À travers le prisme de : Good Morning TV


De ce côté-là de la planète, la petite sensation pop-noise-shoegaze de l’été se nomme Good Morning TV. Et c’est une bien bonne chose, que l’on nous propose, au lever du jour, autre chose à se mettre sous la pupille que les atrocités que l’on nous propose habituellement (en plein affaire Morandini, ça tombe au poil). Managé par les audacieux d’Hello Acapulco (Spalsh Wave notamment, avec qui on a déjà bavardé), Bérénice Deloire, Barth Bouveret et Thibault Picot présentent ce soir au Point Éphémère ce premier EP que deux d’entre eux (Bérénice et Thibault) ont également designé. L’occasion était trop belle : c’est avec eux que l’on discute aujourd’hui pochettes de disques.

Good Morning TV - Bérénice Deloire x Thibault Picot - Good Morning TV

D’abord, qui êtes-vous ?

Nous sommes Bérénice Deloire et Thibault Picot, directeurs artistiques dans le civil, et membres avec Barth Bouveret de Good Morning TV.

LA pochette d’album mythique, pour vous, c’est laquelle ?

Armed Forces d’Elvis Costello & The Attractions, autant pour l’impact de la couverture que pour le spectacle et la diversité visuelle à l’intérieur de la pochette.

Elvis Costello & The Attractions - Armed Forces

Elvis Costello & The Attractions – Armed Forces

La pochette d’album que vous trouvez la plus belle ?

Les pochettes de Reid Miles pour Blue Note, pour son travail de composition typographique, les bichromies et le sens de l’économie qui en font encore aujourd’hui des pochettes extrêmement impactantes et actuelles.

John Coltrane - Blue Train

John Coltrane – Blue Train

Et la plus laide ?

A+E de Graham Coxon, mais sa laideur est partie intégrante du postulat du disque. Coxon voulait faire un disque brut et sans maniérisme, un doigt d’honneur au règne de la surproduction aseptisée. Comme quoi, une bonne pochette n’est pas forcément une belle pochette !

A+E - Graham Coxon

A+E – Graham Coxon

Récemment, y en a t-il une qui vous a marqué ?

Pom Pom d’Ariel Pink, parce qu’avec très peu d’éléments (à savoir une couleur, le rose bonbon, et un lettrage, naïf presque accidentel) l’identité du disque est posée. L’intelligence de la démarche, c’est aussi d’avoir su mobiliser ces éléments un peu partout dans les supports de promo de l’album, notamment dans le clip de « Black Ballerina » où le lettrage maladroit prend tout son sens sur ce petit groove improbable.

Ariel Pink - Pom Pom

Ariel Pink – Pom Pom


L’artiste / le groupe le plus cohérent d’un point de vue visuel ?

Broadcast, pour le magnifique travail plastique et post-moderne de Julian House qui, comme la musique du groupe, marie esthétique sixties et problématiques contemporaines (technologie, identité mouvante, individualité…)

Le dernier concert qui vous a marqué ?

J. Fernandez à l’Espace B, parce qu’en général on apprécie un disque puis en live on est déçus parce que l’on se rend compte que, sans production, les morceaux ont moins de charme. Mais lorsque Fernandez joue en live, on perçoit tout le potentiel et la richesse de ses morceaux. Un potentiel qui n’est pas forcément exploité à son maximum dans l’album (qui est quand même très bon par ailleurs).

La dernière expo qui vous a marqué ?

La rétrospective du Velvet Underground à la Philharmonie de Paris, parce qu’au-delà du groupe mythique, l’expo parle surtout de cette époque créative et foisonnante qu’était le New-York des 70’s.

The Velvet Underground & Nico

Si vous deviez associer un créateur de sons et un créateur d’images au service d’une pochette d’album, sur quelle association fantasmeriez-vous ?

Probablement une photo de Maurizio Cattelan pour Battles.

Battles x Gloss Drop

Battles x Gloss Drop

La pochette d’un disque peut-elle influencer votre manière de l’écouter ?

La pochette conditionne notre état d’esprit à la première écoute du disque oui, elle instaure un contexte, un ensemble d’évocations que l’on va forcément rechercher dans les morceaux. Elle peut aussi être porteuse d’un message, c’est l’affirmation d’une intention.

Pourquoi va-t-on entendre parler de vous très prochainement ?

Parce qu’on a la chance d’être choyé (HelloAcapulco <3), qu’on a des amis talentueux avec qui collaborer (Antoine Magnien, réalisateur de notre clip, pour n’en citer qu’un), sans oublier notre Barth qui, en plus d’être un bassiste génial, est un producteur extraordinaire.

Good Morning TV (Facebook / Soundcloud / Youtube)

Good Morning TV, Good Morning TV, 2016, Requiem pour un twister, pochette par Thibault Picot et Bérénice Deloire

Vous aimerez aussi

À travers le prisme de : Møme Le gosse Jérémy Souillart ne s’en sort finalement pas si mal dans la vie d’adultes. D’abord, parce que dans la lignée de ses artistes (en gros : les sorties Nowadays en France et de Futur Classic à l’...
À travers le prisme de : Elektro Guzzi À l'image de ce que font en France les deux membres de Cabaret Contemporain (avec qui l'on avait d'ailleurs, pas de hasard, déjà échangé quelques mots sur Néoprisme), les trois autrichiens d'Elektro G...
À travers le prisme de : Blow Il y a quelques mois, et alors que l'on répondait à l’invitation des camarades de La Nuit Nous Attendra, qui investissaient alors le plateau média de La Gaîté Lyrique pour une émission live, on avait ...
À travers le prisme d’Agar Agar Un jour, en trainant sur Soundcloud, un son retient l’attention. Ça arrive souvent, mais là, vraiment, on reste dans le coin. Et comme souvent sur le réseau social orangé (et pas en super forme financ...
À travers le prisme de : Basile di Manski Dans un ciel brumé mais quand même clair, un dauphin s’échappe, et c’est inhabituel, d’une peau de banane ouverte, comme le poussin s’échappe de l’oeuf dans lequel son petit corps fragile s’est formé ...
À travers le prisme de : Thousand Stéphane Milochevitch fait partie de ces artistes qui se chargent à la fois de l’élaboration du son (la pop folk lumineuse de Thousand et de The Flying Pyramid, ses deux premiers albums) et de l’image...

Comments

comments