Superpoze x Hugo Blanzat x Boris Camaca x Camille Petit – Opening


Superpoze x Hugo Blanzat x Camille Petit x Boris Camaca – Opening

D’abord, le titre, Opening. Et puis ce que l’on voit, c’est-à-dire un gros plan sur un visage aux yeux closing. Ce contraste entre l’idée d’ « ouverture » et celle de « fermeture », que l’on propose sur la pochette du premier LP de Superpoze, elle doit être vue, et bien que cela ne soit pas l’intention première, comme un mode d’emploi destiné à ceux qui seront confrontés à son contenu. « Une introspection très ouverte », comme Gabriel Legeleux (Superpoze dans le civil) le qualifie lui-même, lui qui a composé ce disque totalement seul (physiquement et mentalement parlant), isolé à l’intérieur d’un studio d’enregistrement le long d’une année quasiment complète. S’enfermer un instant pour pouvoir mieux s’ouvrir ensuite.

La lumière malgré le noir

Un visuel comme une notice donc, et aussi comme une synthèse par l’image de ce qui souhaite être dit par le son. Superpoze, joint par téléphone :

« J’ai un peu l’habitude de dire que c’est dans le noir que ressort le mieux la lumière. Et c’est un peu ce que je retrouve avec ce gros plan : l’idée de quelque chose de très texturé, de très mélancolique, de très noir et en même temps de très lumineux…»

La lumière malgré la noirceur. La sensation du clair-obscur est rendue possible par les talents photographiques remarquables de Boris Camaca (que l’on avait déjà vu se charger de la photo sur les visuels du dernier album d’Alain Chamfort, et sur le premier EP de Feu ! Chatterton), qui aux côtés de Camille Petit et de Hugo Blanzat (en charge de la très belle typographie du disque), ce sont occupés à six mains de cette pochette très élégamment réalisée :

« Tous les quatre, et après en avoir beaucoup discuté, on a cherché à reproduire un montage 3D en photographie. Tout n’a pas été concluant. Au fur et à mesure des essais, on a finalement décidé de me peindre le visage avec un mélange de peinture, de vernis, de pigments…J’étais recouvert, jusqu’au buste, d’une espèce de matière noire et brillante. On a alors fait une série de photos, et de cette série est né ce plan serré sur mon visage. À la base, d’ailleurs, Camille, Hugo et Boris avaient une vision de mon visage très gréco-romain antique. Ils voyaient presque dans mon nez un nez d’empereur romain ! (ndlr : témoin, une première version du visuel, où Superpoze est quasiment semblable à un buste de Jules César ou de Pompée). Mais au final, le côté brillant du visage fait plus penser à une figure égyptienne : je trouve que je ressemble un peu à Toutankhamon ou à Belphégor là-dessus ! »

Boris Camaca - Superpoze

Boris Camaca – Superpoze

Humaniser la musique électronique

Et pourquoi le portrait d’ailleurs ? Dans un style musical (l’electronica contemplative et vagabonde) aussi traditionnellement désincarnée, et où l’on fait bien plus souvent appel à des créations graphiques, la démarche de la « représentation de soi-même » est notable. Superpoze, toujours :

« J’aime personnellement beaucoup voir le visage des musiciens sur les pochettes. J’ai toujours trouvé ça important, et encore en plus en musique instrumentale, où le mythe du ‘chevalier masqué’ est vraiment omniprésent. Et puis il y a dans mon album une dimension onirique, voyageuse. Je ne voulais pas nécessairement que ce soit lu comme ça mais je me doutais bien que ça le serait. Alors je ne voulais surtout pas accentuer cette idée-là avec le visuel. Je ne voulais pas réduire ma musique à un voyage sonore, et me détacher en cela des visuels de mes premiers EP (ndlr : signés par l’illustratrice Elsa Mahé), qui font partie de mon histoire mais qui ne ressemblent plus trop à ce que je veux faire désormais. L’interdiction ultime que l’on s’est fixés ensemble c’était le paysage un peu flou comme pochette d’albums ! »

Il ne s’agira donc pas d’un voyage, trop attendu. Mais plutôt d’une ouverture sur un voyage, intérieur et métaphysique, dont seul celui qui sera capable de trouver la porte d’entée pourra profiter. Ouvrir les yeux. Et en profiter pour ouvrir les sens.

Le son

Plus proche de SAYCET (« Unlive », « Overseas ») ou de Jon Hopkins (« Time Travel », « Ten Lakes ») que de Bonobo (avec qui on le comparait avant) ou de Fakear et Thylacine (avec qui on le compare souvent maintenant), Superpoze sort un premier album où la pop de chambre rencontre l’electronica de champs (astraux), et marque l’évolution bienfaisante d’un producteur qui lâche les influences majoritairement hip hop et trip hop des premiers essais discographiques (les EP Jaguar et From The Cold) pour se lancer dans une introspection intime, mais tout de même ouverte sur le monde qui l’entoure.


Superpoze (Facebook / Twitter / SoundCloud / BandCamp)

Hugo Blanzat (Site officielInstagram)

Boris Camaca (TumblR)

Superpoze, Opening, 2015, Combien Mille Records / Grand Musique Management, 34 min., pochette par Hugo Blanzat (direction artistique et typographie), Boris Camaca (photographie) et Camille Petit (direction artistique)

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