The Blind Suns x Benoit Aubert – Offshore


Le regard tourné vers le lointain, Dorota, chanteuse du groupe The Blind Suns (joli nom pour joli son, entre dream pop mélancolique, surf-music ludique et shoegaze introspectif), voit deux horizons bien distincts se présenter à elle. L’un renvoie vers le contemplatif, et le ciel dégagé aux rondeurs étoilées. L’autre est plus incertain, et renvoie vers cet océan aux vagues très hautes, sur le point de s’écraser sur des requins (jamais bon signe) dont on peut apercevoir les ailerons à la surface de l’eau. Deux perspectives opposées formulées par Benoit Aubert, graphiste qui s’avère également être musicien (le projet L’An2000, pop rétrofuturiste), en charge de la pochette d’Offshore, dont les raisons nous sont justement expliquées par un artiste qui avait déjà bossé avec le groupe sur le clip de « Rockerfeller », et a réalisé depuis celui de « Ride ».

« Pour la pochette d’Offshore, j’avais quasiment carte blanche. Un seul impératif, utiliser une photo d’une série de Dorota qu’ils avaient eux-même shooté. J’ai discuté avec eux de l’album et je l’ai écouté plusieurs fois avec attention. Ce qu’il ressortait principalement de tout ça, c’est que c’était un disque avec beaucoup de contraste, régulièrement ponctué d’instants lumineux venant rompre avec une certaine mélancolie. J’y voyais aussi un appel au voyage, ou plutôt au road-trip. Je voulais que tout ça se ressente dans le décor et les teintes utilisées. Le fait de n’avoir que Dorota sur la photo m’a fait me questionner sur comment je pouvais faire comprendre au mieux qu’on était sur l’album d’un groupe et non sur celui d’une artiste solo.

J’ai donc choisi une des photos cadrée le plus large possible, sur laquelle Dorota ne regarde pas dans la direction de l’objectif. Puis je me suis dit que partir sur un style « collage » serait une bonne idée pour construire une certaine poésie et installer cette idée de contraste d’émotions. C’est un style graphique que j’apprécie, que j’ai commencé à expérimenter sur les deux premiers EP de mon propre groupe L’An2000 et qui m’a alors valu de bons retours. J’y trouve une vraie liberté, principalement pour composer des scènes surréalistes.

La dernière étape était le travail sur le logo du groupe. J’étais parti sur des choses beaucoup plus classiques, dans la continuité des typos utilisées sur leurs précédents disques. C’est Romain (guitariste et chanteur) qui m’a incité à concevoir quelque chose de plus fun et plus rétro. Je leur ai donc fait cette proposition typée 80’s qui, à mon sens, va plutôt bien à cet album qui comporte une certaine touche synthétique. »

Le son

Eux parlent de psyché-pop « océanique », de surf-music, de shoegaze. On pensera surtout, comme le surfer qui regarde l’océan, dangereux, qu’il s’apprête à affronter, à l’idée, précieuse, de véritable liberté, pour ce groupe basé à Angers mais signé sur un label alsacien (Deaf Rock Records, label de Mutiny On The Bounty, Alpes ou 1984), mais qui pioche a priori surtout ses influences du côté de l’Amérique, songeant à la pop des Beach Boys et au rock plus dur de The Jesus and Mary Chain, notamment sur cet album, Offshore, qu’il faudra donc prendre au pied de la lettre : devant nous le littoral, et l’infini du grand large.

The Blind Suns (Facebook / Bandcamp)

The Blind Suns, Offshore, 2018, Deaf Rock Records, artwork par Benoit Aubert

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