Whispering Sons x Flor Maesen – Image


Après la montée – mentale, physique, psychique – il y a, le plus souvent, et à moins de rester à tout jamais tout en haut, la descente. Celle-ci peut-être coriace, déchirante, douloureuse, sordide. Ça parait être le cas ici, sur cette photo de l’artiste belge Flor Maesen utilisée pour illustrer l’album Image de Whispering Sons, groupe de cold-wave, belge là encore, dont le son suinte le tracas, la névrose et l’embarras. Dans une pièce où la faible luminosité a laissé apparaître de grandes ombres, cinq corps, sans aucun vêtements pour camoufler la peau, sont jonchés sur des matelas aux contours géométriques parfaits. Les corps sont ceux d’hommes et de femmes, qui respirent encore, mais morflent. La partouze / la séance de piquouse a peut-être fait des heureux dans l’instant, mais désormais, c’est le moment d’assumer. Les visages sont cachés dans les mains, et les silhouettes inertes : l’esprit, sans doute, engage une tentative pour se défaire du corps, affaibli par un trop-plein d’excès. Est-ce la consommation excessive de sexe ou de substances non-licites qui met cette assemblée épuisée dans cet état ?

C’est une scène aliénante, qui évoque à la fois un sentiment d’intimité et de distance.

Whispering Sons

« Image est un état immobile dans lequel les observations occultent les actions », nous disent les membres de  Whispering Sons. « Il reflète l’état artificiel des choses, mais reste néanmoins désespérément accroché aux idéaux et aux obsessions. La pochette ne fait que renforcer ce sentiment ». Et la partouze qui a mal tournée ?« Ce qui ressemble aux conséquences d’une orgie mise en scène peut être simplement cela ou autre chose. C’est une scène aliénante, qui évoque à la fois un sentiment d’intimité et de distance. »

Et parce qu’il y a décidément une fascination, chez Whispering Sons, pour ce qui est tombé, le clip de « Hollow », réalisé par Pieter De Ridder, met en scène lui aussi la bascule d’un corps désormais jonché sur le sol. « Plus dure sera la chute », dit-on parfois, lorsque l’on manque un brin d’optimisme, ce qui est régulièrement le cas lorsque l’on compose, afin de soigner les névroses, une cold-wave aussi torturée et ombrageuse que celle proposée par ce quintet dont le nom – qui donnerait « Les enfants qui murmurent » en Français – dit à lui seul la couleur résolument sombre du projet.

English version

« Image is a motionless state, in which observations overshadow actions. It reflects the artificiality of things, yet still desperately clings on to ideals and obsessions. The cover artwork, a photograph of Belgian artist Flor Maesen, only strengthens this feeling. What looks like the aftermath of a staged orgy, might be just that, or something else entirely. It is an alienating scene, evoking both a feeling of intimacy and distance. »

Le son

La cold-wave, ce genre qui a émergé dans les années 80 dans les traces, maculées de poudres et de cendres, du post-punk, de Joy Division, de Suicide, fait encore quelques émules en 2019. Whispering Sons est un bon exemple de cette résurgence symbolisée aujourd’hui par la parution, en France, d’un album sorti cet automne en Belgique, et dans lequel le groupe paraît exhumer des angoisses profondément ancrées dans quelques cerveaux sans doute bien heureux d’avoir quelques talents de musiciens pour ne pas basculer définitivement de l’autre côté du sombre, celui d’où, cette fois, on ne revient que rarement.

Whispering Sons (Bandcamp / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube)

Flor Maesen (Instagram)

En concert au Gibus (Paris) le 15 mai.

Whispering Sons, Image, 2019, [PIAS] Recordings Belgium, 45 min., artwork par Flor Maesen (photo) et Anne de Boeck (design)

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