À travers le prisme de : NORD


Que l’on parle de ses clips, tous élégants et symbolistes (celui de « Drunk », de « Temps Morts » ou de « Mémorable »), ou de la pochette observatrice de son premier EP (L’Amour s’en va, signée par le photographe Fifou), Xavier Feugray prend le parti quasi systématique du coloris noir et blanc (exception faite de cet « L’Amour s’en va »), une manière, sans doute, de faire coordonner l’iconographie statique (les artworks) et mouvante (les vidéos) avec la nomination d’un projet – NORD donc – qui évoque forcément, parce que c’est généralement de cet côté de la boussole que l’on a la sensation d’avoir le plus froid, les paysages grisonnants, les températures en dessous de zéro, et les terrains gelés habillés par une couverture virginale sur le sol, et obscure dans le ciel.

Parce que le clip de « L’Amour s’en va » vient d’être dévoilé, et qu’une date est à venir le 17 mai au Point Éphémère (avec Hollydays), c’est donc à travers le prisme de NORD, auteur d’une pop variétale lyrique et caustique, que l’on considère aujourd’hui la pochette d’album.

Nord x Fifou x Escore - L'Amout s'en va

D’abord, qui es-tu ?

Je m’appelle Xavier Feugray, mais on me connait aussi sous le nom de NORD. Un projet chanson, pop électro, made in Normandie dans lequel j’écris et compose depuis bientôt 2 ans. Sinon, pour être plus général, je suis assez normal, physiquement et mentalement. Comme tout le monde, j’ai peur de la mort quand je m’endors en étant enrhumé.

LA pochette d’album mythique, pour toi, c’est laquelle ?

The Beatles, l’album blanc. ça mélange Kasimir Malevitch et Roman Opalka, le Maharishi Yogi et Eddy Barclay (cherchez l’erreur). On ne sait pas où ça va aller cette histoire. Alors que les Fab Four nous avait habitué à des pochettes plutôt fournies, ils nous livrent ici une pochette toute blanche, d’une sobriété indiscutable, un double album de 30 chansons bien mortelles… En définitive, ça commence à déconner entre eux, ça boue, c’est très intéressant. On passe par plein d’état, de style et on revient ainsi au blanc.

The Beatles - The White Album

The Beatles – The White Album

La pochette d’album que tu trouves la plus belle ?

New skin for the old ceremony de Leonard Cohen. « Is this what you wanted ? »

Je ne sais pas pourquoi, mais c’est la première idée qui m’est venue. Ce n’est ni une pochette, ni un dessin exceptionnel, ça fait plutôt penser à une illustration naïve de cartes de Tarot. Une eau forte religieuse, légèrement érotique. À l’époque je ne savais pas qui était ce monsieur Cohen. Mais Christ; ce bon vieux Leonard annonçait la couleur ! On y voit deux personnages ailés, couronnés, un ange femelle et un ange mâle, flottant à l’horizontal dans un ciel bleu. L’ange femme, tout en nous regardant, semble cacher le sexe de l’ange homme, ou bien le freine dans son élan. On ne sait pas trop ! L’ange homme semble plutôt sûr de son fait, il l’enlace et avance sa main en direction du sein de la dame. Mais attention les jeunes, vous êtes quand même en suspension dans le ciel, faites attention à la chute…

J’ai 14 ans et je trouve ça cool. En fait, c’est une des 21 gravures du Rosarium philosophurum, datant de 1593, qui représente le mariage alchimique des contraires, mâle et femelle. La coniunctio spirituums (pour ça, je suis allé voir sur Wikipédia).

Leonard Cohen - New skin for the old ceremony

Et la plus laide ?

Toutes les pochettes de Michel Sardou.

Maxi_les_lacs

Récemment, y en a t-il une qui t’a marqué ?

Oui mais ce n’est pas une grande nouveauté, c’est l’album Who Needs Who de Dark Dark Dark, qui donne envie de pleurer. La pochette est en noir et blanc, d’une sobriété efficace… Avec juste le titre et le nom du groupe. Indirectement ça a du m’influencer pour le visuel du Ep L’amour s’en va. À l’origine, c’est un pote qui avait posté une reprise de Leonard Cohen par Dark Dark Dark, il y a quelques temps. Comme vous le savez bien maintenant, j’aime beaucoup ce chanteur, je me suis dis « super, c’est vraiment très beau » et j’ai eu envie d’aller écouter leurs nouvel album… de 2012. (Sinon en terme de pochette je vous conseille également l’album Wild go, le groupe se met à nu, on dirait une peinture florentine du XVIe siècle, et il y a cette chanson, « Daydreaming », qui fait aussi pleurer).

