Ponctuation x Louis-Alexandre De Beauregard x Thomas B. Martin – La réalité nous suffit


Ponctuation - La réalité nous suffit

Avec ce deuxième album, les frères Guillaume et Maxime Chiasson respectivement à la guitare et à la batterie insufflent sur l’Hexagone un rock garage à la fois percutant et mélodique : une simplicité parfois alambiquée qui s’illustre parfaitement à travers une pochette tourmentée aux accents juvéniles.

Village entre rêve et réalité

Sous les traits de Louis-Alexandre Beauregard, la pochette dont la conception visuelle a été réalisée par Thomas B Martin, ressemblerait presque à une communauté hippie psychédélique dans laquelle gambaderait des hommes aux cheveux longs dans des champs dorés sur les solos dévergondés du titre « Narcisse ».

Mais à y regarder de plus près, on sort d’un hédonisme imagé pour se coller aux plus proches de nos bruyantes réalités urbaines. La réalité nous suffit : un titre évocateur qui nous signifie que le groupe assume d’une certaine façon son côté brut, rêche avec ses sons garage. Les deux frérots venus du grand Nord enregistrent tout en analogique et nous laissent percevoir les échos, les imperfections, les impuretés au charme terrible, comme dans nos villes polluées.

Une tension sous le crayon

On s’électrise sur la tension de cette ville serrée, compactée, où les hommes, les arbres, les centrales nucléaires cohabitent dans un joyeux bordel. Car si des cabanes et des courbes professionnellement enfantines de Louis-Alexandre De Beauregard émanent un certain apaisement, on ressent bien toute la nervosité du rock des deux frères québécois qui est à son comble sur le titre « Morts Vivants », qui distille ses grésillements jouissifs donnant fortement envie de se taper la tête sur les enceintes.

La complexité et à la fois la simplicité des compositions du duo batterie/guitare s’illustre à merveille dans cet artwork qui nous rappelle les dessins terriblement imaginatifs de Francis Picabia, qui de ses traits tremblants et torturés faisait jaillir une évidence. La pochette de La réalité nous suffit est une sorte de cadavre exquis, une divagation de l’esprit à laquelle on ajoute à chaque fois un nouvel élément, comme un langage. Et c’est là qu’on s’évade, en créant cette réalité et en la réinventant comme le fait Ponctuation sur le titre éponyme de l’album qui s’engage sur des rails ultra rock avec une guitare bien grasse et qui d’un coup, se fait changeante, sur les percussions bondissantes de Maxime Chiasson.

Changement de décor

Si la pochette ainsi que la musique du précédent opus de Ponctuation 27 Club étaient plus brouillonnes et moins assumées, ici, la cohérence se fait sous les paroles parfois légères, parfois profondes du duo. Certains titres aux tempos lents donnent une nouvelle couleur. « L’idole » est planant façon slow des années 60, où un homme à banane invite des filles à danser, affublé d’un costume aussi jaune moutarde que la pochette de La réalité nous suffit. Sauf que tout ça sent la fin de soirée, alcoolisée et désabusée.

Ce qui est sûr c’est qu’au milieu de ce labyrinthe de la pensée illustrée, dans lequel on croise un bras, un ver de terre, un cœur, une bouteille ou un plot, la rêverie est infinie et s’insère parfaitement dans ce rock brute aux mélodies sincères.

Le son

Les frères québécois Guillaume et Maxime Chiasson, repérés notamment en 2014 aux Transmusicales de Rennes confirment dans leur second opus La réalité nous suffit la puissance de leur duo brute guitare/batterie. On pense parfois à la poésie lunaire de Monogrenade en ajoutant la nervosité hyper efficace de Royal Blood.

Ponctuation (Site Officiel/Facebook/Twitter)

Thomas B. Martin (Site Officiel)

Ponctuation, La réalité nous suffit, 2015, Bonsound Record, 37 min., pochette dessinée par Louis-Alexandre De Beauregard. Conception visuelle réalisée par Thomas B. Martin

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