LCD Soundsystem x Michael Vadino x Robert Reynolds – American Dream


LCD Soundsystem, visuellement parlant ? C’est tout de suite la boule à facettes scintillante du premier album éponyme du groupe new-yorkais, sorti en 2005, qui vient à l’esprit, artwork d’une simplicité folle signé par le designer Michael Vadino (longue collaboration à venir), mais qui incarne pourtant l’essence essentielle de la musique proposée par le groupe : faire danser, à tout prix, et ce via une esthétique dance-punk, prônée par le glorieux label DFA (The Rapture, Factory Floor, The Crystal Ark…)

LCD Soundsystem x Michael Vadino – LCD Soundsytem (2005)

Blue sky

Alors, forcément, ce petit chef-d’oeuvre en tête, quand les fans ont vu sortir le visuel lié à American Dream, symbole du grand retour du groupe après avoir été pourtant sacrément sabordé par son éminemment fondateur au début du siècle (en 2011, pour James Murphy, LCD, c’était fini), ça a fait la tronche. Et occasionné quelques remous sur Twitter, là où l’on mâche rarement ses 140 caractères. C’est aussi simple que la cover de LCD Soundsystem pourtant. Mais non, là, ça ne passe pas.

Alors, c’est vrai, ces nuages blancs épars, étalés dans un ciel au bleu azur par-dessus lequel l’on peut lire le nom du groupe et de l’album en lettres majuscules, noires, il peut rappeler les environnements de Microsoft 95 ou 98, si ce n’est un PowerPoint pour entreprise à la modernité graphique douteuse. Cet artwork, a-t-on dit sur le réseau au petit oiseau, c’était encore pire que celui proposé cette année par Kasabian, qui, ce n’est pas faux, n’était pourtant pas bien beau non plus.

Dystopie

Et pourtant. S’il n’est objectivement ni beau, ni mémorable, l’artwork de ce quatrième album studio, signé par le duo Michael Vadino (au design) et Robert Reynolds (à la photo), implique pourtant un sens pour ceux qui l’ont pensé. Pour James Murphy au moins. Car, certains l’ont suggéré sur la toile et la thèse est nettement digne d’intérêt, le leader de LCD – qui avait notamment produit le Reflektor d’Arcade Fire en 2013 – affirmait il y a quelques années être un immense amateur de David Foster Wallace, et de son ouvrage culte Infinite Jest, ouvrage d’une complexité certaine et que Vice, citons-les, résumait ainsi :

« Entamé en mars 1991 sous le titre annonciateur The Project et conclu 1 700 pages plus tard, son second livre s’appelle Infinite Jest – « L’Infinie Comédie » en français. Ça raconte l’histoire d’un continent américain dystopique, où la famille Incandenza – dont le fils Hal, un tennisman surdoué – se retrouve traquée par des séparatistes québécois qui convoitent L’Infinie Comédie, une vidéo réalisée par le père Incandenza, et qui déclenche chez ceux qui la regardent une addiction mortelle. »

James Murphy fan absolu d’un roman décousu, racontant une Amérique dystopique, malade et détraquée, et dont l’auteur, new-yorkais décrié, adoré, et dépressif (il se pendra chez lui en 2008, alors que sa femme était allée faire pisser le chien…) ? Il se trouve que le nouvel album de LCD Soundsystem, justement, se nomme American Dream. Et qu’il faut naturellement voir dans cette nomination un certain second-degré, compte tenu de l’état actuel, au pays de Trump et des libertés fondamentales sèchement bafouées, du rêve américain originel. Comme chez David Foster Wallace, new-yorkais lui aussi ? Sans doute. D’autant qu’en 1996, lorsque son Infinite Jest paraît chez Little, Brown and Company, l’ouvrage est illustré par un visuel offrant, derrière le nom de l’auteur et du roman en lettres majuscules, la vue d’un ciel bleu, parcouru par quelques nuages marqués par un blanc transparent…

Le son

Après avoir beaucoup bossé pour les autres (The Rapture, Arcade Fire, Soulwax…) et avoir voulu tuer dans l’oeuf sa poule aux oeufs d’or, qui avait pourtant tant pondu de tubes dans les années 2000 (« All My Friends », « New York, I Love You But You’re Bringing Me Down », « Tribulations », « Daft Punk Is Playing At My House »…), James Murphy a décidé de relancer la machine LCD Soundsystem. Et neuf ans après This Is Happening, dernier album en date (« Drunk Girls », « I Can Change », « Pow Pow…), il semblerait qu’aucun circuit n’ait été rayé, tant American Dream parvient, comme ses prédécesseurs, à enchaîner moment de profonde tendresse (« Oh Baby ») et moment de transe absolue (« Oh Voices », « How Do You Sleep », « Call The Police »). Retour réussi, album magistral.

LCD Soundsystem (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / Youtube)

Michael Vadino (Site officiel)

LCD Soundsystem, American Dream, 2017, Columbia Records / Sony Music, 68 min, design par Michael Vadino, photo par Robert Reynold

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