Preoccupations x Marc Rimmer – Preoccupations


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Preoccupations. Preoccupations. Preoccupations. Preoccupations. Etc. Le mot, sur la pochette de ce disque éponyme qui sort chez Jagjaguwar, est écrit à plusieurs reprises, reproduit à la chaîne par un esprit peut-être légèrement obsessionnel et convulsif. Comme si on devait le réécrire et le répéter encore et encore, ce mot, pour se permettre de pouvoir, à un moment ou à un autre, le retenir. Un peu comme Leonard Shelby dans le Memento de Christopher Nolan, qui se note, faute d’une mémoire fiable, quelques informations primordiales sur le corps pour ne pas finir par les oublier. Parce que Preoccupations, et ça les amateurs du premier album du groupe s’en souviennent évidemment, c’est le nom qu’ont dû abandonner en cours de route les Viet Cong, ces Canadiens auteurs de l’un des plus fascinants albums de post-punk sortis l’an passé et auxquels on avait rapidement reproché, confrontés alors, de l’autre côté de la frontière canadienne (où ils ont beaucoup tourné), à quelques fans soucieux de devoir mémoriel (et patriotique), le problème qu’il pouvait y avoir à porter le même nom qu’une force armée (du Sud-Vietnam) de confession communiste et responsable, durant la très sanguinaire guerre du Vietnam, d’un certain nombre de victimes humaines. Avec certaines choses, on ne blague pas.

De Viet Cong à Preoccupations

Des Américains pas encore débarrassés du souvenir d’Hồ Chí Minh et de ses camarades rouges, des membres de la communauté vietnamienne un peu gênés par un rappel des faits anciens via un post-punk aussi glacial et brutal : ok, on change ! « Au travers de ce dialogue et en écoutant ce que ce nom signifie pour tant de gens, nous avons décidé de changer le nom de notre groupe », déclaraient ainsi Matt Flegel et sa bande en septembre dernier, soucieux de casser dans l’œuf toute forme de tension émergente, et nécessiteux de se concentrer uniquement sur ce qui les regarde en premier lieu, c’est-à-dire la musique.

En sourdine, un sens caché ?

Plus de tension latente ni d’évocation d’une violence certaine dans le nom du projet, ni plus également dans la pochette du disque en question. De la photo de Dusdin Condren, qui montrait alors une main visiblement accidentée par un choc antérieur et qui illustrait le premier album, on passe ainsi à une élégance graphique étonnante (vu la vidéo d’« Anxiety », on pouvait s’attendre à autre chose…) dont les courbes géométriques rappelleraient presque celles des plasticiens De Stijl, le tout accompagné par une typographie que l’on jugerait quasiment cyrillique. Cyrillique, comme l’alphabet qu’utilisent les habitants de la géante Russie, oui. C’est-à-dire l’ex-URSS. L’ancien bastion premier du communisme idéologique et politique. Soit le même que celui du Vietnam d’Hồ Chí Minh, à la tête de ceux que l’Occident a fini par appeler les Viet Cong. Ou la persistance d’une entité nominale d’hier peut-être encore un peu présente, et malgré les apparences, dans l’aujourd’hui. Trop de coïncidences tirées par les cheveux ? On extrapole ? Certainement oui.

Viet Cong x Dusdin Condren x Viet Cong

Le son

Viet Cong a changé de nom. Et Preoccupations, le nom qu’il faut désormais attribuer au groupe de Matt Flegel, en est peut-être bien une référence, à ces préoccupations de l’esprit qui ont occupé le groupe depuis qu’on leur a fait comprendre que non, avoir un non comme ça, c’est franchement pas sérieux. Alors changement de nom, mais franchement pas de son, ni surtout de qualité de compositions et d’interprétations d’un album qui, exploit notable compte tenu de la difficulté récurrente des groupes à ce moment-là de leur parcours, est au moins aussi bon que le premier. Au moins audacieux aussi, à l’image de ce « Memory », morceau de 11 minutes paumé en plein milieu du disque qui se tord dans tous les sens et offre un pont idéal vers l’excellent « Degraded », qui dit à lui seul à peu près ce que représente ces mecs-là : un mélange entre Vega, Curtis, le shoegaze, et le psychédélisme de tous les cerveaux les mieux foutus du punk. Bon Viet Cong est mort. Alors vive Preoccupations putain.

Preoccupations (Site officiel / Facebook / Twitter / Bandcamp / Instagram)

Marc Rimmer (Site officiel)

Preoccupations, Preoccupations, 2016, Jagjaguwar, 38 min., artwork & design par Marc Rimmer

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