Aaron x Akatre – We Cut The Night


Aaron - We Cut The Night

5 ans après Birds In The Storm, le duo fusionnel composé de Simon Buret et Olivier Coursier revient pour un troisième album studio. Toujours terriblement inspiré par des contrées oniriques, Aaron s’est entouré du trio du studio parisien de créateurs Akatre, à savoir Valentin Abad, Julien Dhivert et Sébastien Riveron pour réaliser une pochette aux allures de théâtre enchanté.

Le yin et la yang

Depuis l’apparition du brillant tandem en 2007 avec l’album Artificial Animals Riding On Neverland qui révéla particulièrement le titre « U-Turn (Lili) », appartenant à la BO du film Je vais bien, ne t’en fais pas, AaRON est apparu comme une entité propre, à deux têtes. Sur l’artwork de ce nouvel album, le bleu et le noir se mêlent, scindés par une ligne qui lie les deux hommes graphiquement, comme un fil invisible extrêmement fort, malgré cette scission visuelle. Symbole de l’union de deux auteurs-compositeurs qui s’enferment dans leur studio, à deux, pour créer un univers singulier où poésie, métaphores et lyrisme font office de fil conducteur. Une vision très artistique de la musique qui se ressent à travers les trois pochettes de leurs albums studio. Si la sirène aux relations épistolaires du premier opus ajoutait un côté romanesque aux compositions nostalgiques d’AaRON, Birds in the Storm marquait un tournant plus pop, tant dans l’artwork que dans la musique.

La matière se fait plus rugueuse sur des rythmiques quasi-tribales. Ce cow-boy sortant des flammes comme un oiseau dans l’orage semble indiquer en point de fuite une ombre sans regard, restant dans un mouvement à la fois courageux et apeuré. Et c’est un peu ce qu’on ressent à l’écoute des mélodies élégantes, sauvages et mélancoliques d’AaRON. Lorsque l’on regarde ces deux pochettes, elles sont construites comme de véritables tableaux avec des compositions hyper travaillées et une esthétique métaphorique. Si on conserve l’esprit d’une composition très structurée, l’œuvre d’Akatre met en scène Simon Buret et Olivier Coursier pour la première fois sur leur pochette. Ni pose façon Harcourt, ni visages à découvert. Comme des licornes imagées, des masques de carnavals ou des figurines désarticulées : tout appartient au rêve.

Deux valseurs dans la tourmente

Adeptes des sorties de cadre et des jeux visuels aussi fascinants que déroutants, les compères d’Akatre illustrent ici les deux artistes entre la fiction et la réalité. Une mise en abîme de leur art qui les amène comme à sortir de la pochette qu’on tient entre nos mains. Si Simon Buret semble s’embarquer dans une valse autrichienne, Olivier Coursier quant à lui, se meut dans le corps d’une sorte de torero flamboyant. Parures dorées sur le visage et les mains, comme pour signifier la création et ne pas oublier l’empreinte terriblement poétique des deux musiciens.

S’ils sortent du cadre de cette pochette très moderne, Simon Buret et Olivier Coursier ajoutent également une nouvelle nappe de travail à leur album We Cut The Night. Si le premier était plus acoustique, avec des pianos devant, le second opus ajoutait des touches pop, voir rock rocailleux, par moment. Ici, c’est l’électronique qui s’exprime pleinement, même si Aaron avait déjà des sons expérimentaux sous le pied. Et la pochette d’Akatre, dénuée d’esprit baroque contrairement aux deux précédentes, nous permet d’aller à l’essentiel. Ce duo de funambules, qui, grâce à une confiance absolue semble-t-il, arrive à créer des compositions intimes et inspirées, se renouvelle sans cesse. Des voix robotisées d’ « Invisible Stains » au très efficace « Blouson Noir », en passant bien sûr par l’hypotonique « Onassis », on ne perd rien de la patte Aaron. Il y a juste des strates qui s’ajoutent à chaque album, élargissant la palette artistique d’un nouveau monde à découvrir, comme une terre qu’on explore dans des rêves brumeux.

Tout comme l’excellent travail réalisé pour la pochette du dernier album de Benjamin Clementine, Akatre propose un artwork ultra-sensible et délicat qui amène toujours une ouverture à travers l’imaginaire. Le côté sombre et pop du duo Aaron nous explose au visage avec une grande évidence. A l’intérieur, ces profils dorés nous plongent dans les instrumentales aériennes à l’instar du titre « Maybe On The Moon ». A travers leurs gestes de danseurs dont le mouvement est coupé, Simon Buret et Olivier Coursier semblent nous inviter dans les sphères merveilleusement oniriques qui les habitent.

Le Son

Après avoir explosé avec le titre « U-Turn (Lili) », extrait de la BO du film Je vais bien, ne t’en fais pas, Aaron poursuit sa route musicale en proposant des albums aux univers esthétiques extrêmement travaillés, offrant de grandes envolées instrumentales et oscillant entre un aspect très authentique et acoustique et à la fois, une vraie présence électronique qui donne une couleur particulièrement cinématographique à ce dernier album We Cut The Night.

Aaron (Site Officiel / Facebook / Twitter)

Akatre (Site officiel / Facebook / Twitter)

Aaron, We Cut The Night, 2015, Wagram Music, 43 min, pochette par Akatre.

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