Muddy Monk x Hugo Comte – Longue Ride


Élément fantasmagorique par essence pour ceux qui ont accepté d’intégrer l’idée de romantisme contemplatif au sein de la rigidité mécanique du XXIe siècle, la route, que l’on parcourt en voiture, et dans ce cas-ci à moto, est l’un des leitmotivs centraux de l’œuvre de Muddy Monk, ce producteur suisse que l’on a découvert il y a un peu plus de deux ans au sein de ce morceau – « Si l’on ride » – où il faisait justement déjà l’éloge de ces « routes désertes », celles grâce à qui « la nuit nous donnera des ailes ». Illustré par un très beau clip contemplatif signé Pierre Saba-Aris et accompagné par la voix du rappeur Ichon, le morceau devait figurer sur un EP, Première Ride, illustré par la représentation graphique d’un phare pour la version digitale, et d’une moto représentée en tout petit pour la version CD. Dans le clip, c’est pourtant au sein d’une voiture – immatriculée « Blue Love » que le couple – Ichon et une amante aimante – circule. Dans une interview accordée au magazine Vice, Muddy Monk expliquait récemment : « La Première Ride c’était le début de la prise de risque, le début d’une aventure. La Longue Ride ça raconte une histoire, plus que juste un départ. » La moto, ainsi, comme le moteur de quelque chose – sa carrière musicale, dont le premier album représente, forcément, une petite forme d’aboutissement – qui était en train de démarrer.

La moto comme départ, la moto comme échappatoire

À Vice, toujours : « La moto a été un élément très important dans l’arrivée du projet Première Ride, à un moment où j’étais beaucoup dans la peur, les angoisses. Je subissais tout ça. À un moment j’ai été attiré par la moto, le fait d’en avoir une. Et un dilemme s’est posé à moi. D’un côté les gens qui me disaient : la moto c’est très dangereux, et de l’autre ceux qui parlaient d’épanouissement, prônaient le risque calculé. » La moto comme départ, la moto comme échappatoire, comme dans le clip d’« Océan »,  où un Muddy Monk briseur de cœur et briseur d’espoir parcourt la route sur son bolide mécanique afin de rejoindre, puis de fuir, un être avec qui la relation paraît ne pas être tout à fait évidente.

Ainsi sur Longue Ride, à l’image d’un autre helvète également sujet aux contemplations spirituelles et solitaires – Jean-Jacques Rousseau, qui écrivait notamment en 1776-1778 ses Rêveries du promeneur solitaire – Muddy Monk permet à son âme de voguer bien loin – « les rêves de vitesse et les doux instants », dit-il sur « Boy » – et choisit d’effectuer une nouvelle fois ce voyage, on devait s’en douter, à moto. Le rythme n’est pourtant pas celui d’un autre rideur francophone affirmé, le producteur français Kavinsky – son identité visuelle à lui était centrée, plutôt qu’autour d’une moto, autour d’une auto -, et s’avérerait même plutôt caressant. Malin, et malgré sa très nette obsession pour le sujet, Muddy Monk, qui a confié le shooting photo à Hugo Comte, a pris le parti de ne pas représenter directement ce véhicule qu’il évoque pourtant si souvent. La « ride », soit le fait de conduire afin de parvenir quelque part, le Suisse a en effet plutôt décidé de l’évoquer en proposant son propre portait, et une silhouette habillée par des éléments qui suggéreraient le monde de la course mécanique, sans la représenter de manière frontale. De ce shooting photo, d’autres visuels ont également émergé, utilisés pour la communication physique et digitale.

 

Motard tranquille

Les habits du motard mais le visage, penseur, du rêveur, Muddy Monk apparaît sur cette pochette à l’image de ce qui est formulé dans l’album : une longue contemplation qui accélère souvent, afin de mieux ralentir plus tard, et où les machines – celles qui lui permettent de produire de la pop électronique, cette fois – sont mises au service de l’humain, et d’une âme qui a décidé de ne pas l’interrompre toute suite, cette longue ride.

Le son

Si on l’a découvert grâce aux collaborations qu’il a pu mener avec d’autres (Ichon, Bonnie Banane, Myth Syzer, Jimmy Whoo), c’est bien tout seul et si l’on excepte son grand tube sur lequel pose le rappeur de Montreuil Ichon (« Si l’on ride ») que le producteur et chanteur suisse Muddy Monk se présente sur un premier album équilibré, rencontre étrange mais perspicace entre les lumières tamisées de Jimmy Whoo, les éclaboussures synthétiques de M83, les essayages pop de Flavien Berger, les mélodies douloureuses de Chromatics, au service d’une longue balade faite de grands espaces et de grands virages. Encore de l’essence dans le moteur : continuons un moment.

Muddy Monk (Facebook / Instagram / YouTube / Soundcloud / Bandcamp)

Hugo Comte (Site officiel / Instagram)

Muddy Monk, Longue Ride, 2018, Half Awake Records, artwork par Hugo Comte

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