Radiohead x Stanley Donwood – A Moon Shaped Pool


Radiohead x Stanley Donwood - A Moon Shaped Pool

C’est une nouvelle fois à Stanley Donwood que l’on doit le dernier artwork de Radiohead, celui utilisé pour la pochette d’A Moon Shaped Pool, le neuvième album du quintet d’Oxford. Collaborateur fidèle et fondamental (il pourrait disputer au producteur Nigel Godrich le terme de « 6e membre du groupe »), Donwood est en effet lié à Radiohead depuis 1994 et la réalisation de la pochette, sombre et pixelisée, de l’EP My Iron Lung, où se trouve notamment une version acoustique de l’immense single « Creep ». Un an avant lui, c’est le duo Lisa Bunny Jones (aux dessins) et Tom Sheehan (à la photo) qui avait réalisé l’artwork – atroce, convenons-en – de Pablo Honey, le premier album du groupe alors illustré via ce visage de bébé entouré par un drôle d’univers végétal (et par des perles de sucres colorées…)

Radiohead x Stanley Donwood - My Iron Lung (1994)

Radiohead x Stanley Donwood – My Iron Lung (1994)

Yorke, Donwood : les Beaux-Arts avant Radiohead

En 1994, lorsqu’il commence ainsi à bosser avec Radiohead, Donwood, n’est pas inconnu du groupe. C’est même un proche. De Thom Yorke du moins, lui qui porte alors encore à cette époque les cheveux courts, blonds et peroxydés, et qui n’a pas quitté les bancs de la fac (ou des Beaux-Arts plus justement, ceux d’Exeter, au Sud-Ouest de l’Angleterre) depuis très longtemps. C’est là-bas qu’il y a rencontré Dan Rickwood, qui ne deviendra « Stanley Donwood » qu’après avoir pleinement embrassé sa carrière de designer, de graphiste et d’écrivain nouvelliste (d’enquêtes barrées et immorales, notamment). Et c’est sans doute, si l’on veut être légèrement taquin, grâce à cette amitié que la collaboration entre le jeune artiste et le groupe d’Oxford n’a pas pris fin de manière immédiate, si l’on considère en tout cas le visuel de The Bends, l’album qu’il illustre en 1995 via ce mannequin de crash test photographié à travers l’écran d’une télévision déjà pas franchement nette à l’origine, et qui rivalise en terme de mauvais goût avec le visuel, déjà évoqué, de Pablo Honey (il fallait le faire…)

Suivra le collage généré par ordinateur (à partir d’un texte créé par Donwood et Yorke, aka The Chocolate White Farm) et cette autoroute spectrale pour les besoins du mythique Ok Computer (1997), le nouveau collage pour Kid A (2000) et ses montagnes blanches, le petit personnage pleurnichard d’Amnesiac (2001), le mur de mots contestataires de Hail to the Thief (2003), l’explosion sonique et arc-en-ciel d’In Rainbows (2007), les deux monstres de The King of Limbs (2011), dont on ne sait pas bien s’ils surgissent d’une réalité pure ou d’une vision obscure (la forêt dans le fond peut en effet, et c’est même probable, renvoyer à la lisière psychanalytique). Des artworks aux préoccupations esthétiques contestables (c’est peu dire…), mais qui ont le mérite, toujours, de coller fidèlement avec ce que le contenu de l’album illustré laisse entendre (l’exemple de Hail to the Thief, mur non pas des lamentations, mais des rouages dévastateurs d’une Babylone chancelante, étant en cela particulièrement significatif).

Donwood : l’illustration en « famille »

Les moins laids, en fait, sont finalement les travaux que Donwood a réalisé pour les projets annexes de Thom Yorke (mais certainement pas pour ceux de Jonny Greenwood, le guitariste et multi-instrumentiste de Radiohead qui a lui aussi tenté à deux reprises l’escapade solo). Pour son projet solo d’abord, avec celui de The Eraser (ce personnage qui contrôle les vagues est-il un genre de purificateur ?) et celui de Tomorrow’s Modern Boxes (le monde de demain, vierge de vie mais plein de cratères arrondis ?), et pour l’unique album d’Atoms For Peace, surtout, ce projet notamment mené avec Flea des Red Hot Chili Peppers et Nigel Godrich à la guitare et aux claviers, et illustré par ces comètes qui paraissent déverser leur puissance (atomique ?) sur un territoire éminemment menacé (cette pochette-ci serait-elle à lire juste avant celle de Tomorrow’s Modern Boxes ? Une lecture de l’intégralité des travaux de Donwood les uns vis-à-vis des autres pourrait en tout cas être enrichissante, bien que farfelue).

Atoms For Peace x Stanley Donwood - Amok

Atoms For Peace x Stanley Donwood – Amok (2013)

Et quid du dernier alors, celui d’A Moon Shaped Pool ? C’est d’une certaine manière, et comme souvent finalement, une traduction approximativement littérale (avec Thom Yorke dans le coin, rien n’est jamais totalement frontal…) du titre de cet album. « Une piscine en forme de Lune » donc. C’est-à-dire rien de bien concret, que du relativement abstrait. Et le processus de création de ce visuel-là, qui évoque a priori plutôt l’infiniment grand que l’infirment petit (mais rien n’est certain…), Donwood a eu la gentillesse de l’expliquer à tous les mélomanes de Radiohead, via une petite note explicative (« inconsenquential pamphlet », dit-il) basée sur ses expériences passées et que l’on pourrait résumer très simplement : « avoir une idée. Et laisser le vent et le temps déplacer la peinture à votre place ». Limpide, vu comme ça.

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Le son

S’il ne renoue pas avec le rock lyrique, illuminé et éblouissant d’Ok Computer, cet album mythique et grandiose qui avait assis le groupe d’Oxford tout en haut de cette Olympe fourre-tout que l’on a cru bon de devoir nommer « rock alternatif », Radiohead renoue toutefois sur A Moon Shaped Pool avec les mélodies et les extravagances vocales de Thom Yorke, éminences pop que l’on avait cru délaissées à jamais avec les derniers essais du groupe – The Kings of Limbs, et plus encore les deux escapades solos de Thom Yorke -, davantage préoccupées, alors, par ces expérimentations électroniques claustrophobes qui avaient fini par sacrer le règne des machines aux dépens de celui des humains. On respire ainsi un peu sur ce 9e album studio, porté par quelques grands instants (« Desert Island Disk », « Ful Stop », « Daydreaming ») qui retrouvent le lyrisme torturé d’antan. Thom, ses machines, et sa voix, grande absente d’hier et bel et bien de retour aujourd’hui.

Radiohead (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / Youtube)

Stanley Donwood (Site officiel / FacebookInstagram / Twitter)

Radiohead, A Moon Shaped Pool, 2016, XL Recordings, 52 min., pochette par Stanley Donwood

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