Rina Mushonga x Dominique van Rhee – In A Galaxy


Un poing serré, et tout d’or vêtu, dans un ciel à la végétation fournie et qui semble, plutôt, être une galaxie : la Néerlandaise Rina Mushonga, qui revendique ici clairement ses origines zimbabwéennes (elle est née à Harare, la capitale du Zimbabwe), propose avec le visuel dIn A Galaxy, son album pop, tribal, complexe et déchaîné, une illustration kitsch et grandiloquente, confiée au designer Dominique van Rhee. Par mail, Rina revient pour Néoprisme sur la genèse et la signification de cet artwork qui nous a évoqué celui de Son Lux (Brighter Wounds, 2018), et que la Néerlandaise, désormais installée à Londres, nous raconte.

L’artwork de l’album est issu d’une longue période de réflexion. Je crois que Dominique van Rhee (le designer de la pochette, ndlr) et moi-même en avons discuté pendant plus d’une année. On a commencé en s’envoyant différentes propositions visuelles, pour voir comment l’artwork pouvait sonner aussi bien que la musique.

Un espace paradisiaque mystérieux et tropical.

Rina Mushonga

Je savais dès le départ que je voulais quelque chose de vraiment vibrant, qui donnerait l’impression de venir d’un autre monde, d’une géographie imaginaire, remplie d’allusions subtiles à mon « héritage africain », rien de trop évident ou de cliché… un espace paradisiaque mystérieux et tropical.

J’avais en tête une sorte de concept de collage, que j’ai demandé à Dominique d’essayer d’incorporer. Je sentais que cela aiderait à représenter, visuellement, les couches musicales et les rythmes fracturés des différentes chansons de l’album.

Dominique a vraiment été incroyable, et a compris à merveille l’essence du tsunami d’impressions que je partageais avec lui. Il a été très ouvert et enthousiaste, et aussi passionné que moi par la qualité et les détails des images finales. Son aide a vraiment été précieuse : je suis un peu « control freak », et ai tendance a avoir beaucoup d’opinions et d’idées, et c’est agréable de travailler avec quelqu’un qui intègre cela plutôt que de bloquer votre flux continu d’idées et d’essayer de l’atténuer… ce qui est le contraire de ce que je veux parvenir à faire, musicalement ou visuellement !

Dominique m’a appelé alors que nous étions sur le point de plonger dans le dernier tronçon de la pochette de l’album. Nous avons alors eu cette belle conversation sur le fait que, même s’il nous avait fallu beaucoup de temps, nous sentions qu’il avait été essentiel de rester assis avec toutes ces impressions. Ça nous avait permis de les laisser évoluer et respirer, et d’attendre naturellement le résultat final.

Beaucoup de gens me disaient qu’ils trouvaient cette image trop bizarre, trop grande, trop audacieuse.

Rina Muushonga

L’image du poing en or, elle, est venue assez rapidement. Elle est avec nous depuis le début. J’ai été instantanément convaincu, et ce même s’il y avait autour de nous beaucoup de gens qui trouvaient cette image trop bizarre, trop grande, trop audacieuse. Mais c’était exactement l’image que je voulais obtenir : une image forte, sans compromis et sans vergogne. Je pense que c’est aussi ce que ce poing est venu représenter pour moi et transmettre à propos de l’album.

L’arrière-plan de la pochette — le dessin floral détaillé — est inspiré d’une exposition que j’ai vu du travail d’Athi Patra Ruga, à Londres. C’est un artiste sud-africain phénoménal, qui travaille avec des couleurs vives audacieuses et des images fortes, des images utopiques. Il y a une photo particulière, Miss Azania, qui a cet arrière-plan floral luxuriant, et qui m’a juste frappé. J’ai immédiatement appelé Dominique et il l’a adoré aussi : nous l’avons utilisée comme base et Dominique a travaillé avec sa magie pour proposer quelque chose qui me semble vraiment spécial.

Athi Patra Ruga – Miss Azania

Avec cette pochette, il me semble que le contraste et les couleurs sont vraiment forts. L’aspect « nature morte » des fleurs exhale quelque chose de classique et d’intemporel, et il ressort vraiment dans ce contexte d’espace intergalactique.

Dominique a vraiment contribué à maintenir cet équilibre parfait entre de nombreux concepts, et des images vraiment audacieuses. C’est la représentation visuelle parfaite de l’album – audacieuse, dynamique, complexe. Il y a aussi, pour moi, un équilibre symbolique visuel entre l’obscurité et la froideur de l’espace, et la planète utopique vibrante et peut-être pleine d’espoir de l’autre, un équilibre qui renvoie aux contrastes musicaux et lyriques de l’album : il y a une joie de vivre qui lutte pour coexister à côté de beaucoup de choses (douleur, frustration et désillusion).

