The Limiñanas x Richard Bellia – Shadow People


Lionel et Marie Limiñana, accoudés contre un mur, posent sous l’oeil photographique de Richard Bellia, vêtus de ces vêtements noirs qu’ils ne quittent que rarement et habillés par un rouge qui n’est, ici, pas celui du sang. Mais alors, le rouge et le noir, dans ce contexte, il renvoie à quoi ?

Bonjour The Limiñanas. Pensez-vous qu’il soit possible de trouver une filiation, ou du moins, une certaine cohérence, dans l’ensemble des visuels qui illustre les albums de votre discographie ?

The Limiñanas : Bonjour camarade. Non pas spécialement. Les pochettes sont liées aux périodes de production, d’enregistrement, d’une manière ou une autre. Elles rappellent toutes des situations précises mais ne sont pratiquement jamais une illustration du contenu et ne sont pas liées entre elles. Tu peux juste y observer un couple qui vieillit.

Le rouge et le noir, pour Stendhal et Julien Sorel, c’est l’armée d’un côté, et le religieux de l’autre. Pour Jeanne Mass, c’est la douleur et la colère. Et pour vous, c’est quoi ?

The Limiñanas : C’est le Funhouse des Stooges, le meilleur album de rock de tous les temps et aussi l’une des plus belles pochettes. C’était aussi les couleurs de mon vélo « cricket » quand j’étais gamin et celles du merveilleux LP live de Slade Slade alive. Dans ces trois cas on serait plutôt raccord avec les pensées de Jeanne Mas.

Pourquoi ne pas avoir de nouveau travaillé avec Thierry Guitard, comme sur la pochette cartoonesque de Istanbul is Sleepy ?

The Limiñanas : Parce que nous voulions deux artworks différents pour le maxi et pour l’album. Le travail de Thierry est magnifique, on est allé voir son expo au FID cette année et  c’est vraiment mortel. La photo et le traitement de Richard correspondaient bien à l’atmosphère du disque. Jusqu’au grain, les saturations….On a utilisé le très beau dessin de Thierry  pour le maxi d’Istanbul et la photo de Richard pour l’album. 

The Limiñanas x Thierry Guitard – Istanbul is Sleepy (2017)

De fait, comment avez-vous été amené à travailler avec Richard Bellia, l’un des photographes rock de référence en France ?

The Limiñanas : Marie est fan du travail de Richard depuis longtemps. Nous étions dans le studio d’Anton Newcombe à Berlin et il y avait le livre de Richard sur la table. Nous avons parlé de lui ce jour-là et nous l’avons rencontré dans un festival peu de temps après. C’était un signe. Comme dans les Blues Brothers.

Vous avez quasiment toujours figuré sur la pochette de vos disques, excepté sur Crystal Anis, et sur votre disque en collaboration avec Pascal Comelade, mais c’est un peu particulier. Pourquoi ce choix de la représentation quasi permanente ?

The Limiñanas : Parce qu’il ne s’agit pas d’un groupe de musiciens qui enregistrent ensemble mais bien d’un couple qui produit de la musique en autarcie dans une cave. C’est notre identité. 90 % des pochettes de disque que nous aimons sont des représentations. C’est une tradition, une culture. Des Kinks des sixties à Sleaford Mods. La vraie contradiction, c’est que nous détestons nous voir en photo !

Pascal Comelade & Les Limiñanas – Traité De Guitarres Triolectiques (À L’usage Des Portugaises Ensablées) (2015)

Le son

Artisans d’un rock garage, psyché, pop, ouvert d’esprit, Monsieur et Madame Limiñana, en couple à la ville (dans les environs de Perpignan) comme sur scène (assemblés, ça donne The Limiñanas), ont eu leur petit succès de l’autre côté de l’Atlantique avant d’en avoir vraiment en Europe. Parcours inhabituel et avec beaucoup de passion (un article de Télérama raconte avec justesse la trajectoire, rare, du groupe), The Limiñanas, après avoir sorti un album, Traité De Guitarres Triolectiques (À L’usage Des Portugaises Ensablées), avec l’ami Pascal Comelade (lui aussi originaire du Sud-ouest), ressort un album chez Because Music, Twisting the Shadow People. Et comme aucun des deux n’a jamais vraiment décidé de s’essayer au chant, pas mal de collaborations, vocales, apparaissent de nouveau sur ce disque, Anton Newcombe, Emmanuelle Seigner, Bertrand Belin (l’excellent « Dimanche »), et même l’ex New Order Peter Hook. « Nous aimons bien scénariser nos albums. Celui-ci évoque la vie d’un adolescent qui arrive au lycée et qui parvient à se construire en découvrant le rock au début des années 80, et en rencontrant les bandes de l’époque. Par conséquent, le disque sonne bizarrement un peu comme ceux de l’époque ». Allons-y.

The Limiñanas (Site officiel / Facebook / Twitter / InstagramBandcamp)

Richard Bellia (Site officiel / Facebook / Twitter)

The Limiñanas, Shadow People, 2018, Because Music, photo par Richard Bellia

The Limiñanas – Shadow People disponible en digital / CD / VINYL + CD 

En Concert le 29 mars au Trianon et en tournée dès le 10 février

Vous aimerez aussi

Justice x Thomas Jumin – Woman World Wide Où est donc passé ce crucifix, qui s’avérait parfois cosmique (l’album †), parfois pierreux (Audio, Video, Disco), ou parfois pourvu d’un coloris baroque (Woman) ? Cette croix, christique et évocatr...
Chevalrex – Anti slogan Rémy Poncet, Français responsable du projet Chevalrex, fait partie de ces artistes, rares, précieux et très doués, capables de se charger non seulement de l'écriture, de la la composition et de l'inte...
Pascal Comelade x Thierry Guitard – Le Rocanrolorama abrégé Robert Combas, Hervé di Rosa, Max, Willem, Frederic Amat, Zush, Carlos Pazos, Sophie Calle, Les Krims, Claude Gassian, Antoine Giacomoni, Alex Barbier, Dupuy et Berberian, Patrick Loste, Ceesepe, St...
H-Burns x Chevalrex x Brest Brest Brest – Kid We Own The Summer La peau rosée d'une fille, le rose de son chemisier, et celui du ciel au moment où celui-ci s'apprête à se coucher...Cette subtile résonance des roses, venant illustrer le très beau visuel ornant le...
Fetty Wap x Diwang Valdez – Fetty Wap Fetty Wap est né avec un glaucome congénital à l’œil, une maladie responsable, à terme, de la destruction totale du nerf optique, et donc de cécité. L'annonce, initiale et irrévocable, d'une existen...
Pharaon de Winter x Fan Yang Tsung – Pharaon de Winter L’histoire de Maxime Chamoux et de son Pharaon de Winter – le nouveau nom de (Please) Don’t Blame Mexico – est une histoire de culot. Le culot d’être capable, comme ce nageur à la peau rouge écarlat...

Comments

comments