Wilco x Joan Cornellà – Schmilco


Wilco x Joan Cornellà - Schmilco

Afin de marquer le coup de la sortie de leur 10e album studio (ou peut-être juste parce que l’occasion s’est présentée, comme ça), les Chicagoans de Wilco font appel au Catalan Joan Cornellà afin d’illustrer un disque dont une partie du visuel apparaîtra aussi, double actu, dans la prochaine comic-strip de l’illustrateur (Sot, qui sort en auto-édition) connu pour son humour rouge sanguinolent et ses personnages à moitié pervers, à moitié mutilé, toujours pleinement souriant.

Bon papa, sale gosse

Sur ce visuel, une planche exceptionnellement composée de neuf vignettes (chez Cornellà, on est plus souvent sur du 6, voir sur du 4), une fillette tire méchamment la tronche, parce que la prise de son tourne-disque est malencontreusement foutue, ne lui laissant aucune chance d’écouter le disque (celui de Wilco, on s’en doute) supposer tourner sur la platine en question. Bienveillant, un homme qui est sans doute son père et habillé comme nombre des personnages masculins de Cornellà (costume deux pièces, avec cravate et chemise correctement boutonnée), met alors les doigts dans la prise, permettant à l’électricité de pouvoir rejoindre le matériel sonore, et de le faire fonctionner. Mais comme l’électricité électrocute, et bien il s’électrocute. Ses cheveux sont dressés sur sa tête, son crâne fume, ses orifices saignent. La fillette, elle, danse, sans se soucier du reste. Faites des gosses tiens.

Cette vignette-là, idéale, puisque musicale, pour illustrer un disque, elle paraît toutefois presque gentillette dès lors qu’on la compare au reste de la production du Catalan, habitué à bercer dans un trash bien plus immoral et détraqué que ce que l’on trouve ici. Et en même temps, sachant l’exposition qu’aura l’objet physique et digital et sachant l’endroit où l’on en vendra le plus (aux États-Unis, où Wilco est, et bien plus qu’en Europe, un groupe absolument gigantesque), il aurait été difficile pour l’Espagnol d’user de pénis en érection, de flingues actionnés, de nibards à l’air et de têtes découpées qui sont d’ordinaire la base de ses dessins. Faire avec les contraintes puritaines – et toujours bien paradoxales – du monde contemporain.

Chameau, oiseaux & chat persan

Cette pochette, en raccord parfait avec le nom du groupe (qui selon certaines sources, viendrait de l’abréviation de l’idée de « se conformer »), elle rejoint la belle série de visuels que les Américains ont commencé à façonner depuis le début des années 2000 (avant ça, il faut bien l’avouer, c’est l’horreur) des buildings champignonnés de Yankee Hotel Foxtrot (2002) à l’oeuf non éclos d’A Ghost Is Born (2004), de l’oiseau pas encore au milieu de ses paires en pleine migration de Sky Blue Sky (2007) à la photo, grotesque mais marrante, de Wilco (The Album) (2009), qui mettait en scène un chameau (et non pas un dromadaire, puisque celui-ci a deux bosses) invité à un gouter d’anniversaire (d’où son chapeau et le gâteau sur la table) auquel il était alors le premier arrivé. Il y avait aussi celle de Star Wars, qui ne montrait ni la Princesse Leïa ni Han Solo, mais juste un chat persan tout blanc. Peut-être le gentil petit chat de cette fillette adorable (et orpheline ?) sans doute encore en train de danser sur du Wilco à l’heure où nous écrivons ces lignes, allez savoir

Le son

Le premier morceau du nouvel album de Wilco se nomme « If I Ever Was A Child ». Compliqué de mieux raisonner avec la pochette de l’album, et compliqué aussi d’accomplir retour plus réussi pour le quintet américain, lui dont les deux derniers albums (The Whole Love et Star Wars) n’avaient pas franchement été accueilli avec un enthousiasme débordant par la planète indie rock. L’album complet arrive le 9 septembre.

Wilco (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Joan Cornellà (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / TumblR)

Wilco, Schmilco, 2016, Dbpm Records, pochette par Joan Cornellà

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