Beach Fossils – Somersault


Il y a ceux qui affirment qu’en 2017, l’artwork d’une pochette de disque s’avère encore d’une importance fondamentale. Que celui-ci, et compte tenu du nombre toujours plus important de sorties hebdomadaires, permet encore à un disque de s’extraire de la masse, en captant l’oeil soudainement devenu attentif à son existence, plutôt qu’à une autre. Et que ce n’est pas parce que la musique se consomme de plus en plus par le biais du streaming, où le visuel n’est naturellement pas mis en valeur de la meilleure des manières, qu’il faut en négliger son faciès. « On voulait aussi quelque chose qui marche en miniature, que l’on puisse identifier tout de suite lorsque l’on écoute l’album sur Deezer ou sur Apple Music. On consomme aujourd’hui beaucoup la musique de manière digitale, il fallait le prendre en compte », nous disait à titre d’exemple Iracema Trevisan, auteure du magnifique artwork du Contrepoint de Nicolas Godin.

Virginité

Et puis, il y a ceux qui s’en foutent. Et qui plutôt que de penser une identité visuelle complexe, basée sur la réalisation d’un artwork qui captera l’oeil au premier regard (ou au deuxième, mais qui le captera à un moment ou à un autre), préfèrent passer par la virginité totale, et livrer une pochette de disque intégralement blanche – on exceptera ce petit tampon rouge qui rappelle, en haut et à droite, qu’il s’agit bien des Beach Fossils. « Ceux qui s’en foutent », ou peut-être bien, qui s’y intéressent tellement, qu’ils jugent nécessaire de se positionner à contre-courant, et de se pointer là où les autres n’ont pas l’habitude de se pointer. Malin.

Et c’est peut-être bien de ceux-là, dont les New-Yorkais de Beach Fossils font partie, puisque l’on se rappelle, quand même, que le coup de l’artwork quasi monochromatique, ils l’avaient déjà fait à l’occasion de la sortie de leur tout premier album éponyme (Beach Fossils, 2010), via cet artwork qui reprenait alors une photo d’un mur à la peinture blanche craquelée un mur qui aurait bien mérité, tout le monde en conviendra, une deuxième solide couche de peinture pour pouvoir être jugé irréprochable durant un état des lieux.

Une récidive qui évoque naturellement d’autres tentatives pareilles (car d’autres saumons ont déjà remonté le courant en sens inverse), des Beatles à Kendrick Lamar, de Beach House (encore des Beach ?) à d’autres. Pas mal d’autres en fait, ce que savent bien les types de Beach Fossils. Bon, donc oui, peut-être que ces mecs-là s’en foutent vraiment, en fait.

Le son

Dustin Payseur, vénérable maître de Beach Fossils, a réclamé du temps. Et il en a eu. Ou plutôt, il se l’est octroyé. Sorti sur Bayonet Records, le label que le groupe a fondé à cette occasion (terminé les contraintes !), les New-Yorkais, déjà pourvus de deux excellents albums, ont passé trois années entières sur Somersault, ce troisième album plus apaisé que les précédents, et qui intègre quelques essayages jazzy là où régnait auparavant exclusivement la pop, passée sous moulinette shoegaze-psyché-dream-indie voltigeuse. L’album de la maturité, comme le dit la formule ? L’album de la liberté en tout cas.

Beach Fossils (Site officielBandcamp / Facebook / Twitter)

Beach Fossils, Somersault, 2017, Bayonet Records, 33 min.

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