The Raveonettes x Sune Rose Wagner – Pe’ahi


The Raveonettes x Sune Rose Wagner - Pe'ahi

Pe’ahi est le nom du septième album des Raveonettes. C’est aussi le nom de la plus fameuse plage de l’île de Maui (située dans l’archipel d’Hawaï), réputée pour son spot de surf mondialement convoité et la hauteur de ses vagues pleines d’écumes. Sune Rose Wagner et Sharin Foo, les deux membres permanents du groupe, sont pourtant issus de Copenhague, et ont posé depuis quelques années leurs guitares et leur indie rock vicelard du côté de la Californie du Sud. A priori, et à moins d’une tournée organisée par Beat Dies Records dans le coin (c’est peu probable), la possibilité pour eux de s’enfoncer dans les eaux transparentes des environs hawaïens s’avère ainsi relativement limitée.

Océan turquoise et cran d’arrêt

Et pourtant, c’est bien l’Océan Pacifique qui fait face à la plage de Pe’ahi (autrement nommée « Jaws ») que paraît représenter ce bleu turquoise qui sert de toile de fond à une pochette sur laquelle vient s’incruster un cran d’arrêt à la lame acérée. Et comme ce fond est quasi monochromatique, c’est ce couteau, dont l’évocation reviendra à plusieurs reprises au sein des lyrics de l’album, qui ressort de manière dominante. À mille lieues de l’imaginaire généralement lié aux ambiances hawaïennes, on est ainsi confronté ici à une violence froide, réfléchie et homicidaire.

Et pas besoin de faire figurer de sang frais ou coagulé sur cette lame. Car les mélodies des Raveonettes menacent, on le sait, mais ne décapitent jamais clairement. Il se trouve que l’esprit, également, n’a pas besoin qu’on lui livre aussi précisément la destination prochaine de cet objet pointu : on l’imagine très bien, de la même manière que l’on sent presque le souffle de cet assassin figurativement évoqué dans le « Killer in the Streets », le morceau le plus addictif (et le plus immoral) du dernier album du tandem. Dans l’océan comme sur le bitume, il existe une menace.

Des manières bipolaires

Alors, le titre de l’album comme les composantes visuelles de sa pochette (que le chanteur et guitariste Sune Rose Wagner, moitié masculine du duo, a pris soin de créer lui-même) renvoient à une idée commune : chez les Raveonettes et sur Pe’ahi, les intentions s’avèrent diamétralement bipolaires. On caresse par le biais des mélodies marquées pop 60 (l’océan turquoise) que ne renieraient pas les créateurs de surf-music améliorée (des Beach Boys aux Drums, de Foster the People à MGMT). On tranche par le biais d’un rock crade, psychédélique et délétère (le cran d’arrêt) qu’accepteraient sans doute les créateurs de shoegaze obsessionnel (des Velvet à TOY, de The Jesus And Mary Chain à Sonic Youth). On envisage l’homicide, mais sans encore passer à l’action. Mais attendons de voir : peut-être que la cover du huitième album de ces Danois-là s’avérera être un carré abondamment vermeil…

Le son

Entre la lumière (les mélodies pop) et l’ombre (les tournoiements shoegaze), les Raveonettes poursuivent avec Pe’ahi la récitation d’une discographie débutée en 2003 et marquée par quelques opus mémorables (Whip It On, Raven In The Grave). Ce ne sont pas les vagues de la surf-music que cette plage faussement paradisiaque évoque, mais plutôt celles des guitares cracheuses, qui, une nouvelle fois, font valoir leur nervosité sournoisement mélodique. Le contraire en aurait étonné plus d’un.

The Raveonettes (Site officiel / Facebook / Twitter)

The Raveonettes, Pe’ahi, 2014, Beat Dies Records, 36 min., pochette par Sune Rose Wagner

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