Sage Caswell x øjeRum – Hoop Earring


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Depuis Copenhague, le Danois øjeRum (c’est un pseudo, celui de Paw Grabowski) colle des images d’humains, plus ou moins récents et le plus souvent coupés au niveau du buste, sur des paysages issus de la nature la plus élémentaire. Parfois, des éléments urbains rappellent qu’il y en a d’autres sur cette planète, des humains sachant suffisamment se servir de leurs mains pour pouvoir s’extraire des éléments proposés de manière originelle par la plus grande des Dames (c’est-à-dire Dame Nature). Il y a là une fascination pour le collage surréaliste évident, et forcément, un rappel des oeuvres de ses plus glorieux prédécesseurs, Breton, Magritte, Duchamp et Prévert en tête.

øjeRum, joint par mail : « Il est clair que je suis certainement inspiré par le mouvement surréaliste. Dans le premier manifeste surréaliste, André Breton propose une description de l’image poétique, dans laquelle il affirme que les éléments les plus disparates dans une phrase sont les plus forts et les plus poétiques de l’image. Pour moi, cela a beaucoup de sens lorsqu’il est appliqué à l’art en général et au collage de l’art en particulier. »

Spring Theory : collages en série

Et comme le monde ne se limite plus depuis le milieu du siècle dernier, et plus encore depuis l’arrivée de l’ami Internet, aux frontières de l’État dans lequel il nous est donné la possibilité de grandir, le travail du dénommé øjeRum ne se restreint pas au seul territoire du pays le plus au Sud de la très vaste Scandinavie. Alors, après avoir exporté ses collages chez Aria Rostami, puis chez Keita Sano, le voilà ainsi accolé, pour la troisième foils d’affilé, au travail d’un autre pensionnaire du label de San Francisco techno-dance Spring Theory. Il s’agit cette fois de Sage Caswell, producteur technoïde et amateur évident de cet art qui consiste à superposer les images puisque son précédent disque, Sleep Quarters, avait déjà fait appel à pratique similaire, mais avait alors été servi par le (très bon) travail d’un autre artiste colleur, Lucas McMahon.
Sage Coswell x Lucas McMahon - Sleep Quarters

Sage Coswell x Lucas McMahon – Sleep Quarters

Sur la cover de Hoop Earring, 8e sortie de Spring Theory, on retrouve, en plus de l’association habituelle de l’humain et de l’entité extérieure, une superposition de deux époques. L’une pré-chrétienne, puisque le visage, statufié, est celui de La Vierge Marie, aka la Maman de Jésus. Et l’autre, en background, encore plus ancienne : « C’est une image tirée d’une cité antique. Mais je ne sais pas laquelle exactement. » Un rapport avec le titre peut-être ? « Aucun rapport non. Je laisse toujours au spectateur la possibilité de ressentir ce qu’il juge bon. Si un assemblage de coupures crée un symbolisme qui est trop évident pour moi, alors je ne serais pas satisfait et je jetterais mon travail. Je veux finalement créer un sentiment d’introspection opaque, où rien n’est jamais très clair, même pour moi

Faiseur d’images, faiseur de son

Opaque, et le contraire aurait été étonnant, c’est le sentiment global qui ressort des quelques artworks qu’øjeRum a également créé afin d’illustrer ses propres disques – d’une douceur ambiant, organique et progressiste remarquable, le sublime væv notamment – puisqu’il ne s’agit donc pas uniquement de travailler pour les autres. Où lorsque la beauté provient, cela arrive, du bizarre.

Le son

Introspective et longiligne, la techno ambiant de Sage Caswell s’épanche sur un album qui hésite toujours, on le sent, entre le monde des rêves abstraits et ceux de la réalité concrète. De la techno surréaliste, là encore ? Sans doute. Ce qui est sûr en tout cas : c’est qu’il n’y a rien de véritablement sage dans cette histoire.

Sage Caswell (Facebook / TwitterSoundcloud)

øjeRum (Site officielBandcampInstagram)

Sage Caswell, Hoop Earring, 2016, Spring Theory, pochette par øjeRum

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