Snoop Dogg x Philippe Jarrigeon – Bush


Snoop Dogg x Philippe Jarrigeon – Bush

Si l’on excepte celle de Doggumentary, dont le visuel n’affichait qu’un siège vide accompagné en arrière-plan par une tâche noire à la Pollock, Snoop Dogg apparaît sur l’ensemble de ses 13 pochettes d’albums (1993-2015), qu’il soit représenté par le biais de photographies scénarisées (Tha Doggfather, Tha Blue Carpet Treatment, Ego Trippin’…) ou par le biais de créations graphiques confondant les traits de son physique avec celui du dogg qu’évoque son nom (Doggystyle, Tha Last Meal). Mégalomanie canine.

Clébard et marijuana

C’est vers cette seconde approche iconographique, pourtant abandonnée par l’univers graphique de Snoop depuis 15 ans, que se tourne la pochette de Bush, réalisée par le très hype Philippe Jarrigeon (a posteriori, il est amusant de regarder sa série Hommes et Chiens, commandée par Double Magazine), qui avait déjà travaillé les pochettes des deux singles liés à cet album (Peaches N Cream et So Many Pros).

Sauf que ce chien qui pose son museau sur ce buisson bien taillé, cette fois-ci, n’a pas été l’objet d’une humanisation quelconque. Et si ce chien est bleu, c’est peut-être parce qu’on le constate à travers l’œil ravagé de celui auquel il fait référence. Dans le teaser annonçant l’album en février dernier, on voyait en effet Snoop Dogg, dans l’environnement qui semble être le même que celui de la pochette, en train de se rouler un gros pétard phosphorescent sur lequel il tire avec un zèle très professionnel… Et tout ceci est d’autant plus significatif lorsqu’on se souvient que Casa Verde Capital, le fonds d’investissements de Snoop, a récemment investi dans Eaze (surnommée le « Uber for Weed »), une application assurant la liaison entre vendeurs et consommateurs de « marijuana thérapeutique »…

Alors, un chien qui fouine le dessus d’un buisson. Sachant que Snoop Dogg peut se traduire en anglais par « chien fouineur » et que « bush » veut dire « buisson », on pourrait s’arrêter à ce parallèle purement littéral « titre de l’album = visuel de la pochette ». Et admettre que la présence d’un chien et de la couleur verte (qui évoque bien évidemment la feuille de marijuana, de la même manière que le faisait la fumée qui émane de la bouche du rappeur sur la cover de Reincarnated), éléments incontournables de l’identité visuelle du rappeur, pourrait suffire à comprendre les ambitions de l’une des plus belles pochettes de la discographie du MC West Coast.

Mais ce serait sans doute faire fausse route. Car en plaçant ce chien dans ce qui semble être un jardin largement embourgeoisé, Philippe Jarrigeon symbolise peut-être aussi l’évolution d’un artiste que son passage au pays de Bob Marley (pour les besoins de son album reggae Reincarnated, il s’était même renommé « Snoop Lion »…), aurait largement assagi (et ainsi embourgeoisé dans l’esprit ?). Snoop Dogg avouait même récemment, et grâce aussi au regard de Pharrell Williams qui a produit cet album, avoir revu son rapport aux femmes, qu’il n’envisage plus désormais à travers un prisme purement libinal (on se souvient quand même qu’en 2000, Snoop Dogg innovait en sortant Snoop Dogg’s Doggystyle, un film qui mélangeait hip-hop et scènes de porno hardcore…).

Une satire politique ?

Un peu plus apaisé, mais pas au point d’être rangé pour autant : car le nom Bush, bien évidemment, renvoie aussi au 43e président Américain qui a dirigé le pays de 2001 à 2009. Et puisque l’on suppose qu’après l’avoir reniflé, le clébard bleuté de la cover se fera un plaisir de se soulager sur ce buisson sans doute bien confortable, l’allégorie politique n’est pas tellement complexe à saisir…

Et c’est drôle. Parce que l’on sait que George W. Bush, justement, occupe depuis la fin de son second mandat son temps d’ex-président en perfectionnant son (médiocre) savoir-faire pictural, lui qui a notamment réalisé, outre une série de dirigeants mondiaux (Jacques Chirac, Angela Merkel, Vladimir Poutine, le Dalaï-Lama…) et un autoportrait de lui dans la douche (ça se vérifie ici), une série consacrée à la portraitisation d’une cinquantaine de chiens tous plus adorables les uns que les autres…De là à voir dans la pochette du 13e album de Snoop une référence à cette passion singulière et dangereuse (espérons que G. W. B. ne s’épuise pas dans cette obsession canine, de la même manière que Théodore Géricault s’était épuisé à peindre des chevaux au point d’en mourir…) ? La référence, astucieuse si consciente, prouverait au moins que l’esprit du Snoop n’a pas encore été totalement étouffé malgré son enfumage permanent…


Le son

Si la pochette de Bush est sans doute la plus belle de la longue discographie de Snoop, son album, lui, s’avère incontestablement comme l’un des plus mauvais. Produit par l’omnipotent Pharrell Williams et bénéficiant de collaborations de stars d’aujourd’hui (Kendrick Lamar), d’hier (Gwen Stefani, Rick Ross), et même d’avant-hier (Stevie Wonder), les voix vocodées et les refrains éculés de Bush feraient presque regretter ceux, enfumés et largement fumeux, de Reincarnated, témoin de sa temporaire transition reggae. C’est dire la qualité de cet album-là…

Snoop Dogg (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Philippe Jarrigeon (Site officiel)

Snoop Dogg, Bush, 2015, Doggystyle Records / Columbia Records, 41 min., pochette par Philippe Jarrigeon

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