Santigold x Haruhiko Kawaguchi – 99 Cents


Santigold x Haruhiko Kawaguchi - 99 Cents

Poupée de cire, poupée de son, poupée de plastoc. Vendue à 99 cents, accessoires de (mise en) scène inclus (synthés, cassettes, micros, fringues…) Une nouvelle fois très maligne après deux premières pochettes d’albums déjà très travaillées (le vomis de l’or pour Santogold et le portrait historique mis au goût du jour pour Master of my Make-Believe), Santigold fait appel au photographe japonais Haruhiko Kawaguchi afin d’illustrer son troisième album 99 Cents, satire acerbe et frontale (bien que formulée via un medium électro pop) d’une société jugée trop profondément préoccupée par la flatterie permanente de sa propre personne (via la prolifération des réseaux sociaux, via la mise en scène quotidienne, via la commercialisation des identités…) Prise de recul.

Suffocation

Étouffé par le « moi », ou étouff par le « tu ». C’était plutôt, jusqu’à sa collaboration avec Santigold, le sens du travail du tokyoïte Kawaguchi et de sa série Flesh Love, qui, en photographiant ces couples jonchés l’un contre l’autre dans ces sacs en plastique refermés (durant 10 secondes, pour que les modèles ne suffoquent pas), indiquait le caractère étouffant et meurtrier de ces relations amoureuses dans lesquelles l’on se retrouve emprisonné et privé d’air sans pourtant n’avoir eu jamais conscience d’effectuer par là un acte d’une telle dangerosité. Cynisme contemporain et mises en scène qui en rendra mal à l’aise plus d’un.

Sur-médiatisation

Par filiation, et puisqu’elle ne figure pas avec un quelconque amoureux mais bien avec son outillage de scène / de composition (qui peut tout de même être considéré, d’un certain point de vue, comme un amant fidèle), on comprend bien que c’est sa carrière et la manière dont celle-ci doit obligatoirement être gérée (toujours, la mise en scène du « moi ») que Santi White souhaite pointer ici. Représentée de profil comme une reine des anciens royaumes égyptiens qui aurait survécu au défilé des saisons et aux évolutions des codes stylistiques du portrait, l’Américaine a elle aussi dû, comme tous les modèles passés sous l’objectif et dans le studio de Kawaguchi, demeurer quelques instants à l’intérieur de cette enveloppe plastique que l’on devine considérablement anxiogène, icône pop sur le point de suffoquer ici avec sa propre image.

Santigold x Kawaguchi (work in progress)

Un petit jeu dangereux qui, sans précaution, pourrait causer une mort à deux balles. Ou à 99 cents, en l’occurrence.

Le son

Narcissisme, prolifération du « moi » et sur-sexualisation de la « femme artiste » : c’est le fil conducteur de ce 99 Cents, troisième essai discographique de l’Américaine Santigold, qui raille les mimiques dangereuses d’une société qu’elle condamne, tout en lui permettant, tout de même, d’afficher le sourire sur le visage et le mouvement dans les hanches. Lorsque la pop se veut sociale.

Santigold (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / Soudcloud / YouTube)

Haruhiko Kawaguchi (Site officiel / Facebook / Pinterest)

Santigold, 99 Cents, 2016, Atlantic Records / Warner Music Company, 45 min., pochette par Haruhiko Kawaguchi

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