Tantrum x Jean-Michel Gimenez – Twisted in Anguish


Le soleil brille, et les vêtements légers sont de sortie. Parce que l’air est chaud, on a décidé de dresser le déjeuner non pas à l’intérieur, mais en terrasse / dans un jardin / sur son balcon, afin de profiter de la météo clémente, et des bienfaits que celle-ci occasionne. Mais le retour des beaux jours – en France du moins -, s’accompagne malheureusement toujours d’une ombre volatile, dont la seule présence importune et risque de faire basculer le déjeuner pourtant si bien parti en véritable calvaire. Les abeilles, les guêpes, et autres insectes à petites ailes, sont en effet eux aussi de retour, et entendent bien manifester leur présence, menaçante et belliqueuse, en vous tournant tout autour. Elles en veulent à votre steak, votre verre de vin rouge, vos tomates cerises, votre tarte aux pommes. Et peut-être même à vous-même directement, allez savoir.

« Ça vit d’air pur et d’eau fraiche, un oiseau »

En ces circonstances, l’homme moderne a cependant pris l’habitude de riposter, et rapidement. Bien souvent peu sensible aux préceptes du jaïnisme – qui prescrit un végétarisme très strict et une non-violence absolue envers tous les animaux -, il se saisit souvent de sa fourchette, de son couteau, ou d’une tong qui aurait quitté l’espace d’un instant le confort de son pied, et se montre relativement agressif, à leur tour, envers ladite bestiole. Certains, qui ne se sentent pas d’humeur à tuer, mais qui ont juste envie de bouffer peinards, choisissent plutôt l’option, salvatrice et heureuse, du verre. À savoir : se servir du récipient transparent, qu’on aura pris le soin de vider auparavant, pour enfermer l’insecte volant et l’empêcher de nuire. Efficace, la technique a fait ses preuves. Et si on n’oublie pas de libérer, à un moment donné, la pauvre petite abeille de sa terrible prison, tout peut même – relativement – bien se passer pour tout le monde.

Et si les abeilles et les guêpes sont, a priori, la cible favorite des espèces qu’il convient d’empêcher de nuire le plus rapidement possible dès qu’elles osent tourner autour d’un pavé de rumsteck destiné à un humain, elles ne sont manifestement pas les seules. Les membres de Tantrum, qui connaissent bien la problématique des animaux volants et des terrasses puisqu’étant originaires de Montpellier -, ont en effet pour leur part mis sous verre…un petit oiseau. Sans doute celui-ci était-il en train de chanter, et sans doute cela n’était-il pas supportable, d’autant plus que les Montpelliérains, chantent, eux aussi, et ce même si cela se fait dans un registre différent. L’ennemi captif, bien moins bruyant d’un coup, est devenu entre-temps la pochette de l’album Twisted in Anguish, réédition vinyle et remastérisée d’un album initialement paru en 1997, une réédition que le groupe a pris le parti, aussi, d’indiquer sur la pochette. La mention « 24/12/96 » renvoie en effet à la date de prise de la photo, et la mention « 18» réfère à la réédition, en 2018 du disque en question. Salut la concurrence.

Le son

Avec les trente minutes qui composent la petite bombe de Twisted in Anguish, c’est un focus aiguisé sur la scène hardcore et noise à la française que nous propose le label Head Records, qui se replonge une époque que les moins de vingt ans n’ont sans doute jamais eu l’occasion de connaître. Aux côtés de Condense, les Montpelliérains incarnaient alors une scène qui faisait beaucoup de bruit afin de dire beaucoup de choses. Engagée et vindicative, la musique des luttes, et des lendemains qui gueulent. Cui-cui.

Tantrum, Twisted in Anguish, 2018 (réédition de 1997), Head Records, sortie originelle chez Vicious Circle, artwork par Jean-Michel Gimenez

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