À travers le prisme de : ZEUGL


Du 14 au 16 janvier, on expose les pochettes du label Entreprise à l’occasion de la 3e Nuit Néoprisme. À la galerie Arts Factory, au milieu des visuels illustrant les disques de Blind Digital Citizen, de Grand Blanc, de Superets et autres Bagarre, on pourra voir exposés les pochettes de Moodoïd et les travaux préparatoires qui les ont précédé, des pochettes réalisées dans leur intégralité par le duo ZEUGL (Lolita Do Peso Diogo et Gabriel Weber), graphistes et vidéastes également en charge des identités visuelles entourant les projets CaandidesIñigo Montoya! et Amarillo). Aujourd’hui, et à quelques jours de cette exposition dont le vernissage aura lieu le jeudi 14 janvier (18h-22h), c’est à travers le prisme de Lolita que l’on considère la pochette d’albums.

Moodoïd – ZEUGL – Le Monde Möö

D’abord, qui es-tu ?

Lolita Do Peso Diogo, moitié du duo ZEUGL, graphistes travaillant principalement avec des groupes de musique (Moodoïd, Caandides, Iñigo Montoya!, L’Impératrice, Amarillo…)

LA pochette d’album mythique, pour toi, c’est laquelle ?

Spontanément je pense au lettrage pour le single Confusion de New Order par Peter Saville. Le nom du morceau est littéralement brouillé (confus) par la superposition avec le nom du groupe, ce qui illustre parfaitement le mot, tout en gardant les deux termes lisibles.

New Order x Peter Saville - Confusion

Mais pour parler de concept de pochette dans son ensemble, je choisis la série réalisée par Barney Bubbles pour l’album Do It Yourself d’Ian Dury & The Blockheads. Chaque pochette est unique, ayant été imprimée sur un morceau de papier peint. Le titre de l’album (Do It Yourself) est subtilement connoté par l’utilisation de la tapisserie, qui rappelle un univers de travaux manuel et de bricolage, et par le lettrage à trous.

Do It Yourself – Ian Dury & the Blockheads

La pochette d’album que tu trouves la plus belle ?

Dans mon top 3 (sans ordre particulier) on trouve The Damned Music for Pleasure, illustrée par Barney Bubbles, pour la nostalgie qu’elle suscite, Nosaj Thing Eclipse/Blue designée par Adam Guzman, très élégante, et enfin, les visuels de Nausicaä par Sam Coldy.

Et la plus laide ?

Il y en a tellement ! Une de mes références en la matière est You Can Tune A Piano But You Cant’ Tuna Fish de Reo Speedwagon. Elle n’est pas être très élégante mais se rattrape au moins par son humour (ce qui est d’ailleurs souvent le cas des pochettes « moches »).

Reo Speedwagon - You Can Tune A Piano But You Cant’ Tuna Fish

Avis subjectif à part, il suffit de prendre les meilleures ventes de disques en France et quasiment tous les visuels rentrent dans cette catégorie. La même formule est récurrente, souvent assaisonnée avec un « concept » dont l’originalité et la pertinence laissent dubitatif (le vintage pour le Paris de Zaz ou le trombinoscope d’écoliers pour Génération Goldman). Mais le contenu reste identique et l’idée paresseuse : photo du (ou des) artiste(s) qui le(s) montre généralement sous son(leur) meilleur profil + typographie maladroite (par exemple, La Rencontre d’Emmanuel Moire). La démarche est donc plutôt orientée vers la promotion d’une personne (une idole) plutôt que la création d’un univers visuel fort pour un projet musical. Tout cela est au final assez ironique car ce sont ces artistes qui ramènent de l’argent aux maisons de disques et qui pourraient s’offrir le luxe de travailler avec de bons graphistes, mais la priorité n’est malheureusement pas là.

Récemment, y en a t-il une qui t’a marqué ?

De mémoire, je pense au dernier album de Hot Chip designé par Matt Cooper et Nick Relph. Chaque pochette est différente grâce à une méthode d’impression qui utilise un algorithme pour générer les variations. Malheureusement, cette diversité n’est pas représentée sur le web : il n’y a que 3 variantes sur Youtube (au moment où je réponds à cette interview), et le visuel utilisé pour la promotion est le même partout. Ce qui démontre soit une frilosité commerciale, les maisons de disques ne voulant pas risquer d’embrouiller le public avec des visuels différents pour un produit unique, ou alors que la flexibilité d’internet peine à encore être exploitée peut-être pour des raisons techniques.

Hot Chip x Nick Relph x Matthew Cooper – Why Make Sense ?

Hot Chip - Why Make Sense ?

L’artiste / le groupe le plus cohérent d’un point de vue visuel ?

Je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de projets qui bénéficient d’une communication ultra cohérente sur la durée et à travers tous les supports. C’est peut-être en partie dû au fait que les musiciens prennent plaisir à jongler entre les styles visuels d’un disque à l’autre et sinon parce que la création d’une identité visuelle demande un investissement financier que peu de groupes peuvent s’offrir. Ceci-dit il y a quand même quelques noms qui me viennent en tête : Sophie Msmsmsm, Holly Herndon, Todd Terje, The XX, FKA twigs…

Le dernier concert qui t’a marqué ?

Alors le plus récent ça serait le set d’Omar Di Bongo le 17 octobre dernier pour le vernissage du Festival Serendip Lab 2015 au Treize. La musique était vraiment bien, et ils avaient même fait une petite installation avec des miroirs (si je me rappelle bien) pour projeter des images en live sur le plafond.

La dernière expo qui t’a marqué ?

Les estampes de Kuniyoshi au Petit Palais et particulièrement les motifs des kimonos, les personnages fantastiques, les compositions et les astuces visuelles pour contourner la censure .

L'Estampe fantastique au Petit Palais

Si tu devais associer un créateur de sons et un créateur d’images au service d’une pochette d’album, sur quelle association fantasmerais-tu ?

J’aurais bien vu Vasarely créer des visuels pour n’importe quel(le) artiste techno.

Vasarely

La pochette d’un disque peut-elle influencer ta manière de l’écouter ?

Personnellement je ne pense pas qu’un visuel de disque puisse changer la manière de l’écouter car si les gens choisissent de l’écouter c’est pour s’intéresser à la musique. Ceci-dit, un visuel peut définitivement inciter à aller écouter un disque et parfois même pousser à s’en procurer une version physique pour profiter pleinement du design.

Par contre, dans le cas des clips vidéos, je pense qu’il y a définitivement un impact des images sur la perception du son. Dans certaines vidéos les images créées prennent le dessus sur le morceau qui devient alors une bande-son pour le film (je pense par exemple aux clips de Flying Lotus) en changeant donc l’approche du spectateur à la musique.


Pourquoi va-t-on entendre parler de toi très prochainement ?

Nous avons tout récemment fini un clip inspiré par les animes pour le groupe The Hunt. Sinon, il va se passer pas mal de choses autour de la sortie du premier album de Caandides, dont on s’est occupés de toute l’identité visuelle, et on aussi est en préparation d’un nouveau clip pour l’Impératrice.


ZEUGL (Tumblr / Site officiel de Lolita)

Nuit Néoprisme #3 – du jeudi 14 au samedi 16 janvier 2016 – galerie Arts Factory – 27 rue de Charonne, 75011 Paris – Métro Bastille ou Ledru-Rollin – Vernissage le jeudi 14 janvier (18-22h) avec les Dj set d’Entreprise x Néoprisme, de Bagarre et de Blind Digital Citizen. Plus d’infos.

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