Mais je ne veux pas non plus trop en dire à propos de tout ce que cette pochette représente, et j’espère que les gens écouteront l’album, regarderont les différents éléments de l’artwork, qu’ils en verront la symbiose, et en tireront leurs propres conclusions.

English version

The album artwork really came together over quite a prolonged period of time. I think Dominique (van Rhee – designer) and I processed this for more than a year.

Dominique and I started the collaboration with me sending over quite an extensive visual brief. I’d gathered lots of pictures and images to try and help communicate visually what I felt my music sounded like as well as the vibe I wanted to capture in the final artwork. 

I had also gathered pictures to help convey the kind of textures I was looking for. I knew from the start that I wanted something really vibrant, something other-worldly, like an imagined geography but somewhere luscious and ‘tropical’ – with subtle hints to my African heritage, nothing too obvious or cliché…a mysterious tropical space paradise.

The textures I had gathered because I had a sort of collage concept which I asked Dominique to try and incorporate as I felt it would help visually represent the musical layers of the songs on the album, as well as the fractured beats and different musical textures I’d been working with.

Dominique was really incredible at getting down to the essence of the tsunami of impressions I shared with him. He was really open and enthusiastic and as passionate about the quality and detail of the final images as I was. This was really helpful because I’m a pain in the ass control freak and I have a lot of opinions and ideas – and it’s nice to work with someone who embraces that and incorporates that rather than blocks the flow or keeps telling you to tone it down…which was the opposite of what I wanted to do musically or visually.

Dominique called me as we were about to dive into the final stretch of the album art work and we had this lovely conversation about how even though it was taking a lot of time we both felt that it had been instrumental to really sit with all the impressions, to let them evolve and breathe naturally into the final outcome.

The golden fist image Dominique came up with quite quickly and this image has been with us from the beginning. I was instantly sold. Even though there were a lot of varied reactions from people around us — that maybe it was too bold or weird or big – but that was exactly the vibe I wanted to go for — a strong image that was uncompromising and unapologetic and I think that’s also what the fist has come to represent for me and conveys about the album and where I’m at creatively right now. 

The back of the album artwork – the detailed ornate floral design was really inspired by an exhibition I saw of Athi Patra Ruga’s work in London. He’s a phenomenal South African artist, who works with bold vibrant colours and strong images utopian images. There’s a particular photograph ‘Miss Azania’ which has this luscious floral background and it just struck me – I called Dominique immediately and he loved it too so we used that as a basis and Dominique worked his magic to come up with something I feel is really special.

I think the contrast and colours are really strong. The ‘still life’ aspect of the flowers exude something classical and timeless and it really pops against this intergalactic space background. 

Dominique has really been instrumental in maintaining a perfect balance with a lot of really bold concepts and images. It’s the perfect visual representation of the album – bold and vibrant and simultaneously intricately detailed and layered. There’s also for me a visually symbolic balance between the darkness and coldness of space and the vibrant, perhaps hopeful utopian planet which again relates to the musical and lyrical contrasts on the album – there’s a vivid joy that struggles to co-exist alongside a lot of pain, frustration and disillusionment.

But I don’t want to share too much about what it all represents because I hope people will listen to the album and look at the artwork and really see their symbiosis and draw their own conclusions. 

Le son

Grandiloquente et bouleversée, cohérente et lancée dans un tas de direction opposées, la pop de Rina Mushonga – néerlandaise d’origine zimbabwéenne qui a joint dernièrement le quartier londonien de Peckham – parle de l’intime sur des instrumentations opulentes. On évite ainsi le ton sur ton, et on se laisse charmer par les exubérances d’un esprit qui regarde partout (Rina revendique l’influence, sur cet album, de ses origines zimbabwéennes et sur la musique de son pays comme en témoigne, le morceau « 4qrtrs », ci-dessous), et qui propose un disque à l’image de cette galaxie fleurie et improbable formulée sur sa pochette ; beaucoup de douleurs y paraissent, mais également beaucoup d’espoirs. Et l’essentiel est sans doute ici.

Rina Mushonga (Facebook / Twitter / Instagram / YouTube / TumblR / Soundcloud)

Dominique van Rhee (Facebook /Instagram / Twitter)

Rina Mushonga, In A Galaxy, 2019, [PIAS] Recordings Holland, artwork par Dominique van Rhee

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