Paon x Simon Vanrie x Jérôme Bosch – Paon


Paon, peinture de Jérôme Bosch

Le quatuor belge aux accents psychédéliques, qui affirme faire de la « surf animal », remet au goût du jour les œuvres incroyablement complexes et énigmatiques du peintre néerlandais du XVIème siècle, Jérôme Bosch. Transformant ainsi cet iconoclaste initialement traditionnel, en graphiste des temps modernes, merveilleusement créatif.

Une fresque musicale luxuriante

Extraite du célèbre triptyque Le Jardin des Délices (1503-1504), la pochette qui illustre le premier album de Paon met en scène des terres où plaisir et luxure sont rois. Coincé entre le paradis terrestre d’Adam et Eve à gauche et l’Enfer à droite, le panneau central de l’œuvre du peintre néerlandais sert parfaitement le patchwork baroque du groupe belge. Au milieu de ce jardin des sens foisonnant, tout l’exotisme des mélodies planantes de Paon s’épanouit, à l’instar du titre « Cool Spot » qui déploie des percussions de jungles lumineuses ; offrant même un son lointain de flûte enchantée.

Jérôme Bosch, triptyque Le Jardin des Délices

Et dans la musique bestiale de Paon, l’enchantement n’est jamais loin. Porté par Ben Baillieux-Beynon (The Tellers) au chant et à la guitare et Aurelio Mattern (Lucy Lucy), au clavier et au chant, le groupe distille une ambiance fantastique et psychédélique qui rappelle les bulles poétiques de Tim Burton. Grâce notamment aux sons de claviers déformés et aux guitares californiennes, on part vers des prairies dorées follement apaisantes, ou des créatures hybrides se croisent. Des promenades planantes dans lesquelles on imagine des chevaliers ardents, chevauchant des étalons puissants sur des plages désertes Des mirages sensuels servis par le Jardin Des Délices de Bosch, sur lequel dans l’infimité des détails, on perçoit des fruits croquants et anormalement gros, qui participent à l’impression d’orgie absolue.

Luxure et volupté

C’est sur les cris lancinants du titre « As Long As You Need », qu’on pénètre définitivement la sphère érotique de Paon et ses plumes provocantes. Cet aspect dévergondé épouse le panneau central de l’œuvre de Bosch qui met en scène le péché sous toutes ses formes, mêlant la cueillette de fruits défendus à des positions plus que suggestives, sur fond de châteaux phalliques. Cette partie du triptyque du peintre néerlandais est considérée comme l’une de ses peintures les plus énigmatiques. Représentant les péchés de l’homme, certaines interprétations évoquent la Terre avant le Déluge, avant que Dieu ne punisse les dérives de l’humanité. Une œuvre moralisatrice qui laisse pourtant planer le doute quant à son sens réel, tant le plaisir y est peint avec ardeur.

De la pop dévergondée

Et Paon ! Avec sa pop/rock rugueuse, le groupe est à la fois aussi prude et dévergondé qu’une ado provocante et acidulée. On retrouve aussi bien dans la musique que dans l’artwork, cette idée de transgression des genres et de références bibliques quasi-sacrilèges. Déjà en 2013, la pochette de leur prometteur EP Shine Over, signée 13Pulsions montrait des aspects un brin prophétiques. Un serpent se faisait dévorer par un paon surréaliste, sous l’œil omniscient de deux mains tranchées. Le tout entouré de tombes éparses. Et pour pousser à fond la thématique de leur nouvel album éponyme, Paon propose comme artwork du single « Keep on Burning », un morceau choisi de l’Enfer, une autre partie du triptyque de Jérôme Bosch.

Tout comme leur musique surprend par son côté vintage et la fois complètement ancrée dans notre époque, le quatuor belge propose une pochette du XVIème siècle qui ouvre des perspectives jubilatoires et raffinées qui rappellent les œuvres subversives et pop de Dali. L’artwork réalisée par Simon Vanrie est bouclée avec un cercle doré affublé du nom du groupe qui rappelle le brillant des enluminures du Moyen Âge. Paon ou l’audace volatile !

Le son

Après avoir emmené le public sur des plaines arides en 2013 avec leur premier EP « Shine Over », Paon affûte ses mélodies riches et denses avec des envolées de claviers qui rappellent la sensibilité d’Herman Dune ou d’Alt-J. Cette galette éponyme d’onze titres confirme les mondes imaginaires que se sont créés les quatre belges, portés par la patte du duo Ben Baillieux-Beynon (The Tellers) et Aurelio Mattern (Lucy Lucy).

Paon (Site Officiel/Facebook/Twitter)

Jérôme Bosch 

Paon, Paon, 201562Tv Records, 33 min, artwork par Simon Vanrie, peinture de Jérôme Bosch.

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