Metz x Sasha Barr x John Edkins – II


Metz x Sasha Barr x John Edkins – II

Sur la pochette du premier album du trio canadien de Metz, un gamin, que l’on devine bloqué dans une salle de classe, repose sa tête entre ses bras et sur un amas d’objets scolaires plus ou moins confortables (on y voit un classeur, des livres de cours, des cahiers et des feuilles). Il y a là un état de fatigue, ou un état de renoncement. Sans doute les deux.

Metz x Jeff Kleinsmith x John Edkins – Metz

La photo du second album, également prise par le photographe canadien John Edkins (on le devine parent du chanteur et guitariste du groupe Alex Edkins) et intégrée à l’artwork général par l’un des designers attitrés de Sub Pop Records (Sasha Barr, que l’on a vu bosser sur les albums de Fleet Foxes, de Koes Barat, de Chad Van Gaalen, de J Mascics…), montre pour sa part deux jeunes adultes assis sur le banc d’un paseo, en bord de mer, la tête encore une fois orientée vers le sol (il n’y a cette fois plus de classeur pour supporter leurs poids). Dans les deux cas, ces attitudes globales et l’orientation des visages sont une manière de dire que le bordel (parce que l’on sait que « Metz » est une référence à « mess »), c’est lorsqu’il est dans la tête qu’il est le plus handicapant. Et dans les deux cas, c’est à la fois « l’autre » et « le moi » qui favorisent ces états de léthargie ostentatoire.

Des responsabilités partagées

La salle de classe indiquait l’enfermement de l’être, la nécessité de se faire éduquer, le cloisonnement obligatoire d’un esprit contraint de demeurer dans les enclos construits par d’autres plutôt que d’emprunter son propre chemin. Ce « bordel de l’esprit », c’est ainsi la société, éducatrice, conformiste et castratrice, qui semble l’avoir généré. Et aussi le « moi », puisque le geste universel et évocateur de l’enfant épuisé affalé sur ses devoirs, indique un renoncement précoce de l’humain face aux difficultés trop conséquentes. Et ça ne va pas s’arranger.

La pochette du second album est en effet plus encore révélatrice de cette responsabilité double. Car les deux acteurs (l’un d’eux est peut-être le gosse de la précédente), mise en scène non-innocente, sont ici placés en bord de mer, symbole évident de liberté, d’aération de l’esprit, d’espoirs de lendemains meilleurs. Mais puisqu’ils ne sont pas capables de la regarder, cette mer, et puisque des barrières les séparent toujours de cet horizon proche et lointain, force est de constater que l’âme est toujours en état de renoncement. L’humain a beau avoir pris l’air et considéré l’état de sa propre émancipation, le constat demeure le même. Car la libération physique n’est rien : c’est la libération mentale et psychologique qui compte.

Constat par l’image, réponse par le son

Les visuels ainsi construits, contrastent avec ce qui émane des textes et des mélodies ravagées des trois Canadiens (Alex Edkins, Chris Slorach, Hayden Menzies), qui, s’ils sont capables de se montrer parfois patients et attentistes, éclatent toujours avec une fureur viscéralement punk, uppercuts violents adressés à la face de tout ce qui pose problème à ce « moi » omnipotent. Comme si les visuels étaient l’état de constat initial, et le son une proposition pour en sortir.

Le son

Dans la lignée poudrée du premier (dans le sens « poudre à canon »), le second album de Metz (qui se nomme donc II) confirme la place du trio canadien tout en haut du dangereux échiquier qui prend le risque de faire cohabiter l’idée de ligne mélodique et celle de punk hardcore. Quelques pépites soniques et dévastatrices (« Acetate », « Nervous System », « Kicking A Can Of Worms »…) et un album idéal, cathartique et jouissif.

Metz (Site officielFacebook / Twitter TumblR / Bandcamp)

Sasha Barr (Site officiel / TumblR)

John Edkins (Site officiel)

Metz, II, Sub Pop Records / [PIAS], 2015, 31 min., design par Sasha Barr, photo par John Edkins

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