Midnight Locomotive x Théophile Bouchet Galliano – 1804


Midnight Locomotive x Théophile Bouchet Galliano x 1804

Alors qu’ils sortent à peine leur dernier clip « Try Me Now », les Midnight Locomotive étonnent par leur son racé incroyablement ancré dans les années 70. Une densité musicale qui se retranscrit sur la pochette réalisée par Théophile Bouchet Galliano aux univers fournis et à la temporalité marquée.

Le train crève l’écran

Si les éléments s’entassent dans un fourmillement intense de part et d’autre de la pochette dessinée, au centre, le point de fuite s’inscrit comme une évidence. Le train est le fil conducteur de cet artwork ainsi que de l’EP. Si le groupe a choisi de baptiser ce cinq titres jubilatoire, 1804, c’est parce qu’il s’agit de l’invention de la première locomotive créé par Richard Trevithick. Sa locomotive à vapeur tracta un train sur les rails de l’aciérie de Pen-y-Darren près de Merthyr Tydfil au Pays de Galles. Un virage industriel fascinant et déroutant que souhaiter mettre en avant Midnight Locomotive qui porte cette notion de passé et de modernité dans ses compos dénués de tous les codes systématiques actuelles. A gauche de la pochette, on aperçoit des paysages antiques, bouffés par des visions urbaines vertigineuses. Une ville qui fourmille qui nous rappelle les représentations futuristes de Metropolis de Fritz Lang ou la démonstration de l’industrialisation à grande échelle par Les Temps Modernes, de Chaplin. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la pochette d’Animals des Pink Floyd qui déploie ses usines fumantes, ronflantes sur la ville. Et cette ambiance de ville à mille à l’heure lancée sur les rails de l’industrialisation on l’entend sur cet EP, des sons de Rer et de trains grinçants de « I Pray The Weather », ou l’arrivée d’une locomotive lancée à pleine vitesse dans « A Locomotive Named Express ». Tout comme l’invention du cinéma avec L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat des Frères Lumière, on parle ici du bouleversement d’une époque.

Minuit, l’heure du crime

Cette transition où tout bascule, le temps d’une invention ou d’un instant est également présent dans ce « Midnight ». Minuit l’heure où tout peut changer, justement ce point de basculement. Une transition que l’on effectue graphiquement avec cette locomotive centrale qui fonce sur le détenteur de l’EP, comme pour rappeler le temps qui file et qui nous percute chaque jour. On suit la fumée opaque et violette du train, hommage certain au rêve brumeux de Jimi Hendrix dans « Purple Haze ». Après avoir traverser les acides dévegondants violacés, on se retrouve à droite de la pochette, dans des contrées désertiques ou la nature reprend ses droits. Une dualité qui s’exprime entre un monde régit par des humains dans une ambiance crépusculaire et des grands espaces desertés sous une nuit sombre. Le sablier massif reprend la notion du temps qui file à toute allure, comme un couperet bien enfoncé dans la têtes des hommes. Ici encore, la musique colle parfaitement à l’esthétisme. On rejoint cet univers de cow-boy désabusé avec morceau « A Sailor in Paris », sifflé par Diego le chanteur qui oscille entre un Donovan onirique et un Frank Zappa énervé. A l’instar de l’affiche du film 200 Motels dans lequel Frank Zappa s’illustre, on retrouve ce côté dessiné avec une multitude de détail qui met en scène les protagonistes. Les quatre membres du groupe Diego, Jean, Louis et Sam son représentés aux quatre coins, faisant office de repères et incarnant la fusion de tout cela qui est inhérente à Midnight Locomotive. Si les guitares sont puissantes façon Led Zeppelin, les changements de rythme et la qualité des chœurs nous embarque dans les sphères terriblement pop de Supertamp. Ajoutant la touche instrumentale psyché auquel le groupe a souhaité faire un clin d’œil en disposant à gauche de la pochette et au dos une feuille d’automne qui fait écho à la pochette de l’album Heavy Weather des Weather Report.

Le train déraille

Et le dos de la pochette s’inscrit d’ailleurs dans une continuité totale, toujours dans la temporalité omniprésente puisque le temps que le spectateur retourne le disque, la locomotive a déjà transpercé le mur du son, s’effondrant de tout son long. Cette image a été empruntée à l’accident ferroviaire de la Gare Montparnasse en 1895 et fait également référence à l’album Led Zeppelin II qui reprend la photo d’un accident de dirigeable. Un objet entier qui décrypte à la fois le nom du groupe mais aussi toutes les références et les textures qui font de leur musique une entité rare aujourd’hui.

Le son

A mi-chemin entre un rock assumé années 70 et une qualité mélodique proche des Beatles et de Supetramp, Midnight Locomotive dévoile 1804, un EP d’une cohérence impressionnante servie par des guitares puissantes et des synthés psychédéliques. Un pont entre vintage et modernité qui fonctionne à merveille.

Midnight Locomotive (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Théophile Bouchet Galliano (Facebook)

Midnight Locomotive, 1804, 2014, 22 min.

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