Siskiyou x Colin Huebert – Not Somewhere


Bouleversez, ne serait-ce que d’un souffle, la plus ordinaire des images – en l’occurrence, une maison visiblement bâtie au sein d’un espace pavillonnaire -, et vous obtiendrez l’étrangeté la plus grande. À Colin Huebert, leader du projet Siskiyou dont il mène, sur ce quatrième album, la barque quasiment seul, il a ainsi suffi d’inverser le sens de cette photo où le normal se confond avec le banal pour en bouleverser l’impact, et pour proposer un écho parfait à ce titre formulé comme le début d’une énigme bouddhiste : Not Somewhere (littéralement : « Pas quelque part »).

« Trying is the problem ; you’re trying to get somewhere as if you’re not somewhere »

Colin Huebert

Sur cette image capturée par Colin Huebert lui-même, le Canadien parvient ainsi à mettre en exergue une idée toute simple, celle qui domine et dessine les formes de ce nouvel album existentialiste qui questionne le degré d’angoisse de la vie ordinaire, le cycle répété des choses, les chemins que l’on emprunte en se persuadant que ceux-ci ne possèdent pas de fin. « Trying is the problem ; you’re trying to get somewhere as if you’re not somewhere », chante-t-il avec une justesse folle sur « Stop Trying », le morceau qui ouvre le disque et résume, déjà, les ambitions globales de ce nouvel essai discographique. Essayer d’aller quelque part comme si l’on n’était pas déjà quelque part ? Et vouloir prendre cette route, liée au trottoir visible en haut de la photo, alors que le chez soi (la maison en bas de l’image) existe déjà de manière très concrète ? C’est vouloir prendre la fuite. Et finalement, se retourner.

Le son

Initialement composée pour The Happy Film de Stefan Sagmeister, un documentaire qui racontait la vie d’un designer graphique en quête de bonheur – rien que ça – le morceau « Stop Trying » ouvre le disque et jette les bases d’un album très loin de ce que Siskiyou avait proposé sur son dernier album – Nervous, 2015, son bien plus ample -, où Colin Huebert engage une réflexion sur l’intime, sur le mouvement statique, et sur l’ahurissante normalité du monde. Souvent, sur Not Somewhere, quelques murmures suffisent, seulement accompagnées par les caresses d’une guitare qui sonne folk, et qui signe le son d’un disque ambitieux, car porteur d’un questionnement fondamental : que faire, lorsque l’on constate qu’il n’y a plus rien à faire ?

Siskiyou (Site officiel / Facebook / Twitter)

Siskiyou, Not Somewhere, 2019, Constellation Records, 34 min, artwork par Colin Huebert

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