Meshell Ndegeocello x Alison Riley x Mel Barat Bours – Ventriloquism


La ventriloquie, pratique étrange et souvent réservée à un registre largement humoristique, c’est cette capacité, innée ou très travaillés, qu’ont certains illusionnistes à utiliser leurs cordes vocales, et non leur ventre, afin de donner la parole à un autre personnage, le plus souvent, une marionnette qu’ils portent à côté d’eux. Leurs lèvres ne bougent pas, mais la marionnette parle : action magique pour très grand savoir-faire.

La ventriloquie, association d’idée maligne et originale, c’est à cette idée-là que l’Américaine Meshell Ndegeocello, l’une des pionnières dans les années 1990 de ce que l’on a dû appeler la néo-soul (la soule des 70’s, mélangé à des influences jazz, funk, hip-hop et même parfois house), a songé au moment de nommer un album de reprises consacré aux relectures de quelques-unes des plus grandes figures musicales du siècle dernier, de George Clinton à TLC, de Mark Knopfler à Prince. Se souvenir des autres, pour savoir se projeter de nouveau dans sa propre direction.

Artwork minimal, artwork militant

Afin d’illustrer cet album de reprises, démarche là encore bien maligne, l’Américaine à la voix de velours a prix le parti de réutiliser l’image traditionnellement attribuée au mouvement Act’Up New York, l’association de lutte internationale de lutte contre le SIDA créé par Larry Kramer en 1987, et qui lutta pour les droits des communautés lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres dans les années 90. Son équivalent parisien, Act Up-Paris, était notamment récemment le sujet central, plébiscité lors de la dernière cérémonie des César (sept César, dont celui de meilleur réalisateur pour Robin Campillo). Meshell, bisexuelle assumée et membre active de la cause LGBT depuis des années, tenait à utiliser cette image éminemment symboliste, d’autant plus que celle-ci, inversée, propose les initiales M (comme Meshell) et V (comme Ventriloquism, titre de l’album). L’occasion pour elle de remettre l’accent sur un combat qui n’est pas encore totalement gagné : le Sidaction rappelait en effet récemment que chaque année en France, environ 6 000 personnes découvrent leur séropositivité au VIH, dont plus d’un quart (27%) à un stade avancé de l’infection.

Le son

Meshell Ndegeocello, à propos de cet album de reprises : « Très tôt dans ma carrière, on m’a demandé de faire encore et encore le même genre d’albums ; et lorsque je me suis éloignée de cette ligne, j’ai perdu tout soutien. Il y a peu de diversité au sein des genres musicaux, qui se ghettoïsent eux-mêmes, et j’aime l’idée de transformer les grands succès que j’ai aimés en quelque chose d’un peu moins familier. C’était l’occasion de rendre un hommage un peu différent ».

Meshell Ndegeocello (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / Soundcloud / Youtube)

Meshell Ndegeocello, Ventriloquism, 2018, Naïve / Believe, artwork par Alison Riley et Mel Barat Bours 

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