bling-bling, du plaqué or, du plus-que-parfait. L’exemple du succès rocambolesque du très sobre Ed Sheeran pourrait être, sait-on jamais, une piste à suivre. Faites vos jeux.

Le son

Pour l’instant, il n’y a que ce son-là, produit par Timbaland. Bon bon.

Justin Timberlake (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / Youtube)

Ryan McGinley (Site officiel / Instagram)

Justin Timberlake, Man on the Woods, 2018, Sony Music Entertainment, artwork par Ryan McGinley

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