Tame Impala x Robert Beatty – Currents


Au sein de Tame Impala, Kevin Parker s’occupe de tout. Il compose les paroles et les arrangements (guitare, batterie, hier du kazoo…), chante, produit, mixe, pose pour les photographes, incarne à lui seul un projet officiellement mené à plusieurs (Jay Watson, notamment, membre aussi du projet Pond). De tout, mais pas de la réalisation de ses pochettes. Jusqu’ici, l’Australien avait en effet fait appel aux services, ô combien reconnus, du designer Leif Podhajský, habitué à bosser avec des pointures de la scène indie internationale (Foals, Mount Kimbie, TOY, Shabbaz Palaces, Bonobo, Lykke Li…) et responsable des deux premières pochettes follement charismatiques du groupe (et aussi de tous les singles).

Celle d’InnerSpeaker, le premier album psychédélique et vénéneux à souhait du quintet de Perth, avait notamment particulièrement marqué lors de sa sortie en 2010, et s’impose aujourd’hui encore comme l’une des plus étrangement toxiques des années récentes (la sensation que les univers se prolongent et se superposent au sein d’une réalité alternative). Celle de Lonerism en 2012 aussi, mais plutôt pour son caractère clairement humoristique (la photo, prise devant les barrières limitant l’entrée du Jardin des Tuileries, indiquait via un panneau qu’« Au-delà de cette limite, les chiens même en laisse ne sont pas admis »).

De Podhajský à Robert Beatty

Changement de personne pour l’identité visuelle de Currents, le troisième album studio du groupe (un album live, Live Versions, est également sorti en 2014), qui coïncide avec un changement radical dans le son. Ici, on a en effet sollicité le designer Robert Beatty, clairement moins implanté dans la toute petite sphère du graphisme musical indé malgré quelques collaborations notables (on l’a associé aux pochettes de Childhood, de The Phantom Band, de Real Estate…), afin de rendre les évolutions électroniques d’un troisième LP qui laisse de côté les guitares superposées pour se préoccuper, plutôt, de synthés.

Onde de choc et mutation

Et c’est cette mutation sonore qui paraît être directement symbolisée sur la pochette de Currents, via cette boule de plomb qui paraît percuter et perturber un espace jusqu’ici clairement régulier (ces lignes au parallélisme modifié font aussi penser à celle du dernier artwork d’Hot Chip). L’exercice visuel, d’ailleurs, est reproduit sur les singles issus de l’album, via un triangle sur Eventualy, un hexagone sur Disciples, deux boules de plomb sur ‘Cause I’m A Man)

On symbolise ainsi le bouleversement, relatif, du confort d’un groupe demeuré sur ses deux premiers albums dans des ambiances voisines. Et si l’onde de choc créée par cette boule grisée n’exerce pas son influence sur l’ensemble de l’espace impacté, c’est sûrement parce que, si les cordes des guitares ont été remplacées sur Currents par les touches analogiques des synthés, cela est toujours mis au service d’un psychédélisme sensuel et mélodique, toujours valorisé par la voix, pleureuse et allongée de Kevin Parker. Le changement, mais dans la continuité.

Le son

Passé du rock psychédélique à la pop psychédélique, Tame Impala et l’omnipotent Kevin Parker assument la mutation électronique du projet, et alternent petits tubes aux préoccupations mélodiques (« The Less I Know The Better » par exemple), et balades plus groovy (« I’m A Man », « New Person, Same Old Mistakes »). L’un des albums de pop incontournables de cet été 2015.

Tame Impala (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Robert Beatty (Site officiel / Twitter / TumblR)

Tame Impala, Currents, 2015, Modular Recordings, 51 min., pochette par Robert Beatty

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