NLF3 x Fabrice Laureau – Waves of Black and White


Prise sur le vif, une vague d’écume déferle sur les flyschs (le nom de roches que l’on trouve au Pays Basque et en Espagne), sur les rivages mouvementés du Pays Basque. En noir et blanc, issue du catalogue photographique important de Fabrice Laureau – le frère de Nicolas, avec qui il a fondé le projet NLF3, il y a 17 ans de cela -, cette photo illustre Waves of Black and White, le nouvel album du groupe, nommé comme aurait pu l’être une short story d’Edgar Allan Poe, qui se serait déroulée en bordure d’océan, au petit matin, lorsque le jour n’a pas encore tout à fait manifesté sa persistance redondante. Et que l’incertitude demeure.

Vague à l’âme

Fabrice, soucieux de cohérence, quoique sensible aussi à l’idée de « providence » : « On a enregistré ce nouveau disque en avril-mai 2016, dans une maison en Normandie, que l’on transforme souvent en studio lorsque l’on doit mettre en forme quelque chose. C’est un endroit calme qui nous inspire, on y arrive rarement avec quoi que ce soit en tête, c’est là-bas, au vert et loin de Paris, que nait la grande majorité des idées qui figureront ensuite sur disque. »

La matière naît en Normandie, et la production se fait à Paris. Et lorsqu’il faut, déjà, prendre du recul sur ce qui est sorti de cette retraite productive, quelques évidences apparaissent. « On s’est demandés par quoi est-ce que l’on avait tous été inspirés cette fois-ci. Et il nous a semblé évident qu’on l’avait été par les nouvelles lumières qui apparaissaient, au moment où l’on s’est lancé dans la composition. L’arrivée du Printemps, d’airs nouveaux, de nouvelles sensations…Pendant notre séjour, on s’est baladés dans la nature…et ce disque en est sorti ! D’où cette vague, qui illustre l’album, saisie à un moment donné. Une vague qui, photographiée une seconde plus tard, aurait été complètement différente, à l’image de ce disque, qui est sorti comme ça, mais qui serait sorti très différemment s’il avait été composé juste après… »

Instant présent, instant d’après

L’instantanéité retranscrite par l’image. Et la volonté de dire, aussi, que les choses ne naissent pas tout à fait par hasard. « La Nature ne fait rien en vain » : on cite ainsi le philosophe grec Aristote, au verso du disque.

« Aristote dit que la nature fait les choses dans une certaine logique. Et que tout s’adapte. Qu’il n’y a pas de séparation entre l’homme et la nature, mais qu’un seul tout. C’est Aristote qui a mis au point les premières méthodes d’observation, et qui a mis en avant le plaisir d’observer le vivant. Citer Aristote, c’était aussi pour nous une manière de faire un clin d’oeil à notre passé scientifique. Pour ma part, je suis en effet géologue de formation : j’ai choisi la musique plutôt que la thèse de la géologie ! »

Une demi-douzaine d’années en géologie, forcément, laisse ainsi des traces (pas de mauvais jeux de mots ici). Et une passion, chez Fabrice, pour la captation visuelle d’éléments naturels, en mouvement le plus souvent (cela impliquerait que la nature soit parfois statique…), ouvrages photographiques dont certains, l’occasion était belle, se sont trouvés également utilisés à l’intérieur de cet album, décidément impeccable et soigné de toute part. Des visuels que Fabrice nous décrit, un par un. Car tout ici à un sens :

« Un nuage en forme de fleur, au Pays Basque. Nous aimons le jeu de correspondance des formes que l’on retrouve régulièrement dans la nature. »

« Une partie du relief de l’arrière Pays Basque / pyrénéen, la tête dans les nuages gorgés d’eau. Idée du modelage à grande échelle. »
« Des Racines tordues et noircies par l’eau de mer sur une plage. L’idée de l’adaptation. En Bretagne. »
« Du granit érodé par l’eau. Roche volcanique. En Bretagne. Idée de l’usure par l’eau. Idée du modelage à petite échelle. »

« Du calcaire en plaquettes d’une zone quasi désertique. Roche sédimentaire. Érosion et éclatement par l’alternance de températures. Idée de la chaleur et du feu aussi comme un élément de modelage. »

NLF3 x Fabrice Laureau – Music For Que Viva Mexico ! (2006)

Le son

Épuré, quasiment méditatif à certains instants, modérément explosif, le post-rock, parfois électronique ou free-jazz de NLF3, grande hydre à trois têtes et au million d’idée, est parti en retraite afin de mettre sur pied Waves of Black and White, nouvel élément discographique d’un projet vivant depuis plus de 15 ans (auquel il faut ajouter aussi les expériences Prohibition et F/Lor). À écouter très fort, en plein air, les sens en éveil.

NLF3 (Site officiel / Bandcamp / Facebook / Youtube / Soundcloud)

NLF3, Waves of Black and White, 2017, Prohibited Records, 44 min., visuel par Fabrice Laureau

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