Mark Pritchard x Jonathan Zawada – Under the Sun


Mark Pritchard x Jonathan Zawada - Under the Sun

Jonathan Zawada, plasticien exigeant et en raccord avec son temps (il est à la fois vidéaste, graphiste, sculpteur, peintre et designer) est habitué aux travaux de longues haleines. Sa collaboration dernière avec l’excellent producteur australien Mark Pritchard – avec qui il travaille depuis 2013 et la constitution des visuels des EPs Ghosts, Lock Off et Make A Livin’ – en est de nouveau une preuve édifiante. Peut-être plus encore que d’accoutumée d’ailleurs.

Développement durable

Main dans la main (ou plutôt, « mail dans le mail », puisque Zawada réside désormais à Los Angeles et Pritchard en Australie), les deux artistes ont en effet travaillé sur la mise en place du projet Under the Sun durant plus de deux ans. À l’échelle de 2016, un temps conséquent. Alternativement, et en fonction des avancées de chacun, l’image dictait le son, et le son dictait l’image, afin de faire coïncider le plus justement possible les deux médiums, indissociables. « Toutes les pièces du packaging d’un album doivent contribuer au sens de l’univers qu’elles défendent », déclarait récemment et à ce sujet Zawada à l’excellent magazine britannique Fact.

Le monde d’ailleurs

Il résulte de ce travail d’orfèvres patients et d’une minutie folle une œuvre fascinante, et la constitution d’un monde « sous le Soleil », où certaines dispositions du naturel sont possibles, et où d’autres ne le sont pas. Comme cet océan d’eau ruisselant qui s’abat sur un océan de sable chancelant (la pochette de l’album). Comme cette plaque d’or ronde coincée entre deux rochers. Ou cet objet bleuté et compact enfoncé dans la terre. Ou cette pierre immense en équilibre (ou en lévitation plutôt) sur la pointe d’un rocher.

Pas possible que ces paysages-là, qui accompagnent tous le 1er album studio (plus une demi-douzaine d’EPs) de Pritchard, soient vraiment terrestres, malgré les apparences familières. Ou alors, ils ont été, sans que l’on sache vraiment comment, modifié par une entité dont on n’aurait jamais deviné la présence. Comme si une civilisation étrangère, venue sûrement d’un univers autre, avait décidé de semer sur son passage quelques indices afin d’interroger les humains sur la possibilité d’une réalité alternative. Celle qui n’est pas écrite dans les livres accumulés depuis que la civilisation, chez les Hommes, a appris à le faire, mais qui existe autre part. Dans l’imaginaire, surtout.

Et en l’occurrence, dans l’imaginaire de Zawada, particulièrement foisonnant et manifestement obsédé par la liaison, incertaine, entre l’humain et la nature qui l’entoure (le travail autour du dernier album de Baauer est en cela significatif), entre l’humain et le mystique (son boulot pour l’History of a Man d’Illangelo, où il illustrait l’Eden perdu d’Adam et d’Eve) et entre les éléments du « naturel » eux-mêmes (son travail autour de Skin, le dernier album de Flume). Dans tous les cas, l’obsession du sensoriel.

Le son

Issu de la lignée de ces aventuriers du son des années 90 ayant envisagé, avant de l’imposer, les débuts de l’IDM (Intelligent Dance Music), et après avoir œuvré 20 ans durant du côté de la techno et de l’ambiant (Troubleman, Harmonic 313, Reload, Global Communication), Mark Pritchard sort avec Under the Sun et chez Warp son premier album sous son propre nom. Thom Yorke y laisse trainer sa voix (sur le sublime « Beautiful People »), et lui en ouvre plusieurs : du dubstep, de la pop ensoleillée, du post-punk, du folk ou de l’ambiant spatial. Explorations.

Mark Pritchard (Site officiel / Facebook / Twitter / Youtube / Soundcloud)

Jonathan Zawada (Site officiel / Facebook / TwitterInstagram)

Mark Pritchard, Under the Sun, 2016, Warp, 67 min., pochette par Jonathan Zawada

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