Outfit x Lucy Hardcastle – Slowness


Outfit - Slowness

Après un premier album en 2013, le quintet de Liverpool revient avec une galette iodée dont la matérialisation se traduit par un mollusque coloré et goulu qui donne le ton de ce nouvel opus. Une pépite bleutée qui se fait à la fois solaire et salée, mélancolique et fédératrice.

Coquillages et crustacés

Sur la plage abandonnée, les comparses du chanteur et leader Thomas Gorton déploient une nouvelle palette à leur attirail électro-pop, y ajoutant des vagues très californiennes malgré leur fief de Liverpool. Fini la brutalité industrielle du leur premier album Performance qui offrait des instrumentales plus violentes à l’instar du titre « House on Fire » dans lequel semblaient émerger des bruits de ferraille qui s’entrechoquent. L’artwork alors réalisé par Kirsty Homby évoquait un bâtiment industriel qu’on croirait tout droit sorti de la feue RDA.

Dans Slowness, les pierres grisonnantes s’effacent pour laisser s’exprimer une wave salée sur laquelle surfe la voix de Thomas Gorton qui se fait bien plus chantante comme sur le titre « Smart Thing ». Un « New Air » dans lequel il trouve un équilibre entre guitares aériennes et sons bizarroïdo-électro qui crée une forme hybride bien représentée par cette huître qui s’apparente presque par son mouvement à la vague d’Hokusai.

Des ambiances ultra-travaillées dans une lenteur moite à l’image du titre de l’album, surgit une atmosphère extrêmement cinématographique dont les pigments puissants des photographies de Lucy Hardcastle viennent appuyer la pénétration d’un univers psychédélique.

Délicatesses iodées

Tout comme ces marins bivalves, la délicatesse des mélodies et du chant est fragile et instable, comme la vie d’un mollusque en coquille, qui, de son corps mou déstructuré dégage une esthétique atypique et attractive à la fois, comme les fascinantes méduses fluo aux tentacules hallucinantes qu’on pourrait observer des heures dans nos aquariums urbains.  Avec Outfit, on a la sensation étrange de rencontrer le lyrisme de Brian Eno, l’efficacité pop des Girls in Hawaii et l’inventivité sonore de Mogwai. Pas étonnant que la photographe anglaise Lucy Hardcastle se glisse dans cet univers, celle dont la spécialité est de se jouer des textures, faisant crisser les matières et détournant les formes et les couleurs à travers un angle délicieusement ludique.

Ici, ce sont les fonds marins qu’on pénètre, non sans une certaine sensualité liée à une torpeur solaire. Pour l’artwork, la photographe décline les textures maritimes, y ajoutant un côté mystique sur la galette qui nous rappellerait presque l’œil de la Providence. Une vision onirique qui nous mène vers des cieux cinématographiques dans lesquels on imagine tout à fait Jean-Marc Barre, voguant avec des dauphins dans Le Grand Bleu. Une BO façon grands espaces largement exploités sur la pochette qui démarre par une vision microscopique pour attiser notre appétit afin de mieux nous faire plonger dans le grand bain.

Cette huître insolente, laiteuse et diaphane à la fois, fait écho à la chaleur et la bestialité du titre « Cold Light », qui amène cette notion de froideur et en même temps cette sensation de réchauffement quasi-climatique. Aphrodisiaque et hybride, l’huître est ici un objet de désir aussi sexuel que la voix de Thomas Gorton qui se fait parfois électrique comme sur le morceau « Genderless ». Outfit signe ici un album moderne aussi fantasmagorique que la pochette qui l’accompagne qui, comme le morceau inaugural et planant « New Air » nous pousse à entrer dans ce parc aquatique qui sonne comme une récréation sonore où l’on voit des bulles atmosphériques se créer sur des guitares et des synthés hallucinogènes.

Le son

Après un premier album remarqué en 2013, les cinq garçons dans la tempête de Liverpool que forment Outfit, reviennent avec Slowness, un opus plus atmosphérique dans lequel des nappes électroniques aériennes s’invitent, prenant un virage plus pop que dans Performance qui exposait un son plus brutal. Une vague qui déferle véritablement à travers une écoute qui devient contemplative et introspective.

Outfit (Site internet/Facebook/Twitter)

Lucy Hardcastle (Site internet / Twitter)

Outfit, Slowness, 2015, Memphis Industries, 46 min, pochette par Lucy Hardcastle.

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