Oscar and the Wolf x Ashkan Harati – Entity


Oscar and the Wolf x Ashkan Harati - Entity

Dans l’obscurité d’une nuit manifestement profonde, un tas de couleurs se réfléchissent sur une cape d’aluminium. Seul, avec la grâce de sa métamorphose féérique, les pieds posés sur une herbe que l’on devine froide (les rayons lunaires réchauffent rarement les sols…), un humain est enroulé dans ce drap aux lueurs nouvelles. Courbé dans une position très peu probable, comme seuls les contorsionnistes sont généralement capables de le faire, ce garçon-là porte sur le visage les traits d’une jeunesse incertaine et opaque (les yeux sont fermés, la bouche est close). La scène qui se déroule sous nos yeux voyeurs est alors lisible de deux manières parfaitement distinctes.

Le moucheron, le papillon

Moucheron trop naïf pris au piège dans la toile lumineuse d’une araignée maligne, chenille au visage d’humain en train de se changer en papillon élégant : c’est le désespoir magnifié, ou bien l’espoir inquiet, que paraît impliquer la somptueuse photo faisant office de pochette au premier album tout aussi somptueux du Flamand Oscar and the Wolf (Max Colombie dans la vraie vie), illustré et mis en forme par le graphiste designer Ashkan Harati (lui aussi vient de Flandre).

Et si l’herbe qui accueille les pieds dénudés d’Oscar (car il semble que c’est bien lui qui est mis en scène ici) se trouve être un peu éclairée, ce n’est sans doute pas seulement le fait des reflets de l’habillage, mais c’est plutôt que la scène se déroule aux premières lueurs aurorales. Ou bien peut-être plutôt aux instants du crépuscule (peu importe, la luminosité est la même), là où l’esprit est encore en train de faire le tri entre ce qui appartient au rêve, et ce qui appartient à la réalité. Et c’est là justement tout le propos de Strange Entity, dont l’astucieux Ashkan Harati parvient à retranscrire l’ambiance avec une justesse parfaite : spleen, tendresse, mouvement, grâce, hésitation perpétuelle entre l’état de renaissance et celui de repentance.

De Klimt à Van Noten

L’articulation du corps et les couleurs qui se dégagent du tableau nyctalope pourraient aussi, si l’on fouille un peu dans le répertoire de jadis, évoquer un Klimt des temps modernes (pensons au célèbre « Baiser »), mais rincé dans un esthétisme SF façon Rencontre du Troisième Type (la nuit, la jeunesse, les teintes stellaires…) C’est aussi peut-être que l’on se rappelle la collaboration sous forme de remix allongé (celui de « Strange Entity ») de Max Colombie sur le défilé Dries Van Noten la dernière Fashion Week parisienne, un styliste flamand (encore un…) dont on sait le travail parfois proche, justement, de l’esthétisme klimtien (coloris fauves, motifs ethniques). Les boucles, souvent, ont vocation à se rejoindre.

Oscar, on l’a compris, est associé à un loup. Et si l’influence de celui-ci dans le projet de Max Colombie demeure avéré, une question demeure en suspens : ce loup lui a t-il forcé le passage de l’adolescence à l’âge adulte, ou bien lui a t-il offert les clés pour atteindre l’émancipation suprême ? Que l’on se base sur le son ou sur l’image, la question reste ouverte.

Le son

Réceptacle merveilleux d’une pop pleine d’ecchymoses, de vapeurs électroniques, de post-dubstep aux écarts R&B, Entity célèbre l’avènement d’un louveteau aux dents sombres et brillantes, dans la digne et dense lignée de James Blake, d’How To Dress Well, de SOHN, de Fyfe, de William Arcane. Max Colombie panse avec Oscar and the Wolf des plaies pas encore totalement refermées, et a choisi la pop cotonneuse pour cicatriser : seule la grâce coulera désormais.

Oscar and the Wolf (Site officiel / Facebook / Twitter)

Ashkan Harati (Site officiel / Facebook)

Oscar and the Wolf, Entity, 2014, Play It Again Sam / [PIAS], 44 min., pochette par Ashkan Harati

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