Metz x Jeff Kleinsmith – Strange Peace


Strange Peace. Paix étrange. Comment comprendre ce titre-là, celui du troisième album de Metz, enfin nommé avec un minimum d’originalité après deux premiers essais aussi limpides dans leurs titres que dans leurs compositions (le premier s’appelait Metz, et le deuxième II…) ? Deux axes de réflexion.

La paix, vraiment ?

D’abord, Alex Edkins, chanteur, guitariste et compositeur du groupe, a connu, c’est assumé, quelques petits soucis personnels au moment de la gestation du disque. Vu la colère et la rage exposées sur les deux premiers albums du groupe, rien de bien surprenant. De ces problèmes, il s’en est d’ailleurs bien remis, Alex. Alors, la paix est de retour, mais comme après chaque grosses périodes de tension interne, elle est étrange. Strange Peace.

Sinon, il y a la possibilité de l’occurrence à ce qui se trame tout autour du groupe, et surtout, puisque la proximité géographique et géopolitique est réelle (les membres de Metz sont originaires de Toronto), de l’ascension dangereuse et rétrograde de Donald Trump, arrivé à la présidence au moment où l’album arrivait à son terme, un président dont les objectifs, c’est ce qu’indiquent ses six premiers mois à la Maison Blanche, ne paraissent pas forcément open-minded et ouverts à la paix dans tous les ménages du monde. Before the war, a Strange Peace ?

Serpentard

Dans tous les cas, cette paix étrange, le groupe a décidé de l’illustrer en faisant appel à l’artiste Jeff Kleinsmith, spécialiste en superposition d’images (du collage donc), qui utilisa ainsi l’image, vive et hautaine, du cobra, avec le suffixe « royal » s’il-vous-plaît, reptile malin connu pour son aptitude à faire dégénérer son calme habituel, lorsque la situation devient dangereuse. Animal non-aimable, ainsi, qu’il convient de laisser en paix, pour ne pas se retrouver avec son venin, dangereusement toxique, dans les veines. À la première écoute de ce troisième album, on pourrait avoir l’impression que le trio canadien s’est assagi. Mais il n’en est rien : Metz, autrefois frontal et incisif comme un prédateur trop pressé, a simplement appris à patienter, et à planifier soigneusement ses attaques…

Le son

Des morceaux dépassant pour la plupart les 3 minutes ? Avec un pic, pour conclure (« Raw Materials ») à quasiment 6 minutes ? Loin de la fougue expéditive et de la colère frontale véhiculée par Metz et par II, le trio apprend, sur Strange Peace, la patience, sans perdre pour autant la rage viscérale qui les caractérise magistralement depuis une demi-douzaine d’années. Bien aidé par la présence de l’incontournable Steve Albini à la production, le trio canalise ainsi son énergie dans des réceptacles portant les noms d’identités jusqu’ici inconnues (post-punk, kraut, psyché), et apprend à observer sa proie, avant d’agir. Cela explose, tout de même, toujours. Avec latence. Ou parfois, lorsque les vieux réflexes reviennent (« Cellophane », « Mr. Plague »), avec une spontanéité brutale. Là encore, terriblement efficace.

Metz (Site officiel / Facebook / Twitter TumblR / Bandcamp)

Metz, Strange Peace, 2017, Sub Pop, 36 min., artwork par Jeff Kleinsmith

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