Tristesse Contemporaine x Camille Vivier x Laurent Felis x Sarah Martinon – Stop and Start


À chaque album de Tristesse Contemporaine, sa nouvelle collaboration. Et féminine à chaque fois. Il y eut en effet d’abord, en 2012 et lors des premiers chants désespérés de cette hydre bizarre aux trois visages (le Suédois Leo Hellden à la guitare, la Japonaise Narumi Hérisson au synthé & l’Anglais Maik au chant), l’artiste peintre Marie Vidon, conviés par les bienheureux Tristesse Contemporaine a illustrer le premier album éponyme du groupe, ainsi que les singles qui en sont issus (Hell is Other People, I Didn’t Know, In the Wake / Daytime Nighttime) par le biais de ces figures, un brin glauques, vraiment inquiétantes, rappelant les apparitions de ces personnages fantasmagoriques qui interviennent dans les rêves d’enfants pourvus d’imaginations un petit peu trop débordantes…Le visuel du premier album, ainsi, est une version retravaillée (par le duo Laurent Felis / Sarah Martinon, qui interviendra, au design graphique, sur l’intégralité des pochettes du groupe) de la peinture La Danse, vision psyché et défoncée d’un art corporel interprété, les yeux sévères, par une figure que l’on devine féminine mais qui s’apparente à une haut-placée militaire pas franchement sympa plutôt qu’à un petit rat d’opéra…

La peinture de Vidon, les collages d’Arkhipoff

Il y eut ensuite la Franco-Américano-Ivoiro-Russo-Arménienne (sic) Elisabeth Arkhipoff, spécialiste émérite de collages grotesques, engagée pour les besoins de Stay Golden, et notamment pour le visuel de ce deuxième album qui laisse apparaître les visages et les sourires, rayonnants, de cinq blondinettes, sans doute natives du pays de Leo (la Suède), et dont les vacances à la plage se trouvent un peu perturbées par la présence, pas habituelle, de cette bouche aux lèvres colorées en rouge, semblables à celles que Dali dessinait, avant d’en faire même des canapés (le Canapé Boca, dont l’original fut édité par le designer italien Gufram).

Le nu, l’urbain

Il y a désormais, avec ce troisième album nommé comme une relation amoureuse qui a du mal à véritablement saisir les contours de son soi (Stop and Start), la photographie de la Française Camille Vivier, à laquelle le directeur artistique Laurent Fétis a pensé en raison des mots-clés avancés par le groupe au moment de formuler cette pochette de disque, qui devait alors s’appeler Girls : ceux de « nudité » et d’« urbanité ». L’érotisme, sans le sexy. Et Camille Vivier, elle en a justement photographié un nombre important, des figures féminines totalement dénuées (dont Anouk, le modèle vue de dos sur ce visuel et déjà souvent utilisées chez la photographe), souvent incorporées, avec une grâce et une poésie superbe, à des paysages laissant entrevoir la beauté d’une urbanité classique ou résolument moderne. La beauté naturelle de la femme léguée à son état le plus épuré, et celle des constructions des humains. La femme, vu par la femme.

Camille Vivier

À Libération, Laurent Fétis confie : « Au départ, nous avions en tête le Déjeuner sur l’herbe de Manet, et au final c’est plutôt le Nu sur un escalier de Gerhard Richter. Nous souhaitions une image qui crée une tension érotique sans être sexy. »

Edouard Manet – Le Déjeuner sur l’Herbe

Gerhard Richter – Ema (Nu sur un escalier)

Toujours dans Libé, Camille Vivier poursuit : « On a d’abord tenté de faire la photo à Ivry, aux abords de l’immeuble de Jean Renaudie, mais ce n’est jamais simple de faire des photos de nu dans l’espace public. Il faut aller très vite, rester très discret. Après plusieurs essais, vers minuit, Laurent a eu l’idée d’aller dans la cour d’un immeuble qu’il connaissait vers la gare de l’Est et dont il avait le code. L’escalier nous offrait des possibilités de positionnement idéales ainsi qu’une perspective. Une composition très graphique avec le modèle au centre. Et puis il y a la lumière, j’ai travaillé assez vite avec un petit flash, et l’ombre portée de la rambarde est très intéressante. Une femme nue dans un lieu incongru, c’est très proche de l’univers du peintre belge Paul Delvaux ».

Paul Delvaux – Women Trees

Le son

« La tristesse durera toujours », chantait Daniel Darc. Celle, contemporaine, du trio cosmopolite Leo-Narumi-Maik, elle, se poursuit en tout cas de nouveau sur ce troisième album toujours formulé en langage new-wave, versant « luminosité », où les jeux de synthés anxiogènes se trouvent compensés par les lignes aérées des guitares, et par le flow, posé et mélodiques, du toujours impeccable Maik. Stop, start. And again ?

Tristesse Contemporaine (TumblR / Facebook / Soundcloud / Twitter)

Camille Vivier (TumblR)

Tristesse Contemporaine, Stop and Start, 2017, Record Makers, 29 min., photo par Camille Vivier, design par Laurent Felis et Sarah Martinon

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