The Afghan Whigs x Ramon Rodriguez Melo – In Spades


Des sorcières chevauchant la nuit tombée leurs balais maléfiques, des diablotins munis de fourches acérées, des vampires survolant les villages à la recherche de groupes sanguins compatibles, des chats noirs attentifs et sévères, et la Mort en personne, squelettique et capuchonnée, venue dans les parages afin d’indiquer une bien lugubre nouvelle…Ramon Rodriguez Melo, illustrateur à qui l’on doit l’artwork du nouvel album de The Afghan Whigs, est de ces êtres qui se fascine pour le lugubre, pour le sombre, pour ce qui se passe une fois que les rideaux sont tirés, et que le monde continue de tourner sans les humains enjolivés qui y séjournent sans crainte. Noir c’est noir.

L’empire du bizarre

Comme dans une short story d’Edgar Allan Poe, emplie d’êtres bizarres, tordus, et cependant attendus (ces personnages qui défilent chez l’artiste appartiennent tous à la culture populaire traditionnelle), on navigue dans l’ombre chez cet adepte de la xylogravure rendue en noir et en blanc, et notamment sur cet artwork, là pour illustrer In Spades, ce nouvel album du groupe de Cincinnati sur le fronton duquel l’on découvre un être tout aussi étrange, géant aux cornes diaboliques vêtu d’un long manteau noir, empreint d’une attitude qui semble suggérer la tentation du maléfice lancé par ceux ayant la capacité physiologique de le faire (ils sont rares).

Colossal, ce diable que l’on identifie grâce à ses attributs les plus traditionnels (les cornes vissées sur le front), domine de toute sa hauteur un panorama fait de pyramides séculaires, empilées les unes à côté des autres comme si les urbanistes de l’ancienne Égypte avaient décidé de condenser l’intégralité des monuments dédiés aux plus grandes personnalités de l’Empire en un même et unique endroit. Symboliquement : le plus fameux des immortels dominant le repère protecteur de certains des plus prestigieux des mortels.

Salsa du démon

Et pour le rapport entre cette xylogravure devenue pochette de disque, et cet album, 8e du nom, de The Afghan Whigs ? Plus qu’avec le titre du disque, traduisible par « en pique » (les piques des pyramides ?), l’illustration est sans doute davantage à mettre en relation avec « Demon In Profile », le troisième titre du disque dont le clip, réalisé par Philip Harder, met en avant la trajectoire d’une star à paillettes de la musique (danseuses canons, champagne en limousine, groupies à appareils dentaires…) confrontée à la trajectoire, un brin sordide, d’une jeune fille arpentant les rues, couteau à la main et masque de bélier sur le visage, à la recherche d’une proie qui viendra bientôt ensanglanter la lame de cette arme blanche devenue rougeoyante…Narration allégorique, et cette question, en fil rouge : le démon, qui est-ce finalement ?

Le son

Reformé en 2014 après une césure de 15 ans et une demi-douzaine d’albums participant à la construction de l’un des plus grands groupes de « rock alternatif » américain des années 90, The Afghan Whigs livre, avec In Spades, un deuxième album en quatre ans, confirmant la pérennité du come-back, et la persistance de ce rock fait de soul et de chevauchées pop rock qui s’avèrent ici, une fois encore, diablement convaincantes.

The Afghan Whigs (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Ramon Rodriguez Melo (TumblR)

The Afghan Whigs, In Spades, 2017, Sub Pop Records, 31 min., artwork par Ramon Rodriguez Melo

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