Dinos x Fifou – Imany


« Je suis le quartier, mais pas la rue », dit Dinos dans « Hiver 2004 ». Le quartier – celui du 4000 Nord de La Courneuve, le rappeur francilien, qui a mis trois bonnes années à mettre sur pied son premier album, le représente néanmoins sur la pochette d’Imany, un terme qui réfère à la « foi » en langue swahili afin de qualifier un disque qui parle de galère, de famille, de reconnaissance et d’enracinements sociaux bien difficiles à défaire. « J’ai de l’amour pour très peu de gens », dit-il aussi. Cet amour, il le réserve à ses proches (la pochette d’Imany, première version), à son quartier (la pochette d’Imany, version deluxe), et a pu le formuler grâce à Fifou, l’incontournable photographe auteur de quelques 600 pochettes de rap (Youssoupha, Sadek, Booba, Rohff, La Fouine, Kaaris…) « Ce soir ma vue est en argentique », dit encore Dinos. Preuve en est :

Dinos x Fifou – Imany (deluxe) (2018)

La pochette originale d’Imany présente Dinos entouré de certains de ses potes d’enfance dans le quartier dans lequel il a grandi, le 4000 Nord de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Chacun des membres du groupe, et même le petit garçon qui se trouve avec eux, a un mot scotché sur les lèvres. Après coup, comment l’a lis-tu, cette pochette ?

Fifou : Le shooting de cette pochette m’a particulièrement marqué. Dinos et moi avions échangé sur le concept du projet Imany durant une bonne année. Puis après moults propositions et moodboards, nous avons tout rejeté. Nous étions soit trop « mode », soit trop « arty » et donc trop éloignés de l’essence même du projet : l’authenticité.

J’ai shooté Dinos comme si je shootais un rappeur new-yorkais des 90’s

Je voulais absolument travailler à l’argentique, en moyen format. Puis avec Jules et son producteur, Oumar Samaké, nous avons trouvé cette idée de censure visuelle artisanale : le bout de scotch noir. Une fois la direction visuelle choisie, on est parti dans le bloc de Dinos, à La Courneuve, et pour le coup nous avons pas mal improvisé sur place. J’ai shooté Dinos comme si je shootais un rappeur new-yorkais des 90’s : que de l’attitude, pas de fioritures. Pour moi cette séance a été faite comme un reportage.

Avec recul nous avons réussi à sortir cette image intemporelle, le noir et blanc contrasté renforçant ce sentiment. Je trouve Dinos et ce groupe, fiers et dignes, malgré ces scotchs noirs barrant leurs visages. Le bébé est le seul à ne pas être « censuré », car il représente à mes yeux l’espoir.

Pourquoi avoir voulu, pour la version deluxe, proposer un nouveau visuel ?

Fifou : Nous avons beaucoup communiqué autour de ces clichés de Dinos avec ce gros scotch noir. D’ailleurs pour les photos de presse je n’avais pratiquement que cela, ce qui n’était pas évident car qui dit premier projet, dit grand besoin d’être identifiable. De plus, j’avais besoin de shooter Dinos seul, et nous ne voulions pas d’une simple déclinaison du premier shoot pour la version deluxe.

Le nouveau visuel semble avoir été pris au même endroit que le précédent. Pour quelle raison ?

Fifou : Vu que cela reste une réédition deluxe, il était important de garder les mêmes codes que la première cover : le décor et le traitement noir et blanc.

Il faut voir cette photo comme une célébration

Sur ce nouveau visuel, on voit Dinos, vêtu d’un smoking noir, en train de tendre un bouquet de roses à quelqu’un que l’on ne voit pas dans le cadre. Quel sens donner à cette image ?

Fifou : Il faut voir cette photo comme une célébration. Le contraste entre l’élégance du costume avec ce décor « bitumal », les roses noires en feu… Pour moi, il rend hommage à son quartier en lui tendant ce bouquet de roses. On peut aussi le voir comme un clin d’oeil à son morceau « Les Pleurs du mal ».

Quel lien peut-on voir entre le titre, Imany, et ces deux visuels ?

Fifou : Malgré le côté sombre du rendu, le lien est l’amour : l’amour du groupe, de la famille (pour la première cover), l’amour de son quartier, en le célébrant sur la seconde cover.

Tu as récemment ouvert ton studio après des années de travail en solo. Concrètement dans le travail au jour le jour, comment ça se passe ?

Fifou : Oui je viens d’ouvrir un studio photo, Le Salon (qui se trouve à Porte d’Ivry). Cela va me permettre d’être plus indépendant et surtout de pouvoir me perfectionner au jour le jour. Mais le but principal est de pouvoir rencontrer et initier une nouvelle génération de photographes. Je veux mettre en place des workshops pour expliquer aux jeunes talents tout le process qui se cache derrière ces covers.

J’ai commencé tout seul dans la photographie, complètement autodidacte. Mais depuis quelques années je travaille en équipe, ce qui m’apporte énormément dans la création. Derrière chaque shooting, il y a énormément de prépa et de personnes : un chef déco, un assistant lumière, un régisseur, un make up, styliste… le fait d’avoir un lieu aussi grand me permet de rencontrer chaque semaine des talents.

Le son

En 2014, le jeune Dinos explosait avec « Namek », un succès qui devait très vite lui permettre d’entrevoir la lumière, mais le reléguait en réalité quelque peu dans l’ombre. Trois années ont en effet été nécessaires au rappeur pour parfaire sa plume, et lui permettre d’accoucher de cet album, Imany, un grand album de rap qui parle du quartier avec le recul de celui qui ne jure plus seulement par lui. Intello, spirituel, thug.

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Fifou (Site officiel / Facebook / Twitter)

Dinos, Imany, Because Music, 2018, artwork par Fifou

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