Grand Blanc x Max Vatblé – Mémoires Vives


Grand Blanc x Max Vatblé – Mémoires Vives

Alors que les deux premiers visuels du groupe, tous deux remarquablement réussis, ont été réalisés par des tatoueurs – celui de l’EP Grand Blanc par Vincent Denis du salon All Cats Are Grey, et celui de Montparnasse par Peter Heinrisch –, c’est un graphiste, designer et vidéaste – Max Vatblé – que Grand Banc convoque afin d’illustrer son 1er LP, Mémoires Vives.

Et celui-ci est manifestement adepte de (vieilles) bagnoles, puisque qu’outre celles que les protagonistes conduisent dans le clip de « Surprise Party » (une Opel et une Ford), que le polyvalent artiste parisien a réalisé et dont il a tiré une belle série de photos, on en voit également une sur le visuel de cet album, via un très gros plan sur le phare d’une Nissan Micra accidentée.

Phare cassé et humain(s) blessé(s) ?

Détruit pour avoir voulu vivre trop vite ? Le gros plan effectué sur ce phare brisé, qui laisse ainsi ses ampoules visibles et la carrosserie qui l’entoure fracturée, comme un corps ouvert dont on pourrait dès lors découvrir les viscères et les boyaux égarés de la base, suggère en tout cas d’autres blessures, celles, invisibles ici mais forcément réelles, qui ont sans doute dû être subies par ceux qui se trouvaient à l’intérieur de ce véhicule. La blessure que l’on suggère, plutôt que celle que l’on formule de manière explicite. Comme en fait chez Grand Blanc, et dans ces textes d’une application remarquable (surtout pour un groupe de pop), qui joue avec le verbe comme le faisaient jadis les plus grands, de Bashung et Daho en tête. Peut-être l’évoque-t-on d’ailleurs par les mots, la trajectoire tragique de cet engin-là, comme lorsque la chanteuse et claviériste Camille Delvecchio, chante, dans « Bosphore », « les trottoirs et les phares effarés ».

Lavier dans le rétro

Et si Benoît David, le chanteur et guitariste du groupe, nous disait d’ailleurs, en nous parlant de la pochette de Montparnasse, être fasciné par les travaux des surréalistes Desnos, Char, et Breton, analystes iconoclastes suprêmes de la langue et des mots, c’est à l’un des continuateurs les plus fameux des surréalistes, Bertrand Lavier, que la démarche de Max Vatblé peut renvoyer ici. On pense ainsi, en miroitant ce véhicule fracassé, à La Giulietta du plasticien français, achetée telle qu’elle à la casse et déclarée ensuite « œuvre d’art », qui lui avait permis lors de sa création de se positionner dans la lignée complémentaire de Duchamp, de faire évoluer le readymade du côté du tragique.

Bertrand Lavier - La Giulietta

À force de chanter la nuit et les dérives que celle-ci implique (hier avec « Samedi la nuit », aujourd’hui avec « Bosphore » – « la nuit dévore »), Grand Blanc a fini par se le prendre, cet obstacle noctambule qui guettait. Illustrer Mémoires Vives par une image qui dit les souvenirs de l’accident toujours bien présent. Tout un symbole.

Le son

Après deux EP que la production avait orienté vers un esthétisme clairement « pop variétale », Grand Blanc assume davantage sur Mémoires Vives l’influence DFA (le label du LCD Soundsystem James Murphy), et impose le règne, simultané, du synthé glacial et du verbe cérébral. La rencontre d’une cold-wave façon Cabaret Volontaire et d’une chanson française façon Bashung, qui tabasse et qui caresse tout à la fois.

Nuit Néoprisme #3 – du jeudi 14 au samedi 16 janvier 2016 – galerie Arts Factory – 27 rue de Charonne, 75011 Paris – Métro Bastille ou Ledru-Rollin – Vernissage le jeudi 14 janvier (18-22h) avec les Dj set d’Entreprise x Néoprisme, de Bagarre et de Blind Digital Citizen. Plus d’infos.

Grand Blanc (Facebook, Twitter, BandCamp, SoundCloudYouTube)

Max Vatblé (TumblR)

Grand Blanc, Mémoires Vives, 2016, Entreprise, 41 minutes, pochette par Max Vatblé

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