Sharon Van Etten x Katherine Dieckmann – Remind Me Tomorrow


« Je pensais utiliser une photo de moi pour la pochette, mais j’avais l’impression, au fond de moi-même, d’être dans le chaos. Ces enfants vivant en paix dans leur propre univers m’ont semblé exprimer beaucoup mieux ce que je ressentais ». Sharon Van Etten.

C’est pourtant l’étrangeté et la bizarrerie qui saute éminemment aux yeux de ce cinquième artwork, un décryptage un peu sordide d’un fracas qui, au premier abord, n’a pas l’écho enfantin attendu mais la résonance d’une pulsion de vie qui aurait jailli là. Une forme d’éclosion qui signe en parallèle la naissance du premier enfant de l’artiste qui a voulu orienter son album sur cette nouvelle parentalité, le bruit que cela engendre, l’arrivée de la vie.

Au nom de la Mère

Clairement inspirée du travail de l’artiste Martin Parr qui capture le  mouvement, arrête l’instant dans sa valeur la plus pure, fige ce qui est en train d’être, la pochette de l’album a  pourtant été imaginée par la photographe et réalisatrice Katherine Dieckmann, qui reconnaît la parallèle avec l’artiste et l’attention qui y est donnée ici. Non moins habituée à la photographie, qui arrive en second dans son domaine de prédilection, on lui reconnaît surtout la réalisation de films où la maternité et la place de la femme qui lui est concédée est prépondérante à en croire Good baby réalisé en 2000 et plus récemment Strange Weather qui raconte le combat d’une mère pour son fils. Alors toutes deux nourrissantes du même « combat », Katherine en mère déjà aguerrie propose à l’artiste cette illustration du désordre, et à l’écoute musicale on y voit s’y dégager une certaine douceur, une forme de candeur qui se mêle à la première impression chaotique.

« C’est très ludique, mais sombre » S.V.E

Sharon Van Etten

La naissance rupturiste de la vie d’avant comme en témoigne le titre de ce cinquième album Remind Me Tomorrow qui, d’un point de vue iconographique également, s’affiche en totale contradiction avec les artworks précédents qui mettaient la femme, ou presque Sharon Van Etten au centre. Sous plusieurs intentions plastiques d’abord comme une simple photo d’elle en 2012 avec Tramp ou encore Are We There en 2014 où l’empreinte de la liberté était un leitmotiv à en croire également le premier titre de cet album : « Afraid of Nothing ». Le dessin a brisé les codes également sur les premières pochettes : When The Rain Came en 2006 mais aussi Right Besind Me sortie en 2005. Cette fois-ci, c’est au-delà de la juxtaposition et de l’éclaboussure, la couleur qui s’est faite maîtresse de ce nouvel artwork.

Le son 

Artiste américaine, plutôt indépendante dans une ligne folk qu’elle revendique, Sharon Van Etten parle d’un retour fondamental à ces Mères comme Patti Smith, reconnaissable plus sur l’univers de l’artiste que dans le son. Il y a quelque chose de très californien, comme en témoigne le titre « Malibu » , qui s’allie parfaitement à la voix cristalline de l’artiste. À la mélodie, plutôt rock voir presque pop sur certains morceaux en balade américaine, c’est surtout les paroles et l’intention apportée à l’écriture qui est palpable ici. Premier titre de l’album et sûrement le plus réussit « I Told You Everything », qui une fois encore, signe une rupture (décidément) mais qui boucle une histoire à l’en croire « Stay » dernier son, chanté comme un souffle, un murmure « Find a Way to stand – And a time to walk away » – « Comes a time when you answer – Do it with heart » . On croit presque à l’album de la transmission, de l’héritage, une volonté nouvelle, celle qui nait en même temps que de devenir Mère.

Sharon Van Etten (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube)

Sharon Van Etten, Remind Me Tomorrow, 2019, Jagjaguwar, 42 min., artwork de Katherine Dieckmann

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