Laurence Wasser x D.i.e.l.o.d.g.e – V


Le rouge domine et englobe tout, sur l’artwork de l’album V (comme « Ve République ») du dénommé Laurence Wasser. Couleur de la passion charnelle, de l’ardeur, du triomphe, du sang et du danger, et aussi des idéologiques qui se positionnent à l’extrême gauche de l’échiquier idéologique, on le mélange ici au noir, non pas pour imiter Stendhal (ou The Limiñanas ?) mais parce que le noir, c’est notamment la couleur de ce drapeau que l’on pourrait déployer en écoutant ce disque politique, engagé et vindicatif, le premier à sortir sur un label – Atomic Bongos – nommé de la même manière que ce titre culte de Lydia Lunch, l’une des plus grandes figures punk de la scène new-yorkaise des années post 1977. Jade en fait partie, de ce label-là. Par mail, elle nous explique les raisons graphiques d’un artwork qui, assumons-le tout de suite, nous a immédiatement paru être l’une des bizarreries les plus déraisonnables et les plus censées aperçues aux cours des dernières semaines. Jade, donc :

Marianne, Mai 68, Strauss-Kahn…la France

« L’identité visuelle du label s’inspire de l’esthétique administrative. L’idée est de donner aux disques une valeur de document et à terme de constituer une collection, liant ainsi les disques entre eux. La mise en page est identique pour chaque réalisation, seules les couleurs changent. L’image de l’artwork est laissée libre de choix.

Le disque « V » de Laurence Wasser est un disque sur la France. Celle des non-lieux, des trains ouigo, de la violence sociale, du mythe de 68… Le titre fait référence à la V ème, République, au « V » de la victoire, c’est aussi le mois de mai… Au départ, nous voulions sortir le disque au moment de l’élection présidentielle mais des problèmes de pressage ont repoussé la sortie de plusieurs mois.

Au niveau graphique, la pochette se veut une allégorie de la V ème République, une Marianne. La photo a été prise dans l’appartement de Laurence Wasser à Berlin, quelques temps après les affaires DSK et Hollande/Gayet. Inspirée d’un magasine porno, la photo montre une jeune fille d’origine asiatique et un homme dans un rapport ambigu de domination/soumission.

Le rouge de fond renforce l’aspect sexuel et fait référence tant aux mouvement d’insurrection des années 60/70 qu’à Fassbinder (la lutte des classes comme pratique érotique). Les caches de censures donnent à l’image un coté désuet, qui rappelle la censure des années 70 (de nouveau une référence aux années de plombs). Mais en 2017, ils donnent aussi à l’image un aspect pudibond.

L’image de la pochette dialogue avec les images des macarons du vinyle : sur la face A, c’est celle d’un policier qui gaz à la bombe lacrymogène des manifestants pacifiques assis. L’incident a eu lieu à l’universite de Davis (Caifornie) en 2011. Sur la face B, c’est celle d’une gravure montrant la destruction de la colonne Vendôme lors de Le Commune en 1871. »

Le son

Parler politique, sans prononcer une seule parole : voilà le disque de Laurence Wasser, première sortie d’un label qui a de la gueule – Atomic Bongos -, album aux morceaux pas bien longs – rarement plus de deux minutes -, aux titres évocateurs d’une sensibilité politique à chercher plutôt très à gauche (« La commune de Paris », « Joli mai »…), et au son qui oscille entre post-punk, kraut chelou, country déviante. La musique d’un Français désormais installé en Californie, qui regarde son pays se tirer dans les pattes, et surtout, se faire tirer dessus par ses propres forces de l’ordre, comme on l’entend au sein de certains morceaux et comme un artwork, proposé sur le web et à l’intérieur du vinyle, le suggère ? C’est qu’elle est littéralement en sang, cette France que l’on nous propose ici, et qui semble sentir, c’est le cas de le dire, l’odeur nauséabonde du souffre.

Laurence Wasser (Bandcamp / Facebook / Soundcloud)

Laurence Wasser, V, 2017, Atomic Bongos, artwork par D.i.e.l.o.d.g.e

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