Morrissey – Low In High-School


Devant la devanture faite d’or et de lions protecteurs marquant l’entrée de Buckingham Palace, London, symbole ultime des traditions régaliennes de la vieille Angleterre (on le rappelle : l’Angleterre possède le statut de « nation constitutive » du Royaume-Uni, royaume régi par une monarchie constitutionnelle vieille de trois cents ans), un gamin, haut comme une pré-adolescence à peine atteinte, profite de l’étonnant dilettantisme de la garde royale pour se pointer devant la demeure royale, plein d’une volonté d’en découdre avec le vieux pouvoir manifesté par deux éléments : dans sa main gauche, une hache (en carton ou en plastique, certes), et dans l’autre, une pancarte, sur laquelle l’on peut lire l’injonction « axe the monarchy » (littéralement : « hacher la monarchie »). Troisième élément séditieux chez ce garçon au regard gentil mais aux volontés méchantes, son tee-shirt, floqué à l’effigie de Morrissey, l’ex-chanteur des Smiths qui milite, à sa manière et depuis qu’il est en âge de le faire (pour lui : très jeune) contre ce système immensément vieillissant, symbole d’un âge si ancien que personne de vivant n’est là pour s’en souvenir, lorsqu’il n’est pas occupé à militer, physiquement (lors de ses concerts, on ne peut pas même acheter de viande à consommer) ou artistiquement (le deuxième album des Smiths Meet is Murder) contre le carnisme, lui qui s’est imposé, depuis trente ans, comme l’une des figures les plus célèbres du végétarisme européen.

« Axe the monarchy »

Ce gamin, bien sûr, on doit le voir comme le porte-parole d’un Morrissey manifestant de nouveau son ras-le-bol contre les institutions si durablement établies au pays de la monarchie et du mouvement punk (en Grande-Bretagne, on n’est pas à un paradoxe près), un Moz bien décidé à signifier cette humeur d’emblée, une humeur sans doute couplée d’un message : c’est à la jeunesse désormais de se bouger les miches, et de lutter avec ses armes à elle. Low In High School, son dixième album studio, est annoncé comme le plus politisé de sa discographie récente.

Image politique, image polémique, image qui aurait sûrement été censurée en tant jadis, mais image, aussi, peu photogénique. Puisqu’il faut tout de même l’admettre : ce visuel-là, photoshopée de manière un peu grossière, évoque le kitsch et les graphistes improvisés du début du millénaire, période Microsoft Paint et Windows 1998…Mais chez Morrissey, qui depuis la période Smiths et les artworks glam et provoc de Meat is Murder ou The Queen is Dead, n’a pas franchement brillé par la beauté de ses pochettes de disques, l’essentiel a toujours été ailleurs.

Le son

« Le talent de Morrissey pour mêler opinions politiques et mélodies est plus manifeste que jamais sur Low in High-School, capturant l’esprit d’un monde en changement perpétuel ». BMG, le label qui sort ce dixième album de Morrissey, rappelle la plume aiguisée du Mancunien végétarien et polémiste, qui fait paraître son album le plus politique depuis un bon moment, et ce même si l’engagement nécessite parfois de petites pauses de l’esprit, comme celle qui consiste à, comme l’indique le premier extrait dévoilé de l’album, de demeurer toute la journée au lit (« Spent the Day in Bed »)…

Morrissey (Site officiel / Facebook / Twitter / Youtube)

Morrissey, Low In High-School, 2017, BMG / Bertelsmann

Vous aimerez aussi

À travers le prisme de : Princesse Princesse aurait sans doute dû ajouter un « s » au nom de son projet de dreampop synthétique et sensible. Car hier sur la première partie de Permanent Heartbreak, et demain sur la 2e partie, Anthony A...

Comments

comments