Usé x Leïla Charene – Selflic


Nicolas Belvalette n’avait, jusqu’à ce que cela arrive, jamais « dansé de slow avec un flic ». Et la danse, « pathétique », qu’il évoque dans ce morceau figurant sur son deuxième album présenté sous le pseudonyme UséSelflic, Born Bad Records – s’est visiblement mal terminée, que l’histoire ait dérapé pour cause de danse mal assurée – marcher maladroitement sur le pied de l’autre dans ces moments-là ne fait jamais bon effet – ou pour refus manifeste d’obtempérer. Deux preuves de ce dérapage malheureux, en deux visuels, et un clip.

Sacrifice de poulet

Le premier visuel, qui servit aussi d’outil promotionnel à la sortie du single Danser un slow avec un flic, montre un Nicolas Belvalette mal en point, sur un lit d’hôpital, et l’air curieusement soulagé. C’est qu’il semblerait que l’on vienne d’extraire de son corps meurtri l’objet de ses souffrances dernières, puisque l’infirmière, qui le regarde avec satisfaction, porte en l’air l’enfant qu’il vient, scène peu banale, de mettre au monde. Et si cet enfant est un poulet – oui, l’animal -, ce n’est pas forcément pour se moquer du gentil animal à l’allure bizarre, mais plutôt pour se montrer légèrement insolent à l’égard du corps policier, que les Français ont coutume de nommer lorsqu’ils ne les aiment pas trop, on ne vous apprend rien, « les poulets ». On peut aussi parler de flicaille, de keufs, de condés ou d’ordures, mais là, on parle de poulets.

L’artwork en question, il faut le placer directement en relation avec le clip du morceau – « Danser un slow avec un flic » donc, réalisé par Olivier Louis – qui raconte non seulement cette opération étrange, mais également la rencontre, inopinée, de Nicolas avec les forces de l’ordre, ou plus exactement, avec ce flic avec qui il dû danser « un slow » lors d’une manifestation, contact corporel qui dû, ainsi, le mener à l’hôpital, le même flic qui se retrouve, sur l’artwork précédemment évoqué, aux côtés de l’infirmière et de la progéniture sans poils. Sous ses allures de farce, ces deux éléments-là – artwork et clip – s’avèrent donc bien entendus immensément politiques, et dénonciateurs de ces violences et bavures policières qui ont gangréné la France des manifs au cours des derniers mois. C’est aussi que Nicolas Belvalette, aux côtés d’autres – Olivier Louis, et Leïla Charene notamment, qui a signé cet artwork et celui de Chiens d’la casse, son premier album – sont membres du Parti sans cible, parti amiénois provocateur et parodique, qui fait à son échelle ce que Coluche faisait à une échelle plus grande, c’est-à-dire dénoncer, en se foutant gentiment de la gueule du monde.

///// RELEASE PARTY au Point F.__ M_R _ _LE 4 juillet /////https://m.facebook.com/events/1972251159770701///// USé "SELFLIC " ////////// NOUVEL ALBUM sortie le 26 juin /////cover: Lei

Gepostet von Nicolas Belvalette am Mittwoch, 20. Juni 2018

Même message du côté de l’artwork « officiel » de l’album, traduction littérale d’un Selfic qui se voit donc illustré par le selfie d’un Usé en train de dîner – vin rouge avec bouteille étiquetée  « KEU », mais qu’il faut comprendre par « KEUF » – et qui s’apprête à déguster la tête du flic déjà vu auparavant. « Sacrifions le poulet », disait de même le Ministère A.M.E.R de Stomy Bugsy en 1995, avant de connaître quelques petits soucis avec la justice, poursuivi par le ministère de l’Intérieur – Jean-Louis Debré à sa tête – pour « provocation au meurtre »..

Le son

Après un premier album de noise indus, métallique et désenchantée, qui, avait marqué sa violence rythmique et la brutalité de ses répliques, rares mais toujours précieuses (« tu respires à contretemps »), Nicolas Belvalette remet le couvert (ce jeu de mots fait référence à la pochette du disque) avec un deuxième album d’une pareille intensité et au final ahurissant « En 3 secondes » qui confirme la passion du garçon pour ces ambiances où le mal-être social glace le sang, fait bouillir les tympans, et sert de catharsis à une âme qui a manifestement besoin d’extraire au-delà du corps quelques petites tensions internes.

En concert ce mercredi 4 juillet au Point Éphémère.

Usé (Facebook / Youtube)

Usé, Selflic, 2018, Born Bad Records, artwork par Leï

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