Rocky x The Stimuleye – Soft Machines


rocky-x-the-stimuleye-soft-machines

Ce n’est pas vraiment une femme qui trône, majestueuse et assurée, sur la pochette de Soft Machine, le tout premier album de Rocky. C’est une créature, plutôt, dont il serait inutile de tenter de deviner la race, habillée par la peau d’un félin qui se serait retrouvé, hasard étrange de la nature, zébré du bas de la tête jusqu’aux bouts des pieds. « La peau d’un sphinx, pourquoi pas », nous précise Inès Kokou, l’humaine (et leadeuse vocale de Rocky) qui a servi de modèle à cette mise en scène orchestrée par le duo The Stimuleye, l’association d’un D.A. (Antoine Asseraf) et d’un photographe (René Habermacher) habillement conseillés au groupe par Pierre Le Ny, D.A. chez Labelgum et déjà à l’origine de la collaboration de Sage avec Ismaël Moumin pour la pochette de son premier album.

Beau-bizarre

« Dès le départ on voulait que notre image soit entre le beau-bizzare, qu’elle mélange des codes et des influences, comme notre musique. Quand on a rencontré Antoine Asseraf et René Habermacher, ils revenaient tout juste de Thaïlande et nous ont raconté avoir été marqués par une scène un peu surréaliste à la plage : ils prenaient le soleil tranquillement, quand a débarqué une horde de touristes chinois en combi intégrale. Ça a clairement été l’inspiration pour le clip de « Chase The Cool », dont les paroles parlent avec humour des poseurs, de ces gens que tu croises en soirée, ivres d’eux-mêmes et faussement cool. Finalement ces face-kinis qui matérialisent la terreur du bronzage incarnaient de façon décalée le conformisme dont parlait le morceau. De là, on s’est dit qu’on allait également tester l’idée pour le shoot de la cover de l’EP. En réalité, le jour du shoot, cette photo, on a presque oublié de la faire ! Mais lorsqu’on a vu le résultat, c’était évident que c’était l’artwork. Une image de braqueuse SM, glamour-dégueu sous acide qu’on trouvait très forte. »

Rocky x The Stimuleye - Soft Machine (2013)

Rocky x The Stimuleye – Soft Machine (2013)

Soft Machines & hard dégaine

Collaboration réussie, collaboration reconduite. Et de nouveau The Stimuleye (dont René Habermacher, notamment vu chez Basement Jaxx), en charge d’illustrer le dénommé Soft Machines, évocation de ces machines électroniques (boites à rythme, synthétiseurs analogiques, ordinateurs) ayant servi la construction de l’album et qui, bien souvent, échappent à la volonté première de leur créateur, étant alors auteurs d’hasards bienheureux. « Comme si ces machines, nous dit Inès, avaient leur instinct propre et voulaient nous emmener sur leur territoire. Comme si elles avaient une âme, finalement » Une âme, comme en possède aussi, c’est désormais certain, la créature de cette pochette-là, dont la « peau » (en fait : une combi en lurex où les zébrures ont été ajoutées en post prod) a été pensée par le styliste Rogelio F. Burgos :

« On la croit enfermée dans un carcan de technologie, mais elle peut en réalité s’en échapper à chaque instant. C’est ce qu’indique cette main qui dépasse du socle négligemment, un geste qui dit qu’elle est tout sauf contrainte ou réifiée. Comme un clin d’œil à la culture du voguing et notamment le facing, elle pose, elle toise fièrement. » Ou comment suggérer la liberté en siégeant, de plein gré, à l’intérieur de ce qui est censé enfermer.

Le son

Depuis le Nord de la France, et sous la protection d’un Shoes (Guillaume Brière), quatre garçons et une fille qui font sonner leur pop, électronique et vocale, comme celle de DFA (le label de LCD Soundsystem, avant tout autre chose). Monstrueux sur scène depuis des lustres (ou plus honnêtement, depuis une demi-douzaine d’années), portés par la voix soul et sur-puissantte d’une chanteuse d’un autre temps (Inès Kokou), les Rocky le sont désormais aussi en studio, où leurs machines et leurs synthétiseurs font, sur ce Soft Machines impeccables (lorsque l’on considère le monde à travers le prisme de l’électro pop, du moins), remuer le bassin et bomber le torse. Rocky est trop vieux pour le ring : le voilà sur le dancefloor.

Rocky (Site officielFacebook / Instagram / Twitter / Youtube)

The Stimuleye (Site officiel / Facebook / Twitter)

Rocky, Soft Machines, Labelgum / Green United Music, 2016, 39 min., pochette par The Stimuleye

Vous aimerez aussi

Part Company x Mazaccio & Drowilal – Seasons Les inséparables pour l'EP Manfred, les chats pour le single My Gurl, les chiens shibas et les poneys pour Seasons...et les dauphins pour plus tard ? Question pochettes de disques, les deux garçon...
Mixtape Néoprisme x Part Company Sur la pochette de Manfred, deux perruches, tête contre tête et plumes contre plumes, contemplent l’horizon, peuplé de récifs montagneux, de forêts velues, de ciel où le bleu est bien plus dominant ...
SAGE x Ismaël Moumin – SAGE Au début des années 50, alors que l’immense pays-continent indien vient tout juste d’obtenir son indépendance vis-à-vis de l’omnipotente Grande-Bretagne (qui trainait dans le coin depuis quasiment d...

Comments

comments