Santoré x Sophie Gouny-Rampal – Silverado


Santoré x Sophie Gouny-Rampal x Silverado

Tout paraît décidément être chez Santoré une histoire de famille. Le projet, dans un premier temps, fut en effet celui de Mathieu, frère cadet de la famille Gouny, qui trouva avec la poptronica solaire et tendrement mélancolique une manière ludique et cathartique de ne pas laisser périr les souvenirs et les sensations de l’enfance. Un album photo plein de polaroïds usés, dont on aurait tenté de retranscrire le charme dissipé sur un fichier digital.

We Are Family

Et parce qu’il a partagé une partie de cette enfance avec son frère ainé Antoine (et aussi, parce que la volonté d’un live mêlant musique électronique et acoustique nécessitait un deuxième acteur), ce dernier rejoint le groupe en 2013, et devient de manière immédiate membre à part entière du projet.

Deux frères au service d’une même quête : revenir dans la tête de ceux qu’ils étaient à un âge autre, celui durant lequel tout n’est que rêverie ébahie et insouciance ahurie. Et s’il était âgé d’un peu plus de 9 ans, le demi-frère du duo les rejoindrait peut-être aussi sur scène, lui qui expérimente depuis quelques mois l’exercice du violoncelle…

Alors, Santoré évoque les Tabous de l’enfance, repense aux matins où l’on n’a rien d’autre à faire qu’exister (« 8 A.M. », « Morning Cartoons »), se souvient de ces instants où, invincibles, l’on se sent « King & Queen ». Le propos est introspectif, mais parce qu’il s’avère suffisamment vague, parle aussi à l’universel. Et c’est aussi le cas des visuels amenés à devenir les pochettes des deux premiers EP du groupe, qui peuvent autant parler à l’esprit intime des frères Gouny qu’à l’humain de passage qui poserait ses yeux sur la page SoundCloud bien fournie du groupe (un coucher de soleil brouillé comme un film du premier samedi du mois sur Canal pour Sun, une photographie florale pour Tabou).

Eldorado sans lingots

Aujourd’hui, et parce qu’il convient d’élargir encore le prisme de ceux qui, dans un cercle rapproché, sont invités à participer au projet Santoré, c’est tout simplement la mère des deux acteurs (Sophie Gouny-Rampal) à qui il a été confié la réalisation de la pochette de Silverado, le troisième EP du groupe qui paraîtra le 8 avril prochain. Dans l’appartement d’Antoine, qui sert tout à la fois de piaule et de local de répétition, ce dernier témoigne :

« Notre mère dessine plutôt pas mal, et on avait envie de lui confier la réalisation de cette pochette. On était partis au départ sur un visuel qui se rapprocherait du Revolver des Beatles, un truc noir et blanc avec nos deux têtes et plein de petits objets évoquant notre enfance autour. Et il se trouve que, quasiment au moment où l’on a eu cette idée, il y a le groupe Cliché de (microqlima records) qui a sorti un EP reprenant exactement ce genre d’idée…Notre mère nous a finalement proposé deux dessins, dont celui que l’on a utilisé pour notre pochette, qui était initialement en noir et blanc et dont on a déterminé les couleurs plus tard entre nous. Dans notre esprit, le dessin correspondait parfaitement à l’idée de Silverado, qui est le nom d’un western pop de 1985 par Lawrence Kasdan, et que l’on a choisi parce qu’il évoquait, parce qu’il est mystérieux, l’idée d’eldorado… »

On peut alors toujours s’interroger sur la véritable nature de ce que représente le visuel. Un insecte qui aurait muté à force de passer trop de temps à patauger dans les flaques du Quai de la Loire. Un bateau à rames coupé en trois. Un vaisseau spatial qui, parce qu’il est bizarrement constitué, ne paraît pas destiné à aller bien loin. Quelque chose d’incertain, en fait. Proche de certains Miró, sans que cela n’en possède évidemment la verve intrinsèquement subversive. Un dessin d’enfant constitué par un adulte. Ou tout l’esprit de Santoré résumé ici. L’eldorado et ses trésors maintes fois promis par les mythes méso-américains, mais qui, au grand dam des sanguinaires conquistadors, ne sera pas constitué de lingots d’or. C’est en effet plutôt l’âge d’or que l’on trouvera : celui de l’âge infantile si joliment transcrit par un duo très loin du puéril.

Le son

Sur Silverado, le troisième EP de Santoré, les frères Gouny ajoutent le timbre (discret) de leur voix à la fusion d’electronica éthérée et de pop solaire (parlons de poptronica) que l’on connaissait déjà. Ce spleen-là est euphorique, et évoque, comme hier, une enfance dont il est plus doux qu’amer de se souvenir.

Santoré (Facebook / Twitter / SoundCloud)

Retrouvez l’interview fleuve et noctambule de Santoré chez nos partenaires de La Nuit Nous Attendra.

Santoré, Silverado EP, 2015, 20 min., pochette par Sophie Gouny-Rampal

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