L’artiste / le groupe le plus cohérent d’un point de vue visuel ?

David Bowie. Mais je ne vais pas m’étirer sur le sujet; on en a pas mal parlé récemment, je ne sais pas pourquoi… Regardez la toute première pochette et la toute dernière, et puis regardez les toutes; il y’en beaucoup et il y en a que deux de ratées complètement. Sinon plus proche de nous et de plus vivant, j’aime beaucoup la cohérence visuelle de Gablé, un des meilleurs groupes du cosmos.

Le dernier concert qui t’a marqué ?

Timber Timber au 106 à Rouen. J’attendais ce concert avec impatience. J’aime beaucoup l’univers de ce Taylor Kirk. Je n’ai pas été déçu. C’était fabuleux. Le groupe n’était pas éclairé, c’était la pénombre sur le plateau, on n’a jamais vu leur tête mais que des faisceaux rouges. Une frustration atténuée par les chansons de grandes classes.


La dernière expo qui t’a marqué ?

C’est une expo que j’ai ratée, parce que le jour où je devais y aller je me suis cassé la figure et me suis fait très mal. C’était l’expo d’un ami qui s’appelle Patrice Marchand, au Point Limite à Rouen, j’aime beaucoup son travail. Là il avait dessiné à même les murs et ça avait l’air très bon (mince j’aurais dû dire que j’y étais allé, pardon Pat).

Si tu devais associer un créateur de sons et un créateur d’images au service d’une pochette d’album, sur quelle association fantasmerais-tu ?

Danger Mouse / Matthew Barney : pour le côté animal. Je fantasme un maximum. Associer une souris et un… genre de bouc… Associer le danger au cremaster. Imaginez la pure pochette.

Matthew-Barney-Lead

La pochette d’un disque peut-elle influencer ta manière de l’écouter ?

Oui. Exemple: l’année 2010. The National / Hight Violet.

Ok, j’aimais déjà le groupe; ok j’aimais pas mal « Sad songs for dirty lovers » mais je ne suivais pas l’actualité du groupe à ce moment là. Et puis un jour, en traversant la Fnac pour acheter un adaptateur gros jack / mini jack (que je n’ai pas trouvé), je suis tombé sur le disque. Je l’ai acheté, direct, sans même l’avoir écouté, comme un fan hardcore, tout ça parce que la pochette m’avait interpelé. Avouez que c’est quand même fou, heureusement l’album est vraiment cool (Je vous conseille « Terrible Love », « Anyone’s ghost » et « Bloodbuzz Ohio »). Financièrement je m’étais mis dans le rouge. Comme quoi, ça peut être dangereux une pochette. Méfiez-vous !

The Nationals - High Violets

Pourquoi va-t-on entendre parler de toi très prochainement ?

Je suis en train de réunir des fonds sur une plate forme de crowdfounding pour louer de petits avions voltigeurs munis de grandes banderoles, plutôt jolies, peintes à la main par des enfants. Nous allons sillonnés les plages de la côté d’Azur en juillet, août, pour conquérir le coeur des vacanciers et des autochtones. Nous allons mettre à mal les enseignes de la grande distribution en faisant flotter dans le ciel des messages d’amour et de tolérance. Tout ça n’est pour l’instant qu’au stade de projet. Mais j’y crois beaucoup.

Sinon, plus concrètement, j’ai sorti un EP 6 titres, le 8 avril 2016, qui s’appelle L’amour s’en va, dont je suis très content. Les chansons me tiennent à coeur, la pochette (de Fifou / Escore) est bien aussi. J’ai envie de le défendre, tel un cerf qui défend son faon face à de belliqueux chasseurs.

Vous pouvez déjà le pré-commander si vous aimez l’aventure. Notez également que je sortirai la version vinyle le 15 avril, avec tirage très limitée (et comme je dessine un peu, il y aura 10 exemplaires customisés par mes soins).

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Fifou (Site officiel / Facebook / Twitter)

Nord, L’amour s’en va, 2016, pochette par Fifou et Escore.

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