Pink Floyd x Storm Thorgerson – Pulse


Tous les mois, Néoprisme donne la parole à un journaliste extérieur, qui nous parle d’une pochette d’album d’hier, culte pour le grand monde ou simplement pour l’intime de celui qui l’analyse. Aujourd’hui, la parole est à Bastien Landru de Gonzaï Magazine, qui scrute pour nous la pochette de Pulse de Pink Floyd, réalisée par Storm Thorgerson.

Pink Floyd x Storm Thorgerson – «Pulse»

Le double album live Pulse des Pink Floyd a ses particularités de Pink Floyd – tubes de putes de 7 minutes, odieuse grandiloquence, absence de Waters – mais il ressort aussi au milieu de la discographie du groupe, avec son lot de défauts et de qualités, dont le packaging en est l’un des plus des marquants de ma vie. D’autant dans les circonstances de notre rencontre, où c’est bien la pochette qui m’a amené aux Floyd, non l’inverse.

Le disque est, avec le recul, franchement écœurant de matières grasses. 2h27 de chorales gueulardes pour soutenir la vieille voix de Gilmour, dans un style de hits brutos, de « Shine On You Crazy Diamond » à « Hey You » sans jamais une bulle d’air dans leur grammaire redondante. On nage en plein Dark Side, dont toutes les paroles sont signées par Waters pourtant déjà absent du band – la majorité de la musique aussi, est de lui. Dans leur œuvre, ce disque est très bizarre, il n’est donc pas vraiment une prestation du groupe originel, ni un vrai live, puisqu’il compile plusieurs prestations dans différentes salles, en Angleterre, en Allemagne ainsi qu’en Italie. En 1995, quand mon père achète son exemplaire en grande surface, « l’overground » a déjà modifié la question de la dualité musique commerciale/ musique indé, et on entre dans le questionnement plus multiple du positionnement marketing. Il faut dire que dans le genre « produit culturel rétro-innovant », ce double disque de recyclages fait très fort. On peut certainement parler du disque le plus « marketé » des Pink Floyd. Enfin c’est ce que j’imagine en repensant à l’air du temps ; à l’époque je vais sur mes cinq ans.

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C’est le seul disque qui saute aux yeux dans une discothèque de compact discs mal éclairée. L’épaisseur du carton dépasse celle de deux CD côte à côte. Et surtout, c’est le premier disque que j’ai vu disposer d’un gadget aussi formidable. Il avait, sur sa tranche, dans un double-fond qui lestait encore plus le bon poids du coffret, une petite ampoule de couleur rouge qui clignotait au rythme d’une pulsation toutes les deux ou trois secondes. Pulse. La diode toute con, s’allumait et s’éteignait, sans cesse, pendant des semaines et des mois. Comment ? Je ne retiens aucune explication d’adulte satisfaisante. Il y avait beaucoup plus de mystère dans cette diode posée-là que dans une télévision branchée sur les Minikeums ou la robinetterie de la salle de bain.

Mais les Floyd (cette partie du Floyd) n’allait pas nous laisser nous palucher avec une guirlande à une boule. On était sur de la stratégie 360°, du buzz IRL. La cover était signée Storm Thorgerson, qui avait shooté pour 10cc ou Yes et un tas de groupe, mais dont la carrière de photographe-illustrateur est connue de tous pour toutes ses pochettes des Pink Floyd. Storm reprenait le symbole de l’œil pour dessiner un circuit, très allusif du schéma de l’évolution, avec eau, oiseaux et petits spermes. De mémoire, je crois que le livret représentait d’autres travaux du photographe, surtout autour de la forme de l’œil, dont le montage de deux globes montés l’un sur l’autre réapparaîtra dans l’imagerie Floyd, et sur plusieurs de mes agendas scolaires, car on ne peut pas nier que l’adolescence, la crise qui va avec, les premiers poils et les Pink Floyd sont très liés dans les collèges privés de l’Île-de-France campagnarde.

La diode clignotait péniblement. Avec le temps, cette petite rougeur de discothèque avait fini par s’essouffler, trahissant enfin sa prétendue magie ; elle n’était pas plus extraordinaire que les autres gadgets du quotidien de la maison. Mais elle avait cligné vaillamment à vide, pendant des années, voire plus, dans mon souvenir d’enfant. En temps exact, je ne sais pas. Mais j’étais plus proche de l’ado que du petit gosse, cet après-midi, où je descendais l’escalier. Quand je vis dans son coin habituel qu’il manquait la lumière du gros coffret. Son obscur silence m’arrêta. Le disque bizarre ne marchait plus. Son cœur avait cessé de battre. Et moi je n’avais pas les compétences en science des piles. Alors je pris sa dépouille entre mes mains, et j’allai écouter les Pink Floyd pour la première fois.

Pink Floyd, Pulse, 1987, Parlophone Records, 147 min., pochette par Storm Thorgerson

Bastien Landru